Le Maroc souhaite mieux répondre aux besoins des personnes atteintes de maladies mentales

2009-04-03

Le Maroc est à la traîne de l'Algérie et de la Tunisie en matière d'accès aux soins pour les maladies mentales. Alors que les familles marocaines se battent souvent pour apporter des soins à leurs malades, le pays espère pouvoir multiplier les options de traitements psychiatriques.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 03/04/09

[Sarah Touahri] Des pénuries de personnel et de moyens affectent la plupart des hôpitaux marocains.

L'indignation suscitée par le triple meurtre commis le 26 mars par un jeune homme atteint de maladie mentale à Rabat a incité les responsables du gouvernement et les professionnels de la santé à se pencher à nouveau de plus près sur l'efficacité des traitements psychiatriques au Maroc. Des représentants d'associations caritatives oeuvrant dans ce domaine aux familles des patients, les gens parlent de ce qu'ils considèrent être un système de soin des maladies mentales dangereusement inadapté.

Selon les chiffres officiels, le ministère de la Santé emploie un total de 116 psychiatres dans 9 hôpitaux spécialisés et 16 centres médicaux de province. Quatorze psychologues apportent par ailleurs une assistance aux patients hospitalisés. Le pays compte 1 910 lits d'hôpitaux spécialisés.

"Nos voisins algériens et tunisiens", toutefois, disposent de trois fois plus de lits qu'au Maroc, explique Driss Moussaoui, le directeur du centre de psychiatrie de l'Université Ibn Rochd.

Ce problème d'infrastructure va bien au-delà d'un simple manque de lits. Une très forte pénurie de personnel qualifié se fait également cruellement sentir. Dans l'ensemble du pays, on recense seulement 350 psychiatres, soit un pour 100 000 habitants.

Confrontées à une telle situation, les familles marocaines sont souvent contraintes de prendre en charge leurs parents atteints de maladies mentales. "Beaucoup manquent du soutien approprié", explique Naima Trachen, président d'Amali, une association qui se consacre à apporter un soutien et à former les familles des personnes atteintes de troubles psychiatriques.

Les parents ont la terrible charge de tenter de gérer par eux-mêmes les maladies de leurs enfants. Certains sont confrontés à un choix insoutenable : s'occuper d'un proche ou quitter leur travail.

Wassila Himmadi a un fils de 23 ans atteint d'une maladie mentale, qui a été décelée à l'âge de 15 ans. Ancienne enseignante, elle a dû quitter son travail pour s'occuper de lui. Depuis huit ans, elle veille sur lui jour et nuit.

Parfois il devient agressif et peut causer d’énormes dégâts autour de lui.

"J’aurais aimé confier Saâd à un organisme spécialisé pour qu’il soit bien soigné et pour qu’il s’épanouisse, lui aussi, en dépit de son handicap. Mais malheureusement, les centres pour la maladie mentale manquent cruellement. Ceux qui existent ne peuvent pas prendre en charge un trouble chronique", explique-t-elle à Magharebia, l'air triste mais résigné.

Son cas est semblable à celui de très nombreuses familles. Et encore Wassila peut-elle tant bien que mal gérer son quotidien grâce à la situation financière confortable de son mari.

D'autres ont en revanche moins de chance.

La vie de Siham est un enfer. Elle n'a aucune ressource financière. Chaque matin, elle enferme sa fille de 20 ans atteinte d'une maladie mentale dans sa chambre et part au travail. "Quand je m’absente, elle crie et casse tout. Mais, je suis obligée de la laisser pour avoir de quoi manger et payer le loyer de notre chambre", explique-t-elle.

Depuis cinq ans que son mari l’a quittée, l’état de sa fille s’est détérioré. Siham n’a pas les moyens d’acheter les médicaments que le médecin a prescrits pour sa fille pour la calmer et est donc contrainte de subir les réactions très changeantes de cette dernière.

"Les voisins me boudent car ils ont tous été malmenés par Aïcha. Moi aussi, je subis ses mauvaises humeurs lorsque je retourne à la maison. Mais je suis sa mère et je dois tout supporter, même si parfois je me demande si l’Etat n’est pas responsable de ces citoyens malades qui ont besoin d’un soin particulier et permanent", ajoute-t-elle.

Une question la taraude en permanence : "Qu’adviendra-t-il de ma fille quand je ne serais plus de ce monde ?"

