Les vacanciers algériens obligés de composer avec des prix élevés
2009-06-26
Malgré le très important potentiel touristique de l'Algérie, le coût des séjours d'été contraint de nombreux Algériens à se tourner vers d'autres destinations de vacances.
Par Nazim Fethi et Hayam El Hadi pour Magharebia à Alger – 25/06/09
![]() [Nazim Fethi] Les vacanciers algériens doivent composer avec la cherté des prix et la faible disponibilité. |
A peine débutée, la saison estivale est déjà un véritable casse-tête pour bon nombre de familles algériennes. Confrontés à une offre hôtelière limitée et à la cherté des prix, les Algériens ont du mal à passer leurs vacances dans leur propre pays.
Avec le début du mois du Ramadan prévu la troisième semaine du mois d'août cette année, chacun a commencé à chercher des locations plus tôt que prévu. Hôtels et campings affichent complets depuis des mois, malgré les prix élevés. Et à mesure que la demande augmente, les prix flambent.
Les 1 200 kilomètres de littoral sont pris d'assaut par les estivants aisés – en grande majorité des expatriés. Les Algériens du terroir se retrouvent cantonnés loin des plages.
L'offre limitée de chambres d'hôtels a entraîné une demande croissante pour les locations d'appartements, où les familles de la classe moyenne peuvent séjourner à des prix raisonnables. Les propriétaires louent leur maison pendant la saison estivale pour s'assurer un revenu supplémentaire, et les familles y trouvent des conditions de séjour plus abordables, et une plus grande intimité, que dans les hôtels. Un système avantageux pour chacun.
Mais tous les logements proposés n'affichent pas des tarifs raisonnables. Dans certaines villes côtières, comme Bejaïa, des centaines d’agences immobilières clandestines voient le jour à l’approche de chaque été.
Abdelhakim Aouidet, le vice-président de la fédération nationale des agents immobiliers, estime que les "parasites" qui imposent leur diktat sur les prix durant la saison estivale poussent de nombreuses familles à opter pour des vacances moins chères en Tunisie.
"A Bejaïa et Jijel, la location d'une villa peut atteindre 1 500 euros (153 438 dinars) pour deux semaines", explique-t-il. "Les pouvoirs publics doivent intervenir."
Une directive a été transmise par le gouvernement aux responsables locaux des villes côtières en vue d’organiser ce genre de locations, notamment en obligeant les propriétaires à déclarer les personnes à qui elles ont loué. Mais cette directive risque de ne pas être suivie, car les propriétaires ne comptent pas payer d’impôts pour des locations saisonnières.
"Je loue un étage de ma villa durant le mois de juillet, pour pouvoir mettre un peu d’argent de côté. Si je déclare ça à la mairie, on va me taxer. Au final, je ne gagnerai rien", explique says Hamid, un sexagénaire habitant à Lâaouana, près de Jijel.
Dans cette ville côtière très prisée par les estivants, les hôtels restent insuffisants et chers. Pas plus d’une dizaine d’établissements hôteliers et quelques campings organisés, pour une affluence dépassant les huit millions d’estivants, selon les chiffres de l’office local du tourisme.
"Savez-vous qu’une nuit dans un grand hôtel algérien revient à plus de 10 000 dinars, sans petit-déjeuner ?", demande Naima, une professeur à l'université mère de deux enfants, qui n'a pas encore trouvé où passer ses vacances.
"Les vacances, c’est sacré pour moi et ma famille. Je travaille toute l’année et je pense mériter du repos. Mes enfants également ; l’année scolaire est longue et ils doivent pouvoir décompresser. Les prix sont excessifs", se plaint-elle.
Rachid, ancien employé au ministère du Tourisme reconverti en agent de voyage, explique que l'Algérie dispose d'un potentiel énorme : "Les vacanciers ont tout pour s’amuser, se divertir. Ils ont le choix entre la mer, la montagne ou le grand Sud."
Mais malgré cela, les offres n'attirent pas la clientèle locale.
"Les prix dans les grands hôtels ou les stations balnéaires ne sont pas intéressants, car trop élevés. Ce genre de tourisme n’intéresse pas la classe moyenne", ajoute-t-il.
