Les internats publics aident les jeunes Marocaines à poursuivre leur scolarisation

2009-03-20

Un nouveau programme d'internat au Maroc vise à réduire le taux d'abandon scolaire chez les jeunes filles.

Texte et photos par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 20/03/09

Le programme Dar Taliba donne aux jeunes Marocaines les outils nécessaires pour se faire une place dans la société.

Les filles habitant dans les villes marocaines ont cinq fois plus de chances de rester scolarisées que leurs homologues des régions rurales. Le taux national de fréquentation se situe aux alentours de 60 pour cent, mais il n'est que de 16,5 pour cent chez les filles des régions les plus reculées. La distance entre le domicile et l'école étant la principale raison de cette grande disparité, un programme d'internat novateur permettra peut-être de scolariser ces jeunes filles au-delà des six années d'enseignement primaire, ont récemment expliqué les concepteurs de ce programme lors d'un forum organisé à Rabat.

Le programme Dar Taliba de Qualité (d'internats pour les filles) s'affirme comme étant un excellent modèle de partenariat entre le secteur public et les associations caritatives. L'idée est de fournir un logement, un soutien éducatif et un programme d'enrichissement psychologique spécialement conçu pour les jeunes filles des régions éloignées, afin qu'elles puissent poursuivre leurs études au-delà du primaire.

En 2005, l'Entraide Nationale, la Fédération Nationale des Associations de Bienfaisance (FNAB) et le projet ALEF de l'Agence américaine pour le développement international (USAID) ont créé ces internats pour permettre aux filles des régions les plus reculées du royaume de réussir dans le système scolaire.

Cette initiative "permet aux femmes et aux jeunes filles, notamment issues des zones rurales, de sortir du cycle de la marginalisation et de l'illétrisme", a expliqué Mohamed Belmahi, le secrétaire général de la FNAB, jeudi 26 février lors d'une conférence organisée à Rabat pour présenter l'état d'avancement de ce programme sur les trois dernières années.

Le directeur de l'Entraide Nationale Mohamed Talbi a expliqué que le programme Dar Taliba s'était avéré "un modèle réussi d'encouragement au développement social et personnel des jeunes filles".

De jeunes bénéficiaires de ce programme participaient également à cette conférence et ont présenté plusieurs expériences. Ces jeunes filles, qui n'auraient jamais rêvé pouvoir un jour mener leurs études à leur terme, affichent désormais une ambition sans précédent. Elles ont repris confiance dans leurs capacités propres et rêvent de conquérir le marché du travail dans les années à venir.

L'époque où elles ne voyaient leur avenir qu'en termes de mariage est bien révolue.

Sara, une jeune adolescente de 15 ans, reconnaît volontiers que sans Dar Taliba, elle aurait dû quitter l'école il y a longtemps. Même chose pour Khadija, qui, grâce à l'aide apportée par Dar Taliba, a pu pousser son éducation et s'assurer ainsi de meilleures chances de succès.

Amina, 14 ans, s'exprime désormais avec facilité en arabe comme en français. Elle n'hésite pas à parler aux gens, alors qu'il y a encore deux ans, c'était une jeune fille timide qui avait des difficultés à s'exprimer clairement. Pleine d'énergie, elle a raconté à Magharebia que le passé était derrière et qu'elle est aujourd'hui prête à envisager un avenir prometteur.

"J'ai appris à aborder les difficultés et à regarder la vie avec un regard différent. Un être humain n'est rien sans savoir et sans culture. Et j'espère bien réussir", affirme-t-elle, les yeux brillant d'intelligence.

"Mes parents m'aideront, après avoir vu comme j'ai changé, alors qu'au départ, ils avaient pour projet de m'arranger un mariage. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour d'autres filles", ajoute-t-elle.

Les observateurs attribuent le succès du modèle Dar Taliba à plus que le seul aspect géographique et aux professeurs exceptionnels. L'enrichissement socio-psychologique et les activités parascolaires sont également des facteurs importants dans le changement d'attitude de ces jeunes filles, explique Aziza Hmamouchi, la responsable du volet éducation du programme ALEF.

Moins d'un pour cent des élèves de Dar Taliba abandonnent l'école avant d'avoir terminé leurs études.

"Nous avons encouragé les élèves à devenir indépendantes, à s'ouvrir au monde et à développer leurs capacités créatives et analytiques. Leur esprit civique est absolument essentiel au succès de leur intégration économique et sociale", ajoute Mme Hmamouchi.

Les études du gouvernement montrent que ce programme fonctionne parfaitement : le taux d'abandon scolaire dans ces établissements est inférieur à un pour cent. Le taux général de réussite des élèves du programme Dar Taliba a pratiquement doublé, passant de 43 pour cent en 2005-2006 à 84 pour cent en 2007-2008.

"Ces chiffres n'ont rien à voir avec la chance", affirme le directeur de l'Entraide Nationale, Mohamed Talbi. "Ils s'expliquent par une approche participative impliquant tous les acteurs de ces structures."

Le chargé d’affaires intérimaire de l'ambassade des Etats-Unis au Maroc, Robert Jackson, considère lui aussi cette expérience comme très positive. "Ce modèle vient en soutien des programmes et projets lancés par le Maroc dans le cadre de ses efforts visant à lutter contre l'abandon scolaire et à améliorer la qualité de l'enseignement", explique-t-il.

Ces internats sont importants parce qu'ils permettent aux filles d'être motivées pour devenir des "chefs de classe", ajoute Joshua Muskin, le directeur du projet ALEF. Pour lui, ce sont les efforts des éducateurs qui distinguent les centres Dar Taliba des autres institutions.

Le projet pilote ALEF avait été lancé en 2005-2006 avec seulement 90 jeunes filles réparties dans quatre internats : à Tighassaline (dans la province de Khénifra), Beni-Tajjit (dans la province de Figuig), Beni-Battaou (dans la province de Khouribga) et Tinjdad (dans la province d'Errachidia). Il fut ensuite étendu en 2006-2007 à dix Dar Talibas de l'Entraide Nationale, portant le nombre de bénéficiaire à 1 090 pensionnaires. En 2007-2008, 16 000 jeunes filles en ont bénéficié, dans un total de 212 centres de la sécurité sociale.

Le directeur du projet ALEF Joshua Muskin explique que ce programme stimule la confiance des filles, et en fait des "chefs de classe".

Lorsque fut lancée l'initiative Dar Taliba, il ne fut toutefois pas facile de convaincre les parents d'envoyer leurs filles ailleurs pour poursuivre leurs études. Les statistiques reflètent en effet un problème persistant : dans les zones rurales, les parents envisagent rarement de permettre à leurs filles de continuer leurs études au delà de l'école primaire.

Les éducateurs durent déployer des efforts immenses pour faire naître ce projet. Mais au bout de trois ans, ces internats ont acquis une excellente réputation au sein de la population.

Désormais, encourager la scolarisation des filles, en particulier dans les zones rurales, est devenu une priorité pour le ministère de l'Education Nationale.

Encouragée par ces résultats très positifs et l'expérience de la collaboration avec l'USAID, l'Entraide Nationale envisage d'étendre ce programme dans l'ensemble de ses 774 établissements de sécurité sociale dans tout le pays, en commençant en 2009 par la région de Souss-Massa-Drâa.

"Nos internes commencent maintenant à penser à l'avenir et à se fixer des objectifs", a expliqué Meriam Begari, une enseignante, à Magharebia. "Certaines souhaitent poursuivre leurs études aussi loin que possible, d'autres veulent apprendre un métier, en particulier dans l'artisanat ou le tourisme."

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comments

Acharif moulay abdellah bouskraoui En ligne 2009-03-23

L'etat sous legide de SM Mohammed 6 fait tout pour aider et venir au secours des familles qui manque de moyans ou qui habite loin des écoles pour que leurs filles et garçons continue les études dans de bons conditions et avec dignité.

خليل وصفي الحاج درويش En ligne 2009-03-24

Que la paix soit avec vous. Cette expérience est unique et pionnière dans notre pays frère, le Maroc. Si elle s'avère efficace, elle devrait être étendue à d'autres pays arabes qui ont des conditions d'éducation similaires. Que Dieu donne une longue vie à Sidi Mohamed VI. Nous souhaitons la prospérité à notre pays frère, le Maroc. Que Dieu vous accorde le succès. Amman, Jordanie.