Certaines familles finissent par baisser les bras face à cette "charge délicate et épuisante". Elles choisissent d'abandonner leurs proches, les laissant seuls dans la rue face à la réalité du quotidien.

Saïd M., la soixantaine, raconte à Magharebia l'histoire de son frère Moha, qui a souffert pendant dix ans de la maladie mentale de sa femme. Moha a finalement choisi de laisser Kenza face à son destin à Marrakech, où les passants charitables lui donnent l'aumône.

"Il a tout essayé pour qu’elle guérisse", explique Saïd. "Il prenait soin d'elle. Mais il a décidé de la laisser seule dans un mausolée quand il a épuisé tous ses moyens financiers et ne pouvait plus s'en charger. Par la suite, on n’a plus eu aucune nouvelle d’elle."

"Peut-être qu’elle est morte ou qu’elle erre dans les rues", conclut-il.

Pour répondre aux besoins de la population, médecins et infirmières demandent au gouvernement de développer les infrastructures d'accueil et de former plus de personnels.

"Il est par exemple inconcevable qu’un hôpital de 180 lits n’ait pas d’ambulances", explique Hassan Rami, infirmier à l'hôpital psychiatrique de Berrchid.

Moussaoui, professeur à l'université, explique que si la situation est certainement très préoccupante au Maroc, elle est bien meilleure qu'il y a trente ans.

Mais malgré les améliorations de ces dernières années, le ministère de la Santé reconnaît qu'il reste encore beaucoup à faire. Dans le cadre du plan national d'action 2008-2012, le Maroc souhaite améliorer les soins psychiatriques et lutter contre la discrimination et les stigma liés à la vie en proximité avec des personnes atteintes de ces maladies. Un autre volet de ce plan concerne la santé mentale des enfants et des adolescents, avec un accent particulier sur les problèmes de toxicomanie.

Pratiquement, ce plan devrait permettre de créer 1 000 lits d'hôpitaux et 100 lieux de consultations spécialisées. Quatre structures de prise en charge spécialisées pour les enfants et les adolescents verront le jour au cours des trois prochaines années.

Les patients bénéficieront d'un accès gratuit à certains médicaments, comme les psychotropes, et le ministère formera des centaines de psychiatres et d'infirmières spécialisées.

Une enquête nationale de prévalence des troubles mentaux chez la population générale, la première du genre au Maroc, rendue publique en 2007, a montré que 48,9 pour cent des personnes consultées présentaient au moins un signe relevant d’une mauvaise santé mentale (tic nerveux, insomnie passagère, état d’anxiété, dépression).

Selon le rapport du ministère de la Santé, les troubles mentaux affectent au moins 5 pour cent de la population adulte. En d'autres termes, le Maroc compte près de 1,5 million de personnes ayant besoin d'une forme ou d'une autre de traitement médical spécialisé dans ce domaine.

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.
Loading

Voter

Loading
  • Envoyer à par email
  • Imprimer
  • Share/Save/Bookmark
comments

حسن مناش بنعلي En ligne 2009-04-07

La maladie qualifiée de psychologique ne peut pas être supportée par les humains. L'Etat devrait trouver des médicaments pour les traiter, ainsi que des médecins spécialistes dans les maladies psychologiques. Ce type de maladies existe dans toutes les sociétés. Toutefois, elles ne sont pas largement répandues. Les maladies graves aujourd'hui, ce sont celles associées à la toxicomanie et aux pilules hallucinogènes. Ce fléau a fait perdre l'esprit à des milliers de jeunes. Ils sont devenus fous pour reprendre une expression commune, et idiots tels qu'ils sont qualifiés dans le dialecte marocain. Et là le dicton affirmant que la prévention est préférable que le traitement est justifié. L'Etat a conscience de cette situation, mais il ne fait que l'observer et l'aider. On a raconté qu'un citoyen, portant la barbe et une robe de piété, avait remarqué que deux agents secrets le suivaient partout où il allait. Alors il a eu une idée pour s'en débarrasser. Il est entré dans un bar et a pu observer le mouvement de l'un d'eux qui se cachait derrière lui pour contrôler ses gestes. Une fois que le citoyen a ouvert une bière, l'agent secret est allé retrouver son collègue et lui a dit : son comportement s'est amélioré, nous en savons assez sur lui. Et ici le proverbe bien connu peut s'appliquer, vous, c'est assez, et ils m'épargneront. Un Etat qui taxe un homme de bon comportement parce qu'il est alcoolique, alors que l'homme juste lui semble être un danger. Pourquoi n'entrons-nous pas dans le monde des fous ? Le problème n'est pas de trouver des moyens de traitement et d'augmenter le nombre de psychologues, c'est un problème de morale.