L'offre limitée de lieux de séjour à des prix raisonnables ne fait qu'accentuer la concurrence.
Salim, un quinquagénaire d'Alger, a réussi à trouver un appartement à Kaous, à 15 kilomètres de la côte. Et il a eu du mal à le trouver.
"C’est un voisin du quartier qui a contacté son cousin. C’est vrai que c’est un peu loin de la plage, mais j'ai une voiture, donc pas de souci. L’appartement me coûte 2 000 dinars par jour. Je ne trouverai pas moins cher ailleurs", explique-t-il.
Pour Salima, une enseignante mère de deux enfants, les recherches se sont avérées frustrantes. "Je suis allée à Jijel et à Bejaïa. Ce que j’ai trouvé était au-dessus de mes moyens. Imaginez, une tente dans un camping à 150 000 dinars pour dix jour seulement", explique-t-elle à Magharebia.
"A ce prix là, je passerais des vacances royales en Tunisie ou en Turquie."
![]() [Fayez Nureldine/AFP/Getty Images] Les offres de séjour dans des stations comme Sidi Faraj sont hors de portée pour de nombreux Algériens. |
Certains jeunes ont trouvé un moyen de passer des vacances à moindre coût : ils se mettent ensemble pour louer des appartements – parfois même des garages.
Omar, un étudiant, et ses amis ne peuvent s'offrir des vacances à l'étranger. Ils ont trouvé un voisin à Alger qui leur a loué son garage à Jijel pour 20 000 dinars pour le mois. Ils ont économisé pendant plusieurs mois pour avoir la somme nécessaire.
"Peu importe où on passe la nuit. L’essentiel c’est qu’on profite de la mer", nous a dit Omar.
Mais cette nouvelle tendance ne fait pas que des heureux.
Près de Bejaïa, Baccaro, une petite ville tranquille se transforme chaque été en un immense centre touristique. "Il devient impossible de dormir, avec tout le vacarme des estivants et leurs va-et-vient incessants. Et lorsque vous vous plaignez, on vous dit : on est en vacances ! C’est infernal. Est-ce que je dois quelque part moi aussi pour échapper à cette situation ? Tout mon entourage me le conseille. Mais pour aller où ? Je n’ai pas d’autre endroit où aller. C’est ma seule maison", se plaint Saïd, un septuagénaire.
Les seules personnes qui ne semblent pas affectées par la cherté et l’offre limitée de logements de vacances sont les cadres des entreprises publiques.
"Mon entreprise loue chaque année des bungalows dans des complexes touristiques", explique Hicham, qui travaille dans une entreprise de travaux publics. "Grâce au fonds social du syndicat, nous ne payons que 25 pour cent du coût réel des vacances. Cela nous permet de passer une dizaine de jours au bord de la mer, et d'en faire profiter d’autres membres de la famille, qui viendront nous remplacer dans les bungalows."
Mouna, secrétaire de direction, a dû s’accrocher à son frère, banquier, pour passer quelques jours de vacances avec son fils dans un complexe loué par la banque. "S’il n’y avait cette opportunité, je serais restée à la maison", avoue-t-elle.
Le secteur du tourisme en général, et des locations en particulier, a souffert d'une certaine négligence en Algérie.
"Il n’existe pas de politique en direction du secteur du tourisme. Les structures hôtelières du secteur public ont été privatisées. D’autres sont dans un état de total délabrement. Il est normal que lorsque l’offre est limitée, les prix soient excessifs. Pour que la balance qualité-prix se rééquilibre, il faut plus d’investissements et une politique courageuse", nous explique Rachid, l'agent de voyage.
En mai dernier, le ministère du Tourisme a mis en place un schéma directeur pour encourager le tourisme local et améliorer la qualité des services proposés par les hôtels existants.
Si elle porte ses fruits, cette initiative gouvernementale devrait permettre aux vacanciers algériens de passer leurs vacances d'été sur les plages de leur pays plutôt que sur le littoral tunisien.








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