Les filles en quête de mariage et de bonne fortune affluent à Sidi Al Yabouri
2007-01-05
Chaque mercredi, les jeunes femmes affluent à Sidi Al Yabouri, cimetière situé au cœur de la médina de Rabat. Elles espèrent que les rituels auxquels elles se livrent, que les herbes qu'elles y achètent, leur apporteront la baraka.
Texte et photos par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat -- 05/01/07
![]() A chaque coin, des femmes vendent différentes sortes d’herbes et de bougies à l’intérieur du cimetière |
Chaque mercredi, il règne une atmosphère particulière sur la tombe de Sidi Al Yabouri, un marabout (un saint), dans le coeur de la médina de Rabat. Les jeunes femmes s'y retrouvent, espérant conjurer les mauvais sorts. Elles pensent qu’en suivant à la lettre les consignes dictées par les voyants, leurs vœux seront certainement exaucés.
Le sociologue Hamza Kassouf explique qu’à l’instar d’une grande majorité des marocains, ces filles sont convaincues que les marabouts possèdent un pouvoir magique. " De par leur éducation, elles ont besoin de cette croyance. C’est un dernier recours pour ne pas sombrer dans le désespoir. Elles ont épuisé toutes les solutions et veulent croire qu’un sort leur a été jeté", signale-t-il. Il ajoute que malgré leurs convictions, elles savent qu’elles accomplissent " des rituels mal perçus par la société".
La plupart des jeunes femmes cherchent à dissimuler leur visage pour ne pas être reconnues par un voisin ou un proche. " Je ne veux pas que quelqu’un sache que je viens ici pour qu’on ne dise pas que je suis une sorcière ", explique une jeune femme.
La réaction de ces jeunes filles est tout fait normale, nous expliquera le professeur des études islamiques, Mourad Soufiani, puisque ces pratiques sont contraires à la religion. Il ajoute que les marabouts ne sont pas les intercesseurs des hommes auprès de Dieu : " La religion musulmane prône la seule adoration de Dieu…Il faut plutôt s’adresser à Dieu pour exaucer les vœux."
Chose qui ne semble pas déranger ces jeunes filles, elles croient dure comme fer que ce sont ces"saints" qui trouveront remède a leur mal. Elles ne tardent pas à trouver leur chemin. A chaque coin, se trouvent des femmes prêtes à les guider contre quelques dirhams. Selon Kassouf, c'est un métier très ancien.
Zahra vend différentes sortes d’herbes et de bougies à l’intérieur du cimetière. Elle pratique ce métier depuis vingt ans, lorsque son mari est décédé. Elle a choisi un emplacement stratégique qui donne sur un passage des visiteurs et ne cache pas qu’elle a peiné pendant des mois pour avoir cette place. " Il m’a fallu être patiente et forte. J’ai affronté avec un grand courage plusieurs autres femmes pour confirmer ma présence à Sidi Al Yabouri. J’ai résisté car c’est mon unique gagne-pain ", nous confie-t-elle. Elle ne laisse passer aucune occasion pour inviter les passants à acheter sa marchandise.
Fatima fait partie de ces nombreuses filles qui circulent à Sidi Al Yabouri. Elle s’approche de Zahra, et n’arrête pas de se ronger les ongles. Elle achète deux bougies, du henné et quelques herbes, puis presse le pas vers le sanctuaire du marabout. Elle raconte que chaque homme qu’elle rencontre la quitte après à peine quelques semaines. Un voyant lui a conseillé de visiter Sidi Al Yabouri si elle veut se marier dans les plus brefs délais. " J’ai trente-deux ans et pourtant je ne suis pas encore mariée. Le regard des voisins et de mes proches m’assomme. "
Elle se dirige vers un groupe de jeunes filles qui entourent une femme vêtue d’une djellaba verdâtre qui s’appelle Hnia. Elle répète à chaque fille les mêmes paroles "Sidi Al Yabouri est capable de faire beaucoup de choses. Il faut juste croire en ses compétences pour que le visiteur obtienne ce qu’il convoite ". Elle surveille le lieu et indique aux visiteuses les consignes à suivre pour concrétiser leurs vœux. Sucre, pain, dattes sont posés sur les tombes à côté d’elle.
![]() Les jeunes femmes espèrent que ces herbes, à Sidi Yabouri, leur apporteront enfin la bonne fortune. |
Deux adolescentes paraissent émerveillées par cette ambiance. Elles ont dû répéter maintes fois la même formule : "Nous venons nous recueillir auprès de vous, Sidi Al Yabouri, en croyant en votre pouvoir. Veuillez concrétiser notre vœu. Veuillez accepter notre demande. Nous comptons sur vous, ne nous décevez pas."
