Un colloque organisé à Tunis traite de l'extrémisme sur les chaînes satellitaires arabes
2008-09-24
Des journalistes du Maghreb et des spécialistes des médias se sont retrouvés à Tunis pour un colloque consacré au rôle de la télévision dans la propagation de l'extrémisme religieux. L'une des questions brûlantes a été l'influence de la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 24/09/08
![]() [Jamel Arfaoui] L'ancien correspondant d'Aljazeera Akram Khouzam (au centre) a accusé la chaîne qatarie de propager une culture qui fait l'apologie de l'extrémisme. |
Les participants à un récent séminaire organisé en Tunisie se sont penchés sur ce qu'ils perçoivent comme une montée de la pensée islamiste extrémiste sur les chaînes de télévision arabes. Ce colloque, organisé le 19 septembre à Tunis, était organisé par le Parti Social Libéral.
Mondher Thabet, secrétaire général du Parti Social Libéral, a déclaré que la scène politique tunisienne affichait une tendance au conservatisme. "Mais d'autres groupes épousent des idéologies fascistes qui rejettent même la seule présence d'un parti libéral qui exprime librement ses aspirations et ses idées", a-t-il indiqué.
Le politologue Borhane Besais a animé les débats de ce colloque aux côtés du spécialiste des médias et ancien correspondant d'Aljazeera Akram Khouzam.
Les médias dans le monde arabe, a commenté M. Besais, "souffrent de la domination du fondamentalisme du fait de la stagnation qui frappe la région, qui a besoin de médias libres, sans restrictions."
"Nous ne pouvons ignorer l'influence actuelle d'Aljazeera", a-t-il souligné, "qu'elle soit positive ou négative sur la vie des médias dans le monde arabe."
Akram Khouzam a accusé la chaîne qatarie de propager une culture qui fait l'apologie de l'extrémisme. Il a également indiqué que la chaîne "avait dévié de l'objectif pour lequel elle avait été créée, qui était de créer un espace d'expression des opinions non officielles dans le monde arabe".
"Son objectif désormais", a-t-il poursuivi, "est de saper la conscience des gens ainsi que leurs capacités de réflexion et d'analyse."
"Comment cette chaîne peut-elle consacrer trois quarts de ses espaces de dialogue aux fondamentalistes et le quart restant seulement à l'autre côté ?", s'est interrogé M. Khouzam.
Ce spécialiste des médias a expliqué qu'il avait quitté Aljazeera lorsqu'il avait eu le sentiment de ne plus y avoir sa place, mais que cela ne l'avait pas empêché de suivre la chaîne, en partie pour s'assurer qu'il avait pris la bonne décision.
Pour M. Khouzam, Aljazeera tire profit d'une attitude radicale et rare dans le monde arabe, qu'il a qualifiée de "mutisme des voix et des lettrés".
"Nous sommes face à une situation unique dans le monde ; chacun est assis devant son poste de télévision en train de regarder Aljazeera et d'attendre la chute de l'impérialisme", a-t-il conclu.
Le taux d'analphabétisme dans le monde arabe progresse régulièrement. Selon le Rapport 2008 sur le Développement Humain du Programme des Nations Unies pour le Développement, près de cent millions d'Arabes ne savent pas lire, contre 70 millions en 2005.
Le journaliste Tarik Khalafaoui a expliqué que la faute n'en tient pas qu'au Qatar. "Le problème n'est pas seulement Aljazeera ; c'est aussi le problème des chaînes locales en Tunisie, qui sont entrées dans le jeu de la religion."
"Aljazeera est en bas de tableau", poursuit-il, "lorsqu'on la compare aux chaînes qui propagent l'illétrisme religieux et nourrissent le sectarisme [en Tunisie], comme Resala, Hidaya ou Iqraa."
Le critique des médias Khemais Khayati explique que ces chaînes religieuses – connues pour diffuser des fatwas très controversées – bénéficient d'une audience énorme dans le pays.
