Le cri de désespoir de la casbah d'Alger

2008-10-03

Souffrant en silence, ce véritable musée en plein air d'Alger attend que les autorités prennent des mesures pour le reconstruire et le protéger.

Par Achira Mammeri pour Magharebia à Alger – 3/10/2008

[Achira Mammeri] Des décennies de négligence ont laissé la casbah d'Alger dans un état de décrépitude. Les efforts du gouvernement ont échoué à plusieurs reprises, mais un nouveau plan pourrait être synonyme de promesses.

La casbah d'Alger : un lieu où les femmes se rassemblaient le soir sur les terrasses pour réciter de la bouqala (poésie populaire) et où les hommes restaient éveillés toute la nuit à jouer aux dominos, où des batailles ont été livrées et gagnées, et où vieilles mosquées et anciens palais rappellent la grandeur historique.

La casbah est un lieu de mémoire de l'histoire de la nation. Ses habitants la décrivent comme le plus bel endroit sur terre, et ses visiteurs l'admettent volontiers. De fait, les Nations Unies l'ont inscrite au patrimoine de l'humanité en 1992.

Mais aujourd'hui, le coeur et l'âme d'Alger doit panser ses plaies et retrouver sa grandeur. La folie humaine a transformé la ville ville en un immense ghetto, ses rues et ses habitants souffrant en silence. Aujourd'hui, du fait des préoccupations sécuritaires et de la détérioration du tissu social, les hommes sont chez eux à 19 heures et les terrasses sont vides.

La casbah "n'est plus ce qu'elle était", explique Aicha, une femme de 60 ans, drapée dans sa hayek traditionnelle.

L'état d'abandon ne se voit pas seulement dans les rues bordées de façades décrépies ; même l'infrastructure physique et sociale de la citadelle tombe en ruines.

"Je ne reconnais plus la casbah", affirme M. Lakhdar, un septuagénaire né dans la casbah et qui y vit depuis près de cinquante ans. "Je suis furieux de voir dans quel état cet endroit se trouve. Il est vraiment dommage que nous n'ayons pas pu préserver ce joyau."

Ces dernières décennies, ce sont les propriétaires locaux, et non le gouvernement, qui ont déterminé l'avenir de la casbah, sans vraiment se soucier de préservation historique ou de développement à long terme.

Du fait du mauvais état de nombre de bâtiments de l'ancienne ville, la casbah est devenue l'une des destinations favorites des jeunes couples cherchant un logement. Les propriétaires ne connaissent souvent pas la valeur historique et culturelle de leurs biens, et les prix sont en conséquence bas : 300 000 DA suffisent à acheter un petit appartement en mauvais état.

"Je n'avais pas les moyens de restaurer mon petit appartement, et je voulais le vendre avant que le bâtiment nous tombe dessus", explique Mohamed, un sexagénaire habitant dans le quartier de Bab El Djedid, en haut de la casbah.

Les nouveaux propriétaires effectuent souvent des travaux de rénovation en fonction de leurs goûts personnels, sans aucune étude officielle du style des bâtiments environnants. Le résultat a été catastrophique. En l'absence de tout contrôle, l'ancienne citadelle a été le théâtre d'actions terroristes et de nouvelles constructions sans aucun goût.

Ces dix dernières années, au milieu des anciennes terrasses et des rues très pentues de la casbah, des propriétaires indifférents ont démoli d'anciens bâtiments et construit des taudis et des villas de style très pompeux. Sur les quelque deux mille bâtiments anciens qui existaient en 1962, expliquent les autorités, il n'en subsiste aujourd'hui qu'à peine huit cents.

[Achira Mammeri] Pour les habitants, l'état de ruine de la casbah est le résultat de la négligence du gouvernement.

L'état d'abandon de cet ancien quartier du patrimoine algérien témoigne, selon les habitants, de la triste négligence des autorités.

L'Etat n'a jamais prévu "un budget suffisant pour préserver ce patrimoine national et mondial", explique Badia Sator, responsable des affaires culturelles de la wilaya d'Alger, ajoutant que "la restauration de la casbah sera coûteuse".

Les initiatives se sont succédées, sans qu'aucune ne donne de résultats tangibles ni ne permette de protéger ce centre historique de sa lente décrépitude. Les premières mesures de réhabilitation datent de 1981, lorsque le gouvernement avait commandité des études pour permettre l'élaboration d'un plan de préservation.

Mais aucun plan n'a jamais vu le jour.

Dix-huit ans plus tard, la mission a été confiée au Centre National d'Etudes et de Recherches Appliquées en Urbanisme (CNERU). Là encore, aucun plan concret n'a abouti.

Mais il se pourrait que les choses changent.

Le 10 septembre de cette année, les représentants de la wilaya d'Alger ont annoncé en grande pompe que le gouvernement avait accepté de débloquer 300 millions de dinars pour préserver le patrimoine culturel de la casbah d'Alger.

Pour Abdelhamid Boudaoud, président du collège national des architectes algériens, ce budget est néanmois insuffisant.

"La restauration de la casbah n'est pas une mince affaire", a-t-il expliqué à Magharebia. "Il ne s'agit pas simplement de réhabiliter des bâtiments anciens. La casbah est un quartier historique. Elle témoigne de notre passé, d'une civilisation à part entière."

Restaurer ce véritable musée en plein air, ajoute-t-il, "est une entreprise énorme, qui exige un savoir et des compétences dont nous ne disposons pas en Algérie".

Néanmoins, un petit effort est certainement mieux que pas d'effort du tout.

Selon le plan annoncé en septembre, la restauration de la casbah se déroulera en trois phases au cours des trois prochaines années.

[Achira Mammeri] La mosquée Kechaoua de la casbah fait déjà l'objet d'une restauration d'urgence, car son minaret est sur le point de s'effondrer.

La première phase, baptisée "travaux d'urgence", vise à réhabiliter quelque 350 maisons en quatre mois.

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"L'Etat sera peut-être obligé de les acheter", expliquent les services culturels de la wilaya d'Alger, "dans la mesure où leurs propriétaires ne s'en sont pas occupés et que certains les ont même loué à des tiers."

"Les travaux seront organisés avec les propriétaires, l'objectif étant qu'ils puissent faire valoir leurs propres idées", ajoutent ces services.

La deuxième phase, actuellement au stade des études, se concentrera sur la restauration plus générale, y compris la rénovation de plusieurs mosquées du vieil Alger et la transformation de plusieurs maisons en bibliothèques. Cette phase a déjà débuté, et la mosquée de Ketchaoua, inscrite au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO et dont le minaret menace de s'effondrer en partie, fait déjà l'objet de réparations urgentes.

La troisième phase de ce plan accordera la priorité à la préservation de l'image de la casbah comme monument historique et archéologique, et à la reprise du tourisme dans l'ancien coeur historique de la capitale.

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Linda Chergui En ligne 2008-10-04

Combien de lieux chargés d'histoire sont livrés à eux-mêmes dans notre pays ? Certainement des centaines voire même des milliers. Leur restauration et leur exploitation à des fins culturelles et touristiques procurerait au pays des millions de dollars et créerait des milliers d'emplois, dont notre jeunesse a désesperément besoin. Mais nos "responsables", qui ont la tête ailleurs, c'est à dire, aux affaires et aux combines mercantiles, ne prennent aucune initiative dans ce domaine et ne laissent pas ceux qui ont de l'imagination mener à bien leurs projets. Pleure O mon pays bien aimé ! Linda Chergui

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