La Tunisie impose des restrictions sanitaires sur les pélerins du hajj

2009-10-08

Evoquant des craintes sanitaires, la Tunisie presse les citoyens de reporter leurs voyages du hajj aux années à venir.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 07/10/09

[Fethi Belaid/AFP/Getty Images] Des examens médicaux sont maintenant exigés auprès des pélerins tunisiens qui voyagent vers l'Arabie Saoudite pour le hajj.

La Tunisie est devenue cette semaine le premier pays à tenter d'endiguer la fièvre H1N1 en restreignant les pèlerinages du hajj.

Des mois après avoir fait allusion au fait qu'une telle mesure pourrait entrer en vigueur, le gouvernement tunisien a interdit aux personnes âgées et infirmes de se rendre en Arabie Saoudite. Abu-Bakr al-Akhzouri, Ministre des Affaires Religieuses, a fait part de la prise de cette décision lors d'une conférence de presse qui s'est tenue mardi 6 octobre.

"La nécessité d'éviter que les dangers de ce virus - dont nous craignons qu'il ne se répande rapidement en raison du temps froid, qui coïncide avec la saison du hajj - exige que nous appelions ceux qui voulaient partir pour le hajj cette année à reporter leur voyage à l'année prochaine", dit un communiqué du Ministère.

La Tunisie a d'ores et déjà suspendu ses voyages de l'umrah à la Mecque, accomplis par environ 30 000 personnes chaque année.

Ces dernières mesures ont été en partie prises pour apaiser les autorités saoudiennes, qui ont cette année opté pour de nouvelles régulations visant à ralentir l'épidémie de grippe porcine. Ainsi, tout pèlerin affichant une température de plus de 38 degrés sera écarté de l'embarquement dans les avions.

Pour ceux qui programment encore de se rendre au hajj, la Tunisie a initié des examens médicaux obligatoires en deux parties. Tout d'abord, tous les candidats au pèlerinage âgé de moins de 12 ans et de plus de 65 ans ont été automatiquement écartés du voyage. C'est le cas également des malades chroniques, conformément aux restrictions appliquées par les saoudiens. Sur les 6 400 candidats restants, seulement 2 761 ont passé la phase des examens médicaux de dépistage. Environ 185 pèlerins potentiels se sont retirés avant de subir cette batterie de tests.

"Je ne crois pas aux excuses que les autorités ont sorties pour nous empêcher de réaliser un devoir dont rêvent tous les musulmans", dit le tunisien Al Taher Al Talmoudi, âgé de 67 ans, avec déception. "Je crois en la destinée, et si ma destinée est de mourir, cela arrivera, même si je reste chez moi".

Thamer Al Andalusi, agent de voyage, s'inquiète de la manière dont cette décision affectera son secteur d'activités. "Nous sommes spécialisés dans les transports des hajjis," dit-il. "Les agents de voyage souffrent encore des résultats négatifs de la décision de la suspension de l'umrah."

Mohammed Al Hadef , journaliste, déclare que les agents de voyage exagèrent. "Le secteur du hajj est supervisé principalement par une agence gouvernementale", dit-il. "Cette situation ne concerne qu'une poignée d'agents de voyage".

Le Ministre Akzhouri déclare que le gouvernement tunisien s'intéresse à offrir un soutien aux agences de voyage, mais n'a pas mentionné d'autres détails.

Les savants islamiques sont divisés sur cette annonce. Sami Brahim, spécialiste des questions islamiques, dit : "En ce qui concerne la Charia, l'Etat n'a pas le droit d'empêcher les gens de faire le voyage du hajj. Je pense toutefois que la décision a été prise après l'audition du conseil des clercs et des savants, qui ont pu évaluer le bénéfice tiré d'une telle décision".

Le Cheikh Youssef Al Qaradaoui est lui en désaccord. Dans un communiqué de presse, le cheikh a déclaré que l'annulation du voyage du hajj en raison de craintes liées au virus H1N1 "n'est pas acceptable au vu de la Charia", ajoutant qu'il n'y avait aucune nécessité de reporter le hajj ou l'umrah. Il a ajouté qu'il suffisait que les hajjis se montrent vigilants, qu'ils restent éloignés des foules et qu'ils portent un masque de protection.

Pour le docteur Kamal Al Drissi, la décision prise par les autorités tunisiennes est la bonne.

"En temps normal, les personnes les plus âgées sont habituellement exposées aux maladies lorsqu'elles accomplissent les rites. Nous ne devons pas oublier que l'accomplissement des rites de l'hajj exigent d'intenses efforts. Je ne pense pas qu'une personne âgée, ou souffrant de diabète ou de maladie du coeur, puisse résister à la grippe si elle s'expose à l'infection", dit-il.

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comments

عبد الرحمان En ligne 2009-10-09

La Tunisie a été la première à adopter cette interdiction. Elle aurait pu trouver une solution. Pourquoi est-ce que la Tunisie est le seul pays à interdire le pélerinage en dépit du fait que les vaccinations aient débuté en octobre. Il était possible que les pèlerins se fassent vacciner. Il y a d'autres solutions. Certains parmi les plus âgés disent "nous ne craignons pas la mort, nous la souhaitons même alors que nous pratiquons les rites du pèlerinage." Et pour ceux qui s'y rendront, le contrôle sera serré dans les aéroports. Alors est-ce qu'on interdira aussi le tourisme ?

Anonymous En ligne 22 il y a plusieurs jours

La Tunisie comme d'habitude.

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