aziz En ligne 2009-04-08

La maladie mentale est le parent pauvre de la Santé.On en parle juste en cas de malheur. Autrefois, les centres hospitaliers étaient la seule source d' aide professionnelle pour les personnes atteintes de maladie mentale. On les enfermait dans les centres psychiatriques et famille et société avaient la paix. Or on sait qu'en enfermant durant de longues années ces hommes et femmes, ces derniers perdaient leurs habilités , leur sociabilité et leur qualité de vie se detérioriait En plus, bon nombre de ces personnes notamment les plus atteintes, les plus agressives en raison de lueu psychose et du manque de medications appropriées , subissaient des traitements inhumains dont le personnel medical n'était pas étranger. Le respect de la dignité humaine, les droits de la personne malade sont devenues des principes et des préoccupations du Maroc du Roi Mohamed VI.

aaliyah En ligne 2009-04-21

Je suis en train de rédiger un rapport sur le Maroc et ce passage m'a beaucoup aidé à comprendre les maladies mentales qu'il y a au Maroc. Nous avons de la chance en Amérique, nous pouvons plus facilement trouver de l'aide que dans les pays comme le Maroc. Nous les Américains devrions être plus reconnaissants pour ce qui nous est offert. Comme je l'ai dis, les gens qui ont suffisamment de quoi déjeuner et qui ont un repas décent toutefois peuvent se souvenir de ça un moment et quand on leur demande ce qu'ils ont eu pour le déjeuner, ils ne s'en souviennent même pas!! J'espère que cela vous apprendra que quand les choses sont difficiles, elles peuvent même être pires et que nous avons le meilleur du mauvais =)

hakim ait dahhou En ligne 2009-05-06

Avant de traiter de ce sujet important, nous ne devons pas oublier la pénurie des matériels efficaces et l'ignorance du ministère de la Santé. Tous ces facteurs contribuent à augmenter le nombre de cas désespérés surtout dans les familles pauvres parce que nous pouvons voir que le traitement exige une analyse longue et de la patience. Pour résumer, le gouvernement devrait changer sa politique envers ce problème compliqué et créer de nouveaux hôpitaux plus sophistiqués et des médecins qui soient bien qualifiés afin de contrôler la maladie et de la réduire à un nombre qui soit inférieur.

عمر رياض En ligne 2009-06-25

La paix et la miséricorde de Dieu soient sur vous. J'ai une formation spéciale dans la lutte contre la toxicomanie en Egypte, dans le centre Al Houri. J'aimerais transférer cette expérience au Maroc en créant un centre de traitement contre les toxicomanies, aux niveaux sanitaire, psychologique et social.

Nous nous réjouissons de vos commentaires sur les articles publiés par Magharebia.

Nous espérons que vous utiliserez ce forum pour discuter avec d'autres lecteurs du Maghreb. Pour conserver tout leur intérêt à ces discussions, nous vous demandons de respecter les règles précisées dans la politique relative aux commentaires. L'envoi de vos commentaires implique le respect de ces règles. Bien que Magharebia.com encourage la discussion sur tous les sujets, y compris des sujets sensibles, les commentaires publiés ne reflètent que les seules opinions de leurs auteurs. Les idées, vues et opinions exprimées dans ces commentaires ne reflètent pas nécessairement la position de Magharebia.com. Ce forum est géré par un modérateur. Les commentaires a caractère injurieux, offensifs, ou contenant des propos diffamatoires ne sont pas publiés.

Politique des commentaires de Magharebia

Nom
Email (optionnel)
Commentaire

1800 de caractères restants (1800 max)

turing test
Saisissez les chiffres
.
Zawaya
Les indices de développement humain (IDH) sont-ils utiles aux gouvernements dans le cadre de la lutte contre les problèmes sociaux?

Couverture spéciale

Tunisian Presidential Elections 2009

Ramadan au Maghreb

Baccalauréat 2009

À l'honneur

L'instabilité en Somalie inquiète ses voisins du Maghreb

2009-11-05

Alors que les groupes radicaux en Somalie gagnent en importance, le Maghreb s'interroge sur la manière d'empêcher les jeunes d'embrasser des idéologies extrémistes.
Continuer...
.

Sondage

Qui est selon vous responsable du déclin du football marocain ?






Voir résultats

Articles

Loading