Un mois de paresse affecte la productivité au Maroc
2009-09-25
Que ce soit par paresse ou par suite des difficultés à traiter de nombreuses demandes, de nombreux Marocains relâchent leur discipline de travail durant le Ramadan. Maintenant que l'activité a repris son cours normal après l'Aïd al-Fitr, citoyens et employés parlent de ce ralentissement annuel.
Par Siham Ali à Rabat et Hassan Benmehdi à Casablanca pour Magharebia – 25/09/09
![]() [Hassan Benmehdi] Certains salariés marocains trouvent un autre usage aux espaces verts alors qu'ils se reposent ouvertement durant le Ramadan. |
Le mois sacré du Ramadan a toujours été marqué par un ralentissement de la productivité des salariés marocains. Paresse, retards, absentéisme et sautes d'humeur font partie de la routine quotidienne de nombreux fonctionnaires.
"Au fil des années, le Ramadan devient un mois d’abstinence et de moindre travail dans les administrations de l’Etat", explique Abdelhak Alami, patron d’une petite entreprise employant une dizaine de personnes à Casablanca.
Pour cet habitué de la fréquentation des services fiscaux de la capitale économique du Royaume, le constat est alarmant. Durant le Ramadan, explique-t-il, "auprès de l’administration fiscale de Casablanca, il faut attendre des heures et des heures pour pouvoir passer chez un agent fiscal et parfois, on nous dit qu’il est en réunion ou absent".
Les fonctionnaires deviennent encore plus paresseux durant ce mois de Ramadan, reconnaît Samir Meknasi, courtier chez un notaire.
"Imaginez des fonctionnaires qui arrivent vers 11h30 et partent vers 13h et pendant cette plage horaire, leur rendement est des plus faibles, voire médiocre’’, explique-t-il à Magharebia.
Plusieurs raisons expliquent cette paresse généralisée. Les habitudes qui changent à cause des défaillances organisationnelles qui affectent le train de vie quotidien des jeûneurs sont globalement pointées du doigt.
Les chaînes de télévision Al Oula et 2M peuvent aussi contribuer à cette lassitude généralisée. Elles proposent en effet des programmes spéciaux pour le Ramadan qui durent jusqu'à 5 heures du matin, incitant les gens à rester debout toute la nuit à regarder des films, des émissions de variété, des feuilletons et des séries.
Tout porte à croire que les responsables de ces deux chaînes considèrent que le Maroc est en vacances pendant un mois, écrit l'hebdomadaire La Nouvelle Tribune. "L’Etat, responsable des deux chaînes, est le premier affecté par cette situation, sachant que la baisse de la productivité est plus palpable dans les administrations publiques où presque tout le monde est en congé à partir de 12h30."
Beaucoup se demandent d’ailleurs comment un salarié qui s’est couché à 5 h du matin pourrait être à l’heure au travail et productif.
"Lorsqu’on dort moins que ce qui est nécessaire et que le ventre est vide, il est normal que la journée connaisse une baisse dans le rythme de travail", explique une infirmière dans un hôpital public de Casablanca.
La télévision est si tentante que certains choisissent de ne pas aller travailler du tout. Salima Bidaoui, assistante de direction, aime regarder les nouveaux programmes des différentes chaînes satellitaires.
"Si je travaille, je n’ai pas le temps de profiter de cette aubaine", reconnaît cette jeune femme de 26 ans. "Je prends au moins quinze jours de repos", explique-t-elle.
La baisse de la productivité se justifie aussi par la réduction drastique de la durée de travail. Les salariés travaillent entre six heures et demi et sept heures par jour durant le Ramadan, contre huit heures et demi le reste de l'année.
Et même les horaires réduits ne sont pas globalement respectés ; les femmes rentrent généralement plus tôt pour préparer le repas du f’tour, tandis que les hommes expliquent leur départ précoce en affirmant qu'ils souhaitent éviter les embouteillages qui apparaissent en milieu d'après-midi.
