Les Marocains aiment le confort, le côté pratique et la convivialité du train
2006-12-15
Le train Rabat-Fez emmène ses passagers à travers des paysages à couper le souffle, faits de petits villages et de fermes isolées. Dans les wagons surpeuplés, certains sympathisent avec d'autres en attendant d'arriver à bon port.
Texte et photos par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat --12/15/06
![]() Même avant 7 heures du matin, la gare de Rabat Agdal est noire de monde. |
Il est 6h50 dans la gare de Rabat Agdal. Quelques voyageurs se précipitent vers l’entrée pour ne pas rater le train à destination de Casablanca. D’autres attendent impatiemment. Une grande file d’attente s’est formée devant les guichets; il m’a fallu un bon quart d’heure pour prendre mon billet à destination de Fez.
Il me reste encore dix minutes avant l’arrivée de mon train. Tous les bancs sont occupés. Une quadragénaire me cède la place de son fils, un petit garçon de dix ans, Hatim. Avec un sourire aimable, Faïza, la mère de Hatim, me demande si je vais à Fez.
La voix du haut parleur annonce l’arrivée du train. Hatim et sa maman pressent le pas. Pour entrer dans le wagon, c’est la croix et la bannière. Tous les passagers se hâtent en même temps pour monter, comme s’il s’agissait d’une compétition.
Dans le train, les premiers cinq compartiments sont déjà occupés. Dans le sixième, la maman de Hatim m’a déjà réservé une place. "J’ai l’habitude de prendre le train. Celui à destination de Fez est toujours plein à craquer. C’est pour cette raison que j’essaie d’être parmi les premiers à y monter", dit-elle. Chaque week-end, Faïza se rend à Fez pour y voir sa mère. Depuis pratiquement une année, elle s’est habituée à ce rythme de vie. Le train facilite les choses par le confort qu’il procure.
Hatim s’amuse à passer d’un compartiment à un autre. "Lorsque nous voyageons en autocar, je me sens prisonnier. J’aime bien prendre le train car je me sens libre", affirme-t-il.
En l'entendant, El Haj Ali, un sexagénaire, ne peut s’empêcher de sourire. La conversation entre les passagers se noue facilement. "Heureusement que les trains à grands parcours sont tous disposés en compartiments. Il est très facile de dialoguer avec les autres voyageurs", déclare-t-il.
![]() Les passagers lient connaissance aux arrêts et dans le train. |
Le train marque un bref arrêt dans la gare de Rabat-ville. Quelques passagers sont obligés de rester debout en attendant que des places se libèrent. Ils ne semblent pas gênés. Tandis que quelques-uns discutent, d’autres lisent les journaux.
A travers la vitre, j’aperçois la rive de l’oued Bouregreg en train d’être aménagée pour accueillir le projet du siècle de Rabat. D’ici quelques années, la perspective sera totalement transformée. Cette nature sauvage, qui s’étend sur des kilomètres, cédera la place à un grand complexe touristique. "Le projet de Bouregreg transformera le visage de la capitale", commente Faïza.
Dans la gare de Salé, le train devient de plus en plus encombré. Ceux qui sont à l’intérieur des compartiments se sentent privilégiés. El Haj Ali déclare qu’il est primordial de penser à de nouvelles fréquences pour garantir le confort des passagers. Souriant, le contrôleur lui rappelle que la grille des horaires sur la ligne Casa-Fez a été repensée pour offrir une cadence de circulation d’un départ toutes les deux heures entre 6h et 22h. "La mise en circulation prochaine de nouvelles voitures à deux étages solutionnera le problème de l'encombrement", ajoute-t-il.
Quelques instants plus tard, des cris s’élèvent. Un jeune adolescent qui n’a pas payé son billet refuse de descendre au prochain arrêt. Le contrôleur a beau lui expliquer le règlement, en vain. "Il faut absolument que j’arrive à temps à Sidi Kacem. Mon père m’attend. Je n’ai pas l’argent pour payer le ticket", dit-il, les yeux gonflés de larmes. Une dame met fin à cette situation en offrant au jeune homme le fameux billet.
De retour à mon compartiment, je constate que ma chaise n’est plus vide. "Qui va à la chasse perd sa place", me taquine Faïza.
Dans le couloir, il est difficile de circuler. J’essaie de regarder par la fenêtre. Le paysage est on ne peut plus magnifique. La forêt de Maamora défile sous mes yeux, m’offrant un spectacle splendide. Les arbres sont alignés les uns à côté des autres selon un agencement parfait. Malheureusement, cette belle étendue de chênes située entre Rabat et Kenitra est menacée par les bûcherons clandestins.
Le train s’arrête à Kenitra. On me bouscule de part et d’autre. D'un coup, les couloirs se vident. Je retrouve ma place à côté de Faïza. Hatim est en train de réviser calmement ses leçons. "Il a pris l’habitude de faire ses devoirs en train", me dit Faïza.
![]() L'encombrement des trains et la faible durée des arrêts font que les passagers doivent se battre pour atteindre les portes lorsqu'ils sont arrivés à destination. |
Après cinq minutes, le train redémarre. A 8h55, il arrive à Sidi Kacem. Ceux qui vont à Tanger se précipitent pour descendre et prendre un autre train. D’autres passagers prennent place à mes côtés.
Quelques minutes plus tard, j’ai tout le loisir d’admirer un paysage fait de verdure et de champs qui s’étendent à perte de vue, sous un soleil qui brille de toute sa splendeur. La période du labour a commencé, même si la pluie s'est faite rare. El Haj Ali s'inquiète de la sécheresse qui pourrait menacer le Maroc cette année.
Des bidonvilles et des constructions anarchiques apparaissent de temps en temps. D’ici quelques d’années, ce décor aura changé. Le Maroc ambitionne d’éradiquer totalement l’habitat insalubre d'ici 2008.
Le train arrive à Fez à 10h55, avec un retard de 20 minutes. Tous les passagers se dirigent, cette fois-ci dans un grand calme, vers la sortie. La ville de Fez les accueille à bras ouverts.
Ce reportage est le dernier d'une série de trois sur les voyages en train au Maghreb. Ces deux dernières semaines nous avaient déjà emmenés dans les chemins de fer algériens et nous avaient conduits de Tunis à la frontière algérienne.








laalou En ligne 2007-06-25
super votre article
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