La Tunisie envisage une aproche moderne à l'enseignement islamique

2009-04-14

L'enseignement religieux cherche une nouvelle voie plus moderne en Tunisie, qui puisse mélanger enseignement traditionnel et technologie et méthodes d'enseignement modernes.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 14/04/09

[Getty Images] Un Tunisien récite des versets du Coran à la mosquée Oqba de Kairouan. L'enseignement religieux en Tunisie est actuellement en pleine mutation.

L'enseignement religieux en Tunisie est actuellement en train de changer. Alors que de plus en plus d'écoles islamiques ouvrent dans le pays, un nombre toujours croissant de familles placent leurs enfants dans ces institutions pour y approfondir leurs connaissances et leurs compétences linguistiques en arabe.

Des spécialistes de l'enseignement religieux du monde arabe et d'Afrique se sont retrouvés récemment à Tunis pour parler des défis de l'enseignement islamique moderne. A la fin de cette rencontre, le 8 avril, les participants ont conclu à la nécessité d'une méthode d'enseignement plus rationnelle, l'amélioration de l'enseignement pour les jeunes et l'enseignement religieux en ligne.

Cette rencontre, organisée à l'initiative du Haut Institut des Règles Religieuses en coopération avec l'Organisation Islamique pour l'Education, la Science et la Culture (ISESCO), a abordé la réalité de l'enseignement religieux dans le monde islamique, les méthodes, la formation des éducateurs, et les programmes actuels.

Dans son propos introductif, Lazhar Bououni, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Technologies, a souligné "la nécessité de développer l'enseignement religieux dans le monde islamique et d'explorer ses horizons en adoptant des méthodologies et des programmes basés sur les adaptations entre originalité et modernité".

Pour ce faire, a-t-il expliqué, les Etats doivent "garantir les moyens nécessaires à ce développement... en donnant aux experts les compétences et les connaissances nécessaires".

Les autorités tunisiennes ont lancé une expérience de modernisation de l'enseignement religieux il y a plus de sept ans, avec quatre ministères travaillant ensemble pour recruter des diplômés des universités spécialisés dans les sciences religieuses.

Cela va à l'encontre des anciennes pratiques où les cheikhs responsables des écoles coraniques nommaient les nouveaux personnels en dépit d'un manque d'efficacité scientifique et pédagogique nécessaire. A cela s'ajoutait le manque de locaux.

Selon des sources du ministère des Affaires religieuses, l'objectif est de "créer une génération consciente des valeurs de la modernisation et de la tolérance, en lui enseignant les arts islamiques et en lui permettant de mémoriser une partie importante du saint Coran et des hadiths, ainsi qu'en développant leurs capacités d'écoute".

Le ministère des Affaires religieuses a également lancé un programme de formation en liaison avec le ministère de l'Emploi, qui prépare une nouvelle génération de formateurs titulaires de licences en sciences islamiques.

Ces formateurs assistent à des cours annuels dispensés par l'Institut Supérieur de la Sharia, où ils suivent des cours de psychologie éducative, de psychologie enfantine et de santé, ainsi que d'autres sujets permettant aux formateurs de mieux comprendre et stimuler le développement des enfants.

Selon le ministère des Affaires religieuses, le nombre d'écoles islamiques a triplé depuis 1987, enregistrant une hausse de 400 pour cent des inscriptions. Aux termes du projet actuel, la Tunisie comptera mille institutions de ce type d'ici la fin de l'année.

Les écoles islamiques en Tunisie réapparaissent également dans les zones très peuplées, où elles avaient été quelque peu délaissées.

Mokhtarben Bechir, directeur d'une école religieuse, a expliqué à Magharebia que le nombre d'élèves dans son établissement augmentait chaque jour.

"Ils sont d'âges différents", explique-t-il. "Ils souhaitent apprendre le Coran de manière correcte. De plus, certains parents envoient leurs enfants dans les écoles religieuses pour améliorer leurs connaissances de l'arabe."

De nombreuses écoles sont également dirigées par des femmes. Manel, diplômée de l'université de Zeitouna, affirme avoir obtenu de bons résultats, tant financièrement qu'intellectuellement. Refusant d'entrer dans les détails financiers, elle s'est contenté d'expliquer : "Tout marche bien... Je suis totalement satisfaite de ce que je fais, qui me servira tant dans ce monde que dans l'au-delà."

Tahar Rgoubi est favorable à ces changements. "L'époque du professeur qui nous frappait avec sa longue canne est révolue", explique-t-il. "L'enseignement religieux est désormais entré dans l'âge de l'informatique."

Un responsable de l'enseignement émet cependant quelques réserves ; Tawfik Mdini explique que l'Etat doit certes lancer une approche pédagogique moderne à l'enseignement religieux et fournir des emplois aux diplômés en études islamiques. "Mais nous devons être prudents et surveiller en permanence ce qui se passe derrière les murs de ces écoles, pour qu'elles ne soient pas des incubateurs de gens peu tolérants dont nous n'avons absolument pas besoin."

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comments

Mahdi En ligne 2009-04-14

Si les parents Tunisiens payent pour envoyer leurs enfants a ces écoles, alors je n ai aucun probléme avec ce phénoméne. Mais je refuse que l'argent du contribuable aide a financer des écoles religieuses. l'enseigement doit etre laic

Yassine En ligne 2009-04-15

Mr. Mehdi, vous avez oublie que vous vivez dans un etat musulman ou quoi? l'enseignment en Tunisie n'a jamais ete laique. A l'ecole on etudie l'education islamique depuis les annees primaires!

عبدالرحمان الشيباني En ligne 2009-04-15

M. Taoufik El Madini avait raison dans ses réserves. Les expériences de nombreux pays islamiques ont produit des extrémistes dont nous ne voulons pas comme au Pakistan par exemple. Nous voulons une éducation moderniste qui développe nos sociétés pour le meilleur. L'expérience de la Tunisie depuis l'indépendance à cet effet a produit des résultats impressionnants et des résultats directs sur la vie des tunisiens.La problématique aujourd'hui réside peut être dans le développement de la démocratie et dans l'activation des institutions de la société civile afin de pousser les citoyens vers le nationalisme, qu'il a atteint depuis le début du vingtième siècle grâce à ses élites éclairées comme Taher Haddad, Mohamed Ali, Lahbib Bourguiba et de nombreux autres.

هيثم En ligne 2009-04-21

Je joins ma voix à celle de M. Yacine et j'ajoute à ses paroles que l'Islam est une religion de sciences et de progrès pour l'humanité, les séparer est impossible. Merci.

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