Les mauritaniens réagissent face à la candidature à la présidence du leader de la junte

2009-04-17

Peu de mauritaniens ont été surpris d'apprendre que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz se retirait de sa commission militaire pour se jeter dans la course à la présidentielle. Ils sont nombreux à se demander toutefois si cette initiative va contribuer à résoudre ou fera empirer la crise de l'après-coup d'Etat.

Par Mohamed Yahia Ould Abdel Wedoud pour Magharebia à Nouakchott – 17/04/09

[Getty Images] Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz est en quête de la présidence en Mauritanie.

Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, leader de la junte mauritanienne au pouvoir, a annoncé, dimanche 12 avril, qu'il se retirait de son poste de président du Haut Conseil d'Etat (HCE) pour pouvoir se lancer dans la course à la présidentielle, mettant ainsi un terme à des semaines de spéculation sur une candidature presque certaine.

Depuis qu'Abdel Aziz a renversé le Président Sidi Mohamed Ould Sheikh Abdallahi en août dernier, lors d'un coup d'état militaire sans effusion de sang qui avait divisé le pays, l'isolement de la Mauritanie sur la scène internationale est allé croissant. L'initiative la plus récente remonte au 8 avril, lorsque l'Union Européenne a décidé qu'elle suspendrait toutes ses aides -hormis de type humanitaire- au pays.

Ahmad Ould Daddah, chef du parti du RFD et membre de la coalition d'opposition du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD), avait initialement apporté son soutien au Coup d'Etat. Son objection à la candidature d'Abdel Aziz, officier militaire, l'a amené à annoncer le boycott des élections nationales qui ont été proposées.

"Si j'ai qualifié ce qui est arrivé le 6 août de procédure de correction, je l'appelle aujourd'hui un coup d'Etat. Je souligne que c'est une infraction à la loi et une violation flagrante de l'article 18 de la Constitution, qu'un militaire puisse se présenter à la présidence" a déclaré Daddahlors d'une réunion du parti le 4 avril.

La question de la démission préalable à toute candidature électorale découle de la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance de 2008. Sous les termes de la Charte, les auteurs de coups d'Etat ne peuvent participer à une élection visant à restaurer l'ordre constitutionnel. Après que Daddah ait soulevé le problème à la fin du mois dernier, le Conseil au pouvoir avait argué que pour satisfaire aux dispositions de la Charte, Abdel Aziz devait simplement démissionner de sa commission militaire et se présenter en tant que candidat civil.

Daddah a également déclaré que les officiers de l'armée et de la sécurité qui avaient servi lors du coup d'Etat devaient rester inélligibles à l'occasion des élections présidentielles à venir, ajoutant que la main-mise des militaires sur le pouvoir risquait d'aggraver l'isolement de la Mauritanie au niveau international et de causer davantage encore de sanctions politiques et économiques.

"[La candidature d'Abdel Aziz] serait catastrophique, pour la démocratie comme pour trouver une issue réelle à la crise, et l'absence des militaires lors des élections sera un point essentiel si nous voulons un vote libre, honnête et transparent", dit encore Daddah.

[Getty Images] Les mauritaniens célèbrent le coup d'Etat militaire qui a destitué le Président Sidi Mohamed Ould Sheikh Abdallahi.

La plupart des citoyens n'ont pas été surpris par la nouvelle de la candidature du Général Abel Aziz. Après que "l'Assemblée Générale pour la Démocratie" (EGD) se soit accordée au moins de janvier sur la tenue des élections, la candidature du chef de la junte était considérée comme une certitude.

"Chacun savait que le Général Abdel Aziz se présenterait aux élections, appuyé par la majorité au Parlement au faveur du coup d'Etat," dit Aal Ould Ahmed, menuisier, à Magharebia.

Certains citoyens sont allés jusqu'à spéculer sur le fait que les généraux et le Parlement avaient déjà tout programmé - à travers un complot préparé dans l'ombre, comme ils le disent - pour renverser Abdallahi et assumer sa fonction.

"Le Parlement a destitué le gouvernement de Sheikh Abdallahi par une motion de censure, reprise par les Généraux. Parmi eux, certains l'ont admis. L'objectif était de mettre une distance entre le Président et le Parlement qui, en retour, a culminé lors du coup d'Etat du 6 août", dit l'activiste politique Mohamed Mokhtar. "Le voile s'est levé, maintenant que le Général Mohamed va démissionner des militaires et se présenter à la présidentielle".

D'autres mauritaniens se réjouissent qu' Abdellahi soit parti. "Cet homme n'a rien fait pendant une année entière et cinq mois", dit Mohamed Sa’id, un enseignant. "Les prix ont augmenté comme jamais auparavant. Les fonds publics étaient détournés en permanence. Le rêve de changement a petit à petit disparu".

"Abdellahi n'avait pas vécu en Mauritanie. Il est arrivé dans le pays juste avant les élections présidentielles, il était ainsi inconscient des problèmes rencontrés par les citoyens, ce qui a créé une crise qui s'est achevée par sa destitution", ajoute-t-il.

[Getty Images] Des manifestants contre le coup d'Etat dénoncent la chute d'Abdellahi en tant qu'initiative visant à imposer le silence à la démocratie.

Alors que les simples citoyens mauritaniens sont divisés au sujet de la décision prise par Abdel Aziz de démissionner pour se présenter à la présidentielle, de la même manière qu'ils s'étaient divisés lors du coup d'Etat, tout le monde s'accorde sur la nécessité de trouver une solution constitutionnelle à la crise actuelle.

"J'espère que nous dépasserons le problème de la candidature et que nous adopterons des solutions qui pourront améliorer nos conditions de vie, dit Sidati, un marchand. "Nous recherchons à mettre un terme à ce conflit sur le pouvoir, qui a interrompu le développement et qui a fait de la politique le sujet de conversation de la ville. Laissons celui, quel qu'il soit, qui assumera le pouvoir entreprendre des réformes démocratiques qui profiteront au simple citoyen, celui qui rêve d'une vie meilleure".

La menace de boycott faire par l'opposition, selon les analystes politiques, ne fera qu'empirer les choses.

"Les élections prochaines aideront à l'accession du Général Abdel Aziz au pouvoir, établissant un système unilatéral", dit Al Hussien Ould Modu, expert en politique. "Il n'y aura pas de vrai rival tant que l'opposition boycottera les élections. Ce scrutin est un nouvel épisode de la crise".

Le Docteur Mohamed Lamine Ould Al Kitab, analyste politique et ancien président de l'Université de Nouakchott, reconnaît que les élections ne pourront pas résoudre le dilemne politique mauritanien : "Il semblerait qu'il n'y ait pas un signe de solutions offertes à cette crise morbide en perspective. Toutes les parties sont ancrées sur leurs positions de manière catégorique, et à moins que des concessions ne soient faites en vue d'une réconciliation, les choses ne pourront jamais redevenir ce qu'elles étaient".

Pour Ahmed Ould Al Arabi, universitaire, le problème est même plus grave. "Elire Ould Abdel Aziz ouvrira largement la porte à tous les coups d'Etat", maintient-il.

"Il ne peut y avoir aucune légitimité à un régime apparu sous un coup d'Etat, construit sur les débris d'un régime démocratiquement élu, dont le monde a été témoin", continue Al Arabi continued. "Dans tous les cas, le pouvoir restera entre les mains des plus puissants de la Junte. Ce n'est pas la démocratie que recherche la nation mauritanienne".

De plus, le rencensement électoral s'est achevé le 15 avril. L'objectif de ce recensement était de permettre aux nouveaux électeurs de participer aux élections prochaines.

Magharebia s'est entretenu avec certains électeurs au sujet des préparations du scrutin national.

"Je sais trop bien qui va remporter les élections, que je vote ou que je ne vote pas. Donc, je ne pense pas que mon vote puisse faire une grande différence. Je n'ai pas besoin de perdre mon temps", dit Ahmed Ould Aal, âgé de 27 ans.

De nombreux jeunes maifestent leur apathie sur la question du vote. Mais ils espèrent encore résoudre le problème du pouvoir d'une manière démocratique, afin que les inquiétudes des citoyens puissent commencer à recevoir de l'attention.

"Je ne crois pas qu'inscrire des nouveaux électeurs, réunir les partis, et perdre des montants d'argent énormes sur un parti unilatéral fera un bien quelconque sur les simples citoyens", remarque Kabir, ingénieur au chômage âgé de 32 ans.

"Si seulement tout cet argent pouvait être utilisé pour financer des institutions publiques aptes à absorber le chômage et à alléger les souffrances de la jeunesse sans emploi".

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.
Loading

Voter

Loading
  • Envoyer à par email
  • Imprimer
  • Share/Save/Bookmark
comments

Citizen En ligne 2009-04-26

Le général n'aurait pas dû se présenter à la présidence, cela a ruiné son image auprès des gens ordinaires, c'est la preuve d'une obsession du pouvoir. Général, faites attention, sinon vous risquez d'être destitué par d'autres militaires.

Lemat En ligne 2009-04-26

Vive le general Aziz, vouez allez gagnez les élections prochaines, te est le seul homme en mauritanie. Bravooooooooooooooooooooooooooooooooo

Taher En ligne 2009-04-28

Le général Aziz n'est pas le seul homme en Mauritanie et il ne le sera pas. Il est le leader d'un coup d'Etat, et le moment viendra où un autre officier viendra le destituer. N'applaudissez pas, n'applaudissez jamais, le temps nous le dira.

Amadou En ligne 2009-04-29

Les élections prochaines seront mouvaises, sans respect de libertés.

Nous nous réjouissons de vos commentaires sur les articles publiés par Magharebia.

Nous espérons que vous utiliserez ce forum pour discuter avec d'autres lecteurs du Maghreb. Pour conserver tout leur intérêt à ces discussions, nous vous demandons de respecter les règles précisées dans la politique relative aux commentaires. L'envoi de vos commentaires implique le respect de ces règles. Bien que Magharebia.com encourage la discussion sur tous les sujets, y compris des sujets sensibles, les commentaires publiés ne reflètent que les seules opinions de leurs auteurs. Les idées, vues et opinions exprimées dans ces commentaires ne reflètent pas nécessairement la position de Magharebia.com. Ce forum est géré par un modérateur. Les commentaires a caractère injurieux, offensifs, ou contenant des propos diffamatoires ne sont pas publiés.

Politique des commentaires de Magharebia

Nom
Email (optionnel)
Commentaire

1800 de caractères restants (1800 max)

turing test
Saisissez les chiffres
.
Zawaya
Les indices de développement humain (IDH) sont-ils utiles aux gouvernements dans le cadre de la lutte contre les problèmes sociaux?

Couverture spéciale

Tunisian Presidential Elections 2009

Ramadan au Maghreb

Baccalauréat 2009

À l'honneur

L'instabilité en Somalie inquiète ses voisins du Maghreb

2009-11-05

Alors que les groupes radicaux en Somalie gagnent en importance, le Maghreb s'interroge sur la manière d'empêcher les jeunes d'embrasser des idéologies extrémistes.
Continuer...
.

Sondage

Qui est selon vous responsable du déclin du football marocain ?






Voir résultats

Articles

Loading