Les Tunisiens inquiets de la baisse de leur pouvoir d'achat

2008-08-21

Alors que les familles tunisiennes se préparent pour les dépenses alimentaires du Ramadan et pour la rentrée scolaire et son cortège de fournitures, les gens se tournent vers des prêts à la consommation et des prêts bancaires pour joindre les deux bouts.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 21/08/08

[Getty Images] A l'approche du Ramadan et de la rentrée scolaire, les Tunisiens s'inquiètent pour leur pouvoir d'achat. La production céréalière a été médiocre cette année et les prix des produits alimentaires sont orientés à la hausse.

Avec l'arrivée prochaine du Ