Au forum de Tunis, les experts mêlent fiqh et science pour déterminer les mois lunaires
2009-06-16
Chaque année, les Musulmans du monde entier se retrouvent plongés dans les questions de détermination du calendrier lunaire. Lors d'un séminaire organisé récemment à Tunis, érudits islamiques et scientifiques ont tenté de trouver un terrain commun
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 16/06/09
![]() [Jamel Arfaoui] L'ingénieur tunisien Mohamed El Awsat Ayari a présenté son invention : un télescope permettant d'observer les croissants de lune, qu'il a baptisé Shahid. |
A l'approche du mois sacré du Ramadan, l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et des spécialistes du fiqh (la jurisprudence islamique) et de l'astronomie tentent une nouvelle fois d'harmoniser les procédures de détermination du calendrier islamique.
L'OCI, en coopération avec l'Académie islamique internationale du Fiqh et le ministère tunisien des Affaires religieuses, a organisé un colloque à Tunis jeudi 11 juin pour se pencher sur la prpcédure de fixation du début et de la fin des mois lunaires. Les participants à cette rencontre ont tenté de mettre au point une méthode unique permettant aux Musulmans du monde entier d'accomplir leurs rites religieux, comme le jeûne et le hadj.
Ce calendrier est l'un des sujets les plus controversés dans le monde musulman, ont expliqué les participants.
"Les Musulmans souhaitent pouvoir célébrer leurs fêtes religieuses au même moment", a expliqué le secrétaire général de l'OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu. "Pour afficher leur unité, renforcer leur esprit de concorde et asseoir leur place dans le concert des nations."
Mais la tâche est ardue, a-t-il ajouté. Ces occasions sont établies selon le calendrier lunaire, et il est très difficile d'en fixer les dates. Certains pays utilisent la méthode visuelle pour fixer le début et la fin d'un mois lunaire, alors que d'autres s'en remettent à la technologie, et que d'autres encore combinent les deux.
"Malheureusement", ajoute M. Ihsanoglu, "la réalité que nous vivons au quotidien est différente, bien que la combinaison des contenus des textes religieux à cet égard et l'unification du calendrier pour ces occasions soit désormais possible par une meilleure connaissance du fiqh et le développement de la science et de la technologie."
Depuis l'aube des temps, ce problème a été un sujet de controverse. Nombreuses ont été les tentatives d'y apporter une solution, mais aucune n'a porté ses fruits.
En 1978, lors d'une conférence organisée à Istanbul, les pays musulmans s'étaient entendus sur un calendrier unifié. Mais certains pays ne l'avaient pas respecté. Si tout le monde avait reconnu que les mois lunaires comprennent 29 ou 30 jours, ils n'étaient pas parvenus à se mettre d'accord sur le début et la fin. Et cela a naturellement entraîné des différences dans les dates auxquelles les Musulmans célèbrent leurs fêtes, comme l'aïd el-Fitr et l'aïd el-Adha.
"Cela reste un des grands problèmes pour les Musulmans du Mashreq et du Maghreb", a expliqué le ministre tunisien des Affaires religieuses Aboubaker Akhzouri.
La Tunisie, a-t-il expliqué, a décidé de dépendre à la fois de l'observation visuelle des croissants de lune et des calculs scientifiques, "ce qui garantit le respect des textes religieux d'une part, et la certitude scientifique de l'autre".
Mais les désaccords ne sont pas qu'au niveau officiel. Ils concernent aussi les citoyens ordinaires. Une enquête réalisée en septembre dernier par alarabiya.net a fait apparaître un fossé profond entre les Musulmans concernant la meilleure manière de fixer la date de début du mois sacré du Ramadan. Sur un total de 13 662 personnes interrogées, 36 pour cent ont affirmé que l'observation des croissants de lune était la manière qu'il convenait d'adopter pour déterminer le début du Ramadan. Seuls 20 pour cent avaient affirmé préféré s'en remettre à la science, tandis que pour 6 pour cent, chaque pays devait conserver l'entière liberté de choisir la meilleure méthode de détermination.
Toutefois, 38 pour cent des personnes interrogées reconnaissaient qu'il est possible de combiner la méthode visuelle et les calculs astronomiques pour déterminer la date de début du jeûne.
"Je ne comprends pas comment nous pouvons affirmer que nous formons une seule nation islamique, avec un seul Dieu, un seul Livre, un seul Prophète, une seule qebla et une seule Sharia", affirme Souad Khimila, une femme d'une quarantaine d'années. "Pourquoi alors ces différences dans la détermination du début du jeûne lors du Ramadan et de l'aïd el-Fitr ?"
L'ingénieur tunisien Mohamed El Awsat Ayari, qui travaille à la NASA (National Aeronautics and Space Administration), a souligné la nécessité de concilier fiqh et science.
"La détermination du calendrier musulman est une affaire scientifique qui dépend des observations et de considérations purement techniques", a-t-il expliqué lors de ce colloque.
Il a expliqué avoir inventé un télescope pour aider à unifier l'observation des croissants de lune et à déterminer quand commence le Ramadan. Il l'a baptisé Shahid. "Il constitue une révolution scientifique d'une très grande précision, qui permettra à la nation musulmane de resserrer ses rangs."
Pour sa part, Hamed Sayari affirme être peu optimistes.
"De nombreuses années se sont écoulées, et notre nation n'a pas été à même de prendre une seule mesure sérieuse en faveur de l'unité pour les fêtes et le début du mois du jeûne", a-t-il expliqué. "N'est-il pas temps que nous nous unissions sur l'une des questions les plus simples, l'observation d'un croissant de lune, pour éviter de ternir notre image aux yeux des non-Musulmans ?"
La question devrait être portée devant une commission d'intellectuels, qui détermineront la meilleure solution. "Les décisions de cette commission devront être appliquées dans tous les pays, sans exception", a-t-il conclu.







hassouna/saraha raha En ligne 2009-06-20
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