Plusieurs intervenants ont demandé à la chaîne gouvernementale Tunis 7 de jouer son rôle dans la propagation d'une culture de la tolérance et de la modération, et de défendre le programme de modernisation de la Tunisie.
Le journaliste Mokhtar Tlili a demandé pour sa part aux Tunisiens de laisser Aljazeera hors de la discussion, car la chaîne traite de sujets qui ne concernent pas les habitants du Maghreb. "Qu'avons-nous à voir avec les affaires du Golfe et du Moyen-Orient ?", a-t-il demandé.
M. Tlili s'est opposé à l'utilisation du terme "islamiste" pour décrire les extrémistes, affirmant qu'il envoie un message dénaturé à des téléspectateurs mal informés.
"Nous devons appeler un chat un chat ; nous devons appeler les extrémistes musulmans des 'fascistes', parce que c'est ce qu'ils sont", a-t-il déclaré. "Ils pensent comme eux... et affirment qu'eux seuls détiennent la vérité, que personne d'autre ne saurait remettre en question." Il a appelé les journalistes à ne pas céder au "fascisme déguisé sous la couverture de la religion".




bilel En ligne 2008-09-24
@ "Qu'avons-nous à voir avec les affaires du Golfe et du Moyen-Orient ?" sont ils pas des arabes ???? comment parler des arabes et dire que les affaires et les problemes du proche-orient ne sont pas les notre comme maghrebin !??? c'est du n'importe quoi ! pour les chaines comme aljazeera sont venus combler le vide et la banalisation des chaines locales et gouvernementaux !
Rémy En ligne 2008-09-27
Certes la chaîne Qatari " Aljazeera " a perdu de son influence en déviant surtout des principes pour lesquels elle a été lancée. Mais elle reste la chaîne la plus regardée parmi les autres chaînes d'information arabes totalement acquises aux gouvernements. Voilà la faute des autres chaînes de télévisions. Nous ne sommes plus au 20éme siècle. Régler ses comptes avec elle, contredit l'objectif du colloque. Nous savons tous la puissance des Usa à influer sur le politique arabe. "Plutôt que de la bombarder essayons de la miner à travers des opposants" La meilleure réponse est la création d'une autre chaîne de télévision capable de faire basculer le public de la chaîne incriminée, en plus des autres étatiques, plutôt que de produire du vent. Les téléspectateurs arabes ne sont plus naïfs ou dupes à ce point depuis l'avènement de la parabole et du "réseau araignée". C’est de la perte d’argent et du temps si réellement l’objectif du colloque est l’intérêt des médias arabes dans le monde médiatique. Je vous propose la création d’une sorte de Canal + arabe avec des programmes continuels de guignols ou tous les leaders arabes y seront représentés avec leurs bévues, comme c'est le cas dans les pays libres, animées par un journaliste sous un accoutrement banal. Dans ces conditions par exemple,la chaîne Qatari « Aljazeera » sera condamnée à mort.Sinon vous perdez votre temps. Bon courage quand même...
zohair En ligne 2008-10-09
Le pire que j'ai lu dans les commentaires, c'est la déclaration faite par le journaliste Mokhtar Tlili, qui a appelé les Tunisiens à garder Aljazeera à l'écart du débat, car elle traite des problèmes n'ayant pas d'intérêt pour les habitants du Maghreb. Il a expliqué : "Qu'avons-nous à faire avec les problèmes du Golfe et du Moyen-Orient ?" Alors, où nous situons-nous par rapport aux problèmes qui touchent les Musulmans ? Ne sommes-nous pas une seule nation ? Ne devrions-nous pas souffrir comme un seul corps et exprimer ensemble notre joie ? En ce qui concerne la déclaration d'Aljazeera et sa partialité envers l'autre partie (islamistes), c'est un vieil argument. Aljazeera a du succès tandis que Tunisia 7 n'est pas regardée, même par les Tunisiens eux-mêmes. En ce qui concerne la chaîne religieuse dont on dit qu'elle transmet des fatwas étranges, que veulent-ils donc ? Veulent-ils des fatwas émises par Bourguiba ?
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