Les Algériens entre dévotion et divertissement pendant le Ramadan

2009-09-11

Les nuits du Ramadan s'animent en Algérie après les prières du Tarawih, mais c'est le nombre croissant de fidèles à la prière du Tahajjud qui inquiète les autorités.

Texte et photos par Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 11/09/09

Les activités nocturnes, tant laïques que religieuses, enflamment l'Algérie durant le mois du Ramadan.

Des Algériens de tous âges se sentent rassainis pendant le Ramadan ; les commerces restent ouverts tard le soir, les familles emplissent les cafés, et les mosquées enregistrent une fréquentation plus importante qu'à n'importe quel autre moment de l'année. Pendant trente jours, c'est un pays différent. Empreinte de piété, de commerce et d'activités nocturnes de tous types, la vie des Algériens change radicalement.

Pendant ce mois de ferveur religieuse, l'activité dans les mosquées du pays atteint son summum, notamment avec l'arrivée de nouveaux fidèles. Mais alors que le gouvernement et les leaders religieux traditionnels font tout ce qu'ils peuvent pour s'attirer les bonnes grâces de la jeunesse du pays, c'est la manière dont le Ramadan est observé qui fait aujourd'hui l'objet de tous les débats.

"Beaucoup de gens commencent à prier pendant le Ramadan, d'autres pratiquent le jeûne sans prier", explique l'imam de la mosquée Al Baqoun Aala El Ahd (le fidèle au serment) de Kouba, considérée par les services de sécurité comme un repaire de salafistes.

Dans ses messages, l'imam condamne vertement ce qu'il appelle le comportement "illicite" que l'on constate chez certains fidèles pendant les prières du Tarawih. Certains jeunes profitent de l'occasion comme une excuse "pour sortir avec leur fiancée, avec la permission de leurs parents", explique-t-il.

Une prière notamment est de plus en plus populaire, en particulier dans les mosquées fréquentées par les salafistes.

Le Tahajjud, la prière du soir, a commencé à attirer tant de jeunes ces dernières années que fin juillet, avant le début du Ramadan, le ministre des Affaires religieuses Boualamallah Ghlamallah avait demandé aux imams de ne plus autoriser des prières de ce type dans leurs mosquées, ou au moins d'exercer un contrôle plus strict sur leur déroulement.

Mais le sujet reste un dilemme pour les autorités, qui se voient obligées d'équilibrer sécurité publique et liberté religieuse.

"Il n'est pas question de fermer les portes des mosquées" pour résoudre le problème de la présence des salafistes, explique le ministre. "Nous n'avions pas fermé les mosquées lorsque le terrorisme était à son comble. Comment pourrions-nous seulement envisager de le faire aujourd'hui ?", demande-t-il.

Les jeunes Algériens affichent des degrés divers de dévotion. Salim, la vingtaine, participe à la prière quotidienne. "C'est normal. Si vous êtes rigoureux dans l'observation du mois sacré, tous vos péchés vous seront pardonnés", déclare-t-il avec une confiance à toute épreuve.

Son ami Nadir, lui, n'assiste pas chaque soir à la prière. "Je me sens quelques fois fatigué", explique-t-il à Magharebia.

Salim s'empresse de le tancer pour sa paresse. "Regarde tous ces vieux - ils ne peuvent pas rester debout. Ils apportent un tabouret et ne ratent pas une seule prière."

Les soirées du Ramadan n'ont pas qu'une facette religieuse. Les choses commencent vraiment à bouger après la prière du Tarawih. Les rues des grandes villes se mettent alors à fourmiller de millions de gens.

La mode des kheïmas a conquis l'Algérie, avec les commerces et les hôtels qui proposent des activités récréatives du Ramadan sous d'imposantes tentes.

Une fois les prières du soir terminées, les Algériens n'ont plus que l'embarras du choix. Pendant que les hommes se dirigent vers les cafés et autres mahchachate (salles de jeux), les femmes préfèrent souvent se promener en ville et faire du lèche-vitrine. Les visites à la famille sont également très prisées.

Face à la ferveur des Algériens pour des soirées particulières en ce mois, les entrepreneurs ont mis au point une nouvelle manière d'attirer leur attention.

Chaque année, un nombre toujours plus important de kheïmas (tentes) poussent comme des champignons dans toute l'Algérie. Lumière tamisée, salons confortables, thé à la menthe, nargilés et musique algérienne, tout se combine pour créer la parfaite kheïma durant le Ramadan.

Attirant une clientèle toujours plus jeune et plus "cool", les kheïmas sont devenues un véritable phénomène social. Aucun mois sacré ne saurait désormais être complet sans s'y rendre au moins une fois.

Ces kheïmas sont aussi devenues de véritables mines d'or pour les entreprises. Grands constructeurs automobiles et opérateurs de téléphonie mobile ont rejoint les hôtels cinq étoiles dans cette mode. Certaines entreprises montent leurs propres kheïmas ou les louent à des hôtels pour y vendre leurs produits et leurs services aux très nombreux passants.

Même les piscines s'efforcent de prolonger l'été, en proposant des nuits dansantes, jusqu'à l'aube. Théâtres, cinémas et autres lieux culturels ont tous mis au point des programmes pour remplir les soirées du Ramadan.

"Je ne sais pas où me tourner", reconnaît Saliha, une enseignante. "Il y a tellement de choses que j'aimerais voir, un mois ne suffit pas. C'est dommage que ces programmes ne soient proposés que pendant le Ramadan."

Café et boîtes de nuit, avec de la musique, restent bondés chaque soir pendant tout le mois, jusqu'à l'aube. Certains, comme le Café El Bahdja, attirent tellement de fans de musique que la grande avenue qui conduit au quartier populaire de Bab El Oued a dû être fermée à la circulation.

Les cafés d'Algérie restent bondés jusqu'à l'aube durant le Ramadan.

Ammi Hacène, ancien habitant de la casbah qui a déménagé il y a plus de vingt ans, s'y rend chaque soir "pour retrouver l'ambiance des bons vieux jours".

Mais cette nouvelle tendance de musique et de thé sous une tente plutôt que dans un café n'est pas du goût de tout le monde.

Pour Mérouane, comptable, les kheïmas sont assez peu attirantes. "Chaque année, ils inventent de nouveaux concepts pour nous prendre notre argent. Je préfère m'en tenir aux vieilles traditions. Je ne changerai pas mes soirées passées dans de petits cafés à écouter de la musique chaabi pour tout l'or du monde. Pour moi, c'est ça, le Ramadan."

Et puis il y a ceux qui doivent retourner au travail après une nuit bruyante.

"Je dois me lever tous les matins à 7 heures", explique Djâafar, un employé de bureau qui travaille au centre-ville. "Avec ces soirées dans les cafés, le bruit n'arrête pas durant toute la nuit. Si les gens veulent écouter de la musique, pourquoi ne vont-ils pas dans les salles conçues pour ça ?" "Personne n'a le droit de nous obliger à rester éveillés toute la nuit en leur compagnie", se plaint-il.

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comments

Lilia En ligne 2009-09-13

Divertissement? Quels divertissements?? Il n'y a absolument RIEN!!

mab65 En ligne 2009-09-16

J'aime l'ambiance du mois de Ramadhan,mais le soir,car le jour c'est le calvaire:les bagares ,le vol,entassement des gens dans des marchés et des boutiques.J'aimerai que nos villes soi aussi animées durant les autres mois de l'année.Mais pourquoi on arrive pas à maintenir cela

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