Beggar El Hamdaoui, gérant d’une entreprise, déclare que le rendement des employés diminue considérablement pendant le Ramadan, au point que certains viennent pour rester les bras croisés s’ils ne sont pas surveillés de près.
![]() [Hassan Benmehdi] Le Ramadan est une excuse pratique pour certains pour se reposer dans des endroits inhabituels, y compris sur les bas-côtés de la route. |
"Je dois renforcer le contrôle. Déjà l’horaire adopté baisse de plus d’une heure qu’en temps normal. Si on rajoute la paresse, c’est la catastrophe", explique-t-il.
De nombreuses entreprises souffrent des conséquences de ce mois de quasi-inactivité. "Ma commission diminue pendant ce mois. C’est mon constat depuis que j’ai commencé à travailler il y a six ans", affirme Bouthayna Maaroufi, une commerciale.
"Pendant le mois sacré, il n’est pas facile de se fixer un rendez-vous, notamment en ce qui concerne les administrations publiques. Certains ne viennent au bureau qu’à midi", ajoute-t-elle.
Aucune étude formelle n’a été faite jusqu'à présent, mais les chefs d’entreprise affirment que la réalité pendant le mois du ramadan est très facile à constater.
Selon Abdeslam Kadiri, chef d’une petite entreprise de confection à Mohammedia, près de Casablanca, explique à Magharebia que durant le mois de Ramadan, sa petite entreprise connaît une baisse drastique de la productivité de sa cinquantaine de salariés. "Durant le mois de Ramadan, nous ne réalisons qu’à peine la moitié du chiffre d’affaires d’un mois normal", précise-t-il.
"Les salariés ralentissent le travail, arrivent régulièrement en retard et travaillent deux heures de moins par jour", explique-t-il. Il reconnaît toutefois qu'"il est difficile de se comporter plus sévèrement envers les jeûneurs durant le mois de Ramadan, qui est un mois de respect, de quiétude, de pardon et de miséricorde". Mais malgré tout, "il faut aussi que les affaires marchent".
Un autre employeur, qui a préféré garder l'anonymat, explique que la situation est rendue encore plus difficile parce que "plusieurs salariés ont préféré prendre leur congé annuel à la veille de l'Aïd al-Fitr". Pour lui, l’Etat devrait agir et faire coïncider le Ramadan avec les congés annuels.
La baisse de la productivité a été particulièrement sensible cette année, alors que le Ramadan coïncidait avec les congés d'été.
Mais pour Ahmed Ouazry, salarié dans une entreprise de construction mécanique à Casablanca, "la baisse de productivité est un argument qui ne tient pas". Malgré la dureté du travail, la production n’a pas baissé au sein de sa société, parce que "la journée continue permet d’éviter la cassure entre 12h et 14h".
Il s'oppose catégoriquement à l’idée de faire coïncider le congé annuel et le mois du Ramadan. "Je préfère être libre de prendre mes congés lorsque je le souhaite", conclut-il.
Karim, employé de banque à Casablanca, estime pour sa part que rien n’explique une baisse de productivité durant le mois de Ramadan et que tout est question d’organisation : "Ce sont surtout des arguments qu’avancent certains pour justifier leur paresse et rien d’autre. Maintenant, le Ramadan a touché à sa fin, il faut reprendre le cours normal de la vie."
Farida, une fonctionnaire mère de trois enfants, a pris son congé annuel durant le mois sacré, parce qu'elle n’arrive pas à concilier son travail et l’augmentation des charges ménagères qui deviennent trop lourdes durant le Ramadan.
"Je préfère prendre un congé tout au long du Ramadan pour ne pas subir la pression du boulot combinée au cumul des tâches ménagères. Avant, je devais sortir en courant de mon travail pour faire les courses et préparer le repas du f'tour. C’était infernal. Heureusement que mon chef accepte toujours ma demande", explique-t-elle.
Mais il n'y a pas que les femmes qui préparent le f'tour qui ont besoin de vacances.