BM En ligne 2009-03-24

ARTICLE INTERESSANT..DOMMAGE QU'IL SOIT ACCOMPAGNE DE PHOTOS DE JEUNES FILLES VOILEES...SE QUI DIMINUE BEAUCOUP DE SA CREDIBILITE... ET COMME PAR HASARD..CHAQUE FOIS QU'IL Y A UN REPORTAGE SUR LES JEUNES FILLES AU MAROC..A LA TELEVISION PAR EXEMPLE...ON ACCORDE LA PRIORITE AUX FILLES VOILEES...CE QUI RISQUE D'ENCOURAGER LES AUTRES GAMINES A PORTER ELLES AUSSI LE VOILE POUR SE FAIRE PHOTOGRAPHIER...ET QUI DONNE UNE IMAGE TRES RETROGRADE DE LA FEMME MAROCAINE...ET DE L'ISLAM AU MAROC.. DEPUIS QUAND L'ISLAM A T IL DEMANDE D'ASSERVIR LES FEMMES ET D'EN FAIRE DES ETRES INFERIEURS ??? DES OBJETS SEXUELS A LMA DISPOSITION DE L'HOMME ?? UN CRITERE DU SOUS DEVELOPPEMENT ?? TOUT RAMENER AU SEXE...LES OBSCURANTISTES OBSEDES SEXUELS ONT ENCORE DE BONS JOURS DEVANT EUX...MALHEUREUSEMENT.. PAUVRE ISLAM..!!!PAUVRE MAROC..

Pamela En ligne 2009-03-29

Une idée terrible, terrible ! Les structures d'internat et les orphelinats à travers tout le monde développé sont presque toujours sous la norme (ou le deviennent) en l'absence d'un contrôle correct et de régulations. Les enfants souffrent beaucoup de négligence et d'abus, et ils ont rarement l'opportunité d'exprimer leurs points de vue et de se plaindre. Dans certaines parties du monde, les enfants passent presque toute leur enfance entière dans ce genre d'endroits. Mettre les gamins essentiellement dans des institutions, afin de les aider à accéder à l'éducation, est à leurs frais, aux frais des familles et des communautés. Il y a d'autres moyens d'amener l'éducation à ces jeunes nécessiteux.

Joshua En ligne 2009-04-02

En tant que personne impliquée dans ce projet, je suis très content et fier que Magharebia ait publié cet article. En ce qui concerne le commentaire sur le "voile", je voudrais tout d'abord attirer l'attention de BM sur le fait que seulement une des sept filles qui apparaissent entièrement porte le voile. Je respecte la préoccupation de BM, mais mon dessein, en tant qu'étranger, est de présenter des filles - avec ou sans le voile - qui montrent que la scolarité est importante pour les femmes voilées ou non, et que les deux peuvent être des personnes engagées, des membres productifs dans la société. En ce qui concerne le rejet de Pamela du concept de pension, je suis d'accord que le risque d'une pauvre qualité est fort. Et c'est précisément pourquoi le projet a souligné la question de la qualité ; en gestion, dans le soutien académique et dans le bien-être psychologique. Et c'est pourquoi le gouvernement et la société civile ont embrassé le modèle de "pensionnat de qualité" en vue d'une adoption nationale. Il est certainement préférable d'avoir une option d'éducation appropriée qui permette aux filles (et aux garçons) de rester à la maison. Mais jusqu'à ce que ce soit le cas, nous ne pouvons pas condamner ces filles à l'analphabétisme. Le modèle de pensionnat présenté ici a produit des résultats concrets dont les filles, les familles, les communautés et le système sont très fiers. Ces filles sont maintenant parmi les meilleures élèves de leurs écoles, elles servent de leaders et de modèles pour leurs camarades de classes et les communautés et elles restent à l'école. Le choix, maintenant, c'est la pension pour aller à l'école ou rester chez soi avec un mariage anticipé, en devenant gardienne de chèvres. Jusqu'à ce que ce choix se transforme pour devenir celui entre aller en pension ou aller à l'école en restant chez soi, je pense que nous devons applaudir cet investissement considérable réalisé par le gouvernement ainsi que par les filles, leurs familles et les organisations de la société civile qui s'occupent de ces installations de pension et qui nourrissent ces filles.