La visite se termine par une douche avec l’eau qui se trouve à l’intérieur du sanctuaire. Hnia prévient toutes les filles que sans l’eau "bénie" du puits, leurs voeux ne peuvent être exaucé : " C’est un passage obligé. L’eau est tiède en hiver et froide en été grâce à la baraka de Sidi Al Yabouri"
Les visiteuses déposent leurs habits à même le sol. Des sous-vêtements sont éparpillés dans tous les coins autour du sanctuaire. Chaque fille qui se lave laisse un indice témoignant de sa visite pour que le saint concrétise ses souhaits. Elle doit aussi allumer des bougies et tourner autour d’elles plusieurs fois tout en prononçant des formules bien précises dictées par les femmes qui " travaillent " à Sidi Al Yabouri, priant le saint de les aider.
Le rituel doit se terminer par le henné. Libre aux filles de choisir la façon d’orner leurs mains. Une femme professionnelle " nekkacha" est habituée à faire ce travail. Quelques-unes préfèrent plutôt étaler le henné sur un canon. Elles pressent ensuite avec leurs pieds un citron. L’une d’elles se met à l’œuvre avec ardeur. "Je dois croire au pouvoir de Sidi Al Yabouri et appliquer à la lettre les consignes des femmes qui surveillent le lieu".
Sidi El Yabouri se vide à 18 heures. Les femmes qui surveillent le marabout quittent le lieu pour revenir le lendemain matin de bonne heure. Elles ramassent sucre, pain et dattes. Des dizaines de jeunes filles viendront à leur tour solliciter la baraka de Sidi Al yabouri. Hamza kassouf déclare que les rituels n’ont pas changé depuis des dizaines d’années. Au vingt-et-unième siècle, les gens se tournent toujours vers les marabouts. " Les statistiques relatives à ce phénomène n’existent pas, mais les spécialistes savent que les croyances ne peuvent pas changer du jour au lendemain. Il faut un effort de longue haleine basée sur l’éducation pour combattre ce genre de pratiques ancestrales. ".





JojoLaplume En ligne 2007-01-12
Cette pratique est aussi vieille que le monde. Elles ont commencé depuis la fondation du monde et s'est propagée à travers le monde. Ce n'est pas par ce qu'on est musulman qu'on ne peut continuer à pratiquer une culture ancienne qui, dans le temps et l'espace avait de bons résultats. Les bons grigris se trouvent en Haiti, au Senegal, au Benin , au Zair Congo et en Angola.
Ben En ligne 2007-01-13
Qu'est-ce que c'est que le "canon" dont on parle dans cet article? Ne connaissant rien du henne, je ne comprends pas ce terme.
hayo En ligne 2007-01-17
J’adore Magharebia !
belazghari En ligne 2007-01-20
tel sorte est illicite une confiance en elle soit retablit elle prit allah le seul et unique qui soulage les desperes de la vie le reste le tout et que du charlatans et je dis tener bon et prier allah et surtout avoir la patience
abs En ligne 2007-01-22
Ces filles sont mal informées je ne pense pas qu’elles pourront attirer la chance en visitant Sidi El Yaroubi certaines oui, mais la majorité non, le seul moyen d’avoir de la chance c’est de travailler dur et d’avoir un peu de chance pour cela sinon les gens se moqueront d’elles
tagdite En ligne 2007-01-23
je ne peux pas nier qu un moment donner de mon existance je croyais ou plutot j ai cru fort a ce genre de visite et de priere aux marabouts mais enfin le bon dieu a mis sur ma voiex un homme qui ma disuader qu il n ya que dieu et depuis je le remercie et je remercie dieu d avoir echapper a ce genre de coutume si on doit l appeler comme ca dans toute chose ya un concours de circonstance qui fait que et surtout et grand surtout croire a dieu le prier lui personne d autre et continuer a esperer
shukri usa En ligne 2007-01-24
Si ça fonctionne, c’est bien et si ce n’est pas le cas, il faut laisser rêver les gens, les laisser vivre. Plaise à Dieu que les vœux de ces jeunes filles deviennent réalité. J’étais à Rabat il y a 8 mois et si j’avais connu l’existence de ce lieu je m’y serai rendu et aurai tenté d’y trouver une jeune fille bien pour en faire mon épouse.
الغرباوي En ligne 2007-01-25
C’est une forme d’association de pouvoir divin. Ce "leur maître El Yabouri" est incapable de s’aider lui-même. "Il demande nos supplications du vivant parce qu’il est totalement démuni", ses actions sont passées!
Azad En ligne 2007-01-27
C’est agréable de voir de jeunes marocains discuter de leur culture en anglais, même s’ils font des erreurs. Mais je me demande si Sarah peut nous dire pourquoi ces femmes visitent ce Temple le mercredi, et non pas, par exemple, le lundi ou le vendredi.