"Il m’est impossible de travailler pendant le Ramadan", explique Hamid Larami, chef de rayon dans une grande surface. "J’aime apprécier l’ambiance particulière. Il nous fait oublier la routine quotidienne", déclare-t-il à Magharebia.
Et puis il y a les fumeurs. Nombre d'entre eux expliquent ne pas pouvoir se concentrer parce que leur tasse de café et/ou leur cigarette leur manque. Ils quittent le travail, affirment-ils, parce que le manque de nicotine les empêche de se concentrer. Bon nombre d’entre eux passent leur journée à dormir et veillent toute la nuit en compagnie de leurs amis, à fumer des cigarettes et la chicha.
Fouad Bekkali, employé de banque, est en congé depuis le 15 Ramadan. "Je n’en pouvais plus. Je n’arrivais plus à bien discerner les chiffres en raison des maux de tête intensifs. Les cigarettes me manquent pendant la journée. J’ai ainsi décidé de me reposer pour résoudre le problème et bénéficier des soirées”, explique-t-il.
Il y a enfin ceux qui veulent passer le mois dans la piétée. Ils sont nombreux à s'adonner aux pratiques religieuses en passant leur temps à la mosquée ou à lire le Coran.
D'autres, comme Larbi Selmane, mettre à profit leur temps libre pour aider les nécessiteux. Il collecte des denrées alimentaires et des vêtements auprès des habitants de son quartier pour les distribuer aux démunis. Pour lui, la paresse du Ramadan n'est pas de mise.
"Même si cela me demande des efforts considérables", explique-t-il à Magharebia, "je ne me sens pas fatigué. Je me réjouis quand je vois la satisfaction dans les yeux des personnes que j’essaie d’aider."






Moroccan Patriot En ligne 2009-09-25
Est-ce que je suis le seul marocain profondément honteux après avoir lu cet article ? Comment ces gens peuvent-ils se qualifier de Musulmans alors qu'ils dorment tard et qu'ils passent la nuit à fumer du chicha ??? Et que se passe-t-il pour la prière de la nuit ? Ces gens qui disent que c'est bien de travailler moins pendant le Ramadan ?????? Je sais maintenant pourquoi l'Oumma musulmane est bien plus forte aux Etats-Unis que c'est le cas dans les nations à majorité musulmane... Aux Etats-Unis, vous devez travailler. Si vous êtes paresseux, on vous renvoie. Il ne semble n'y avoir aucun sentiment de responsabilité dans les exemples cités dans cet article. Ressaisissez-vous. Aux Etats-Unis, vous jeûnez alors que presque tout le monde autour de vous fume, mange et boit, souvent juste en face de vous. Décider que vous ne pouvez pas faire une réunion à huit heures du matin parce que vous jeûnez, ce n'est pas une option. Cela vous rend plus fort en tant qu'individu, avec davantage de dévouement et de caractère que la plupart des autres. Fumer n'est pas une excuse. J'espère vraiment que cet article ne représente pas la majorité. C'est si triste.
Free spirit En ligne 2009-10-01
Certains utilisent le Ramadan pour intensifier et montrer leur paresse. Quelle honte ???
Damou En ligne 2009-10-02
Le marocain , en général n'aime pas le Travail quelque soit le mois ou la saison de l'année . Il n'aime pas travailler car au Maroc le Travail n' est pas une valeur d' estime de soi, de droit, de dignité et d'obligation. Le rêve d'un marocain moyen est de devenir fonctionnaire à vie pour la sécurité d'emploi, pour propager la corruption et la mentalité du moindre effort. C' est culturel dans de nombreux domaines .Les fonctionnaires au stade bas sont particulièrement des fainéants à cause de leur salaire misérable et des conditions de travail injustes . Ne pas travailler ou lâcher prise au mois de Ramadan, est une question dont la personne est responsable et elle est sans excuse Ramadan ou pas !
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