karima En ligne 2009-04-03

Je suis d'accord avec Josh, avec tout le respect que je dois à BM et Pamela, le voile n'est pas une inquiétude, c'est un choix libre et un signal sain permettant de voir filles voilées et non voilées dans la même classe. Cela montre aussi que sans égard à ce qu'elles peuvent porter, elles sont intégrées à l'école et n'y sont pas discriminées. En ce qui concerne la pension, j'ai eu la chance d'en voir plusieurs dans différentes régions du Maroc et de parler aux jeunes filles, à leurs professeurs et à leurs parents, et je peux vous le dire, tout le monde est fier des résultats de ces filles. Les dortoirs ont un impact positif sur l'éducation. Dans les zones rurales, seulement 1.7% sur environ 180 filles participant au programme des dortoirs de qualité ont abandonné, comparé à un taux national de 16%. Et 79.6% des filles qui en bénéficient ont passé leurs examens finaux, ce qui fait 30% de plus que la moyenne nationale. L'Entraide Nationale marocaine a pleinement adopté la charte des pensions de qualité, que l'on est en train d 'appliquer à plus de 200 nouveaux dortoirs pour les filles comme pour les garçons. Je me souviens d'une fille de la campagne me disant : “Après avoir terminé l'école primaire, j'avais perdu l'espoir de continuer mes études parce que je devais marcher plus de 10 km aller-retour par jour pour aller à l'école, ma sécurité était en jeu". "Je ne veux pas vivre la même vie que ma mère qui ne peut même pas lire le journal d'électricité. L'éducation a changé ma vie et m'a ouvert de nouveaux horizons. Maintenant je peux mener ma barque vers la réalisation de mes rêves et j'aiderai ma famille, et j'éduquerai ma mère. Pour Votre Information, ces pensions ont sauvé des filles de certaines régions de la prostitution. Les pensions ont fait de parents illétrés les avocats de l'éducation de leurs filles. Dans certains cas les mères des filles ont décidé de s'inscrire elles aussi dans des classes d'alphabétisation. C'est un effort qui mérite d'être applaudi.

Amina En ligne 2009-04-03

Le voile fait partie de l'Islam et l'Islam fait partie du Maroc. Pourquoi est-ce que les filles qui ne portent pas le voile seraient meilleures que celles qui le portent? Cela fait partie de notre identité musulmane/islamique. Si vous attaquez le voile, vous attaquerez la culture marocaine et ce qui est autrement plus important, l'Islam.

شيماء En ligne 2009-06-04

Je voudrais faire mes études dans un internat linguistique.

Turning Winds En ligne 2009-06-10

J'ai lu cet article, je l'ai trouvé très inspiré. Je me suis senti heureux que les filles marocaines soient éduquées, ainsi elles pourront apporter la réussite dans leurs familles. C'est une plus grande chance offerte pour améliorer leur mode de vie familial.

نودة En ligne 2009-06-16

On devrait d'abord leur apprendre les bonnes valeurs avant de leur enseigner les connaissances. Je n'ai jamais vu une marocaine qui soit enseignante ou qui fasse quelque autre emploi. Elles sont toutes dans des maisons de prostitution. Que Dieu les guide.

halima En ligne 2009-06-27

Salut. Je m'appelle halima ;et j'ai ma petite soeur ;elle a 11 ans. elle n'est jamais allée à l'école, elle n'est allée qu'à(Al kutab) elle sait lire et parler l'arabe, alors je voudrais savoir si c'est possible de l'accepter à dar taliba et combien ça coûterait; cordialement . halima

samy lati En ligne 2009-10-21

Salam, c'est une bonne idée d'envoyer nos enfants au Dar Taliba pour qu'ils apprennent des choses et qu'ils s'expriment. Ils auront des expériences variées, et intégrées dans la société. En plus, le Dar Taliba s'intéresse à trouver la solution à apporter à l'abandon scolaire, parce que de nombreux parents en zones rurales y enverront leurs enfants avec confiance. Mais ce que je ne sais pas, ce sont les conséquences de l'abandon scolaire. Merci beaucoup.

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