محمد اوكنا En ligne 2007-01-28
Au nom de Dieu, le Bienveillant, le Miséricordieux. La société est comme une chaîne de fabrication qui est faite de coutumes irrationnelles et de pratiques communes qui ne se déchiffrent pas en un court instant, parce qu’elles ne sont pas produites d’hier. Elles en sont venues à exister après des années et des générations. Mais la pratique de ces articles n’est pas inscrite dans le registre musulman. Franchement, elles sont une forme de transgression de l’autorité de Dieu. Je pense que la principale explication de ces pratiques se trouve dans la faiblesse de la Foi parce que c’est dieu qui offre leur subsistance à Ses serviteurs et qu’Il est détenteur de tous les pouvoirs. Il est assez normal que certaines croyances irrationnelles subsistent dans la société mais il est étrange de s’y raccrocher et d’y croire, car si vous avez foi en ces croyances, on ne peut que faire le constat qu’elles émanent de populations et d’époque aujourd’hui disparues qui étaient en contact avec des étrangers et qui sont passées d’une génération à l’autre. C’est pourquoi l’Islam est venu pour nous guider de l’ombre vers la lumière. L’Homme devrait être heureux, de sa Providence et de sa destinée et placer Dieu au devant de ses actions. D’autre part, d’autres facteurs comme l’éducation ou l‘analphabétisme continuent à encourager le développement de telles pratiques. Si la mère et la famille sont en quête de la bénédiction reçue sur le lieu de pèlerinage et agissent en accord de ce que nous attendons d’elle. La réponse est que son enfant prendra sur lui la coutume que nous voulons déraciner. Nous avons besoin de construire une société équilibrée qui croit en des pensées modernes et qui puissent entrer en compétition avec des nations avancées, non pas en visitant l’autel, mais plutôt les étoiles et les autres planètes de l’espace. Nous devons également concentrer notre esprit sur l’acquisition de la science et de la connaissance que Dieu nous a accordées. L’analphabétisme, ce fléau dangereux détruit notre société et ébranle ses fondations, c’est une des raisons du sous-développement et de l’augmentation des croyances irrationnelles. Je crois qu’un de ces jours, les croyances périmées seront retranchées au fin fond de notre Histoire par tous les progrès que nous aurons réalisés. Mais aujourd’hui, nous sommes encore sous le joug des traditions insensées et du fléau de l’analphabétisme !
زينب En ligne 2007-01-31
Cela ressemble à une vieille habitude dans ce pays même si cela paraît nouveau pour d’autres. Je pense que certains ont une sorte de grâce et je souhaite arriver jusqu’à ce site pour appeler à la paix dans le monde entier et dans mon pays sanglant…Salutations au rédacteur !
brahim En ligne 2007-02-01
j'aime la serieusite etre franche
hind En ligne 2007-02-03
Je ne crois pas en de tels magiciens, et de plus, vous n’êtes même pas autorisés à croire en eux. Vous ne pouvez mettre votre Foi qu’en Dieu et vous ne pouvez que le prier pour qu’Il vous donne quelque chose dont vous avez besoin. De tels saints ne pourront seulement pas vous aider, ce n’est que du délire même si quelquefois, il existe de la chance heureuse.
مروة زغلول منة اللة En ligne 2007-02-07
Pensée irrationnelle et transgression grave des commandements de Dieu. C’est fou ! Dieu seul PEUT tout faire dans ce monde !
said En ligne 2007-02-27
merci pour tout moi j'aime toute les traditions marocaine elles ne font jamais de mal a quelqu'un elles donnenent de l'espoire au contraire bonne chance et grdez nous cotumes a bientot said
tawakol En ligne 2007-03-01
Tout d'abord, Salam, les conditions de vie et le mariage sont entre les mains d'Allah et non dans celles de Sidi Al Yabouri. Cessez d'être ignorantes, filles d'Eve. Allah a interdit toutes les formes d'incroyance, la Foi et la confiance que vous mettez dans Allah sont les meilleurs refuges contre le fantôme du célibat. Que Dieu vous guide sur le bon chemin.
abdelaziz En ligne 2007-03-16
C'est de l'idolâtrie. Le fait de savoir que Maryam Bint'Umran soit un exemple pour les femmes est suffisant pour nous, ainsi que de savoir que le prophète Joseph est aussi un exemple pour les hommes mais ils travaillent à la corruption et sont injustes. Ces gens ne pourraient-ils pas avoir le sens de la foi de telle manière qu'ils puissent vivre avec la bonté de la femme...Que Dieu nous protège du Diable et des actions infernales...La route des femmes est le chemin vers l'enfer, sauvez ceux qui sont justes et croyants. Dieu pardonne tous les péchés, sauve de l'idolâtrie. Ils sont les champions de l'Islam partout, oh Dieu.
manar En ligne 2007-03-18
J'adore le Maroc, ses traditions, son patrimoine, sa nature, tout.
fatima En ligne 2007-12-26
Allah Aide nous ici-bçs et aide ces jeunes filles à cesser cette idolâtrie Allah Sobhanou est Le Détenteur du vrai savoir
hicham En ligne 2008-02-21
nous ne devrions pas blâmer ces filles qui se rassemblent à Al Yabouri ou ailleurs. nous devrions plutôt blâmer les théologiens (3olama) qui ne sont pas là pour expliquer la voie de Dieu au peuple. Malgré tout, cette pratique enrichit notre culture et nous devons l'accepter et la tolérer; au revoir et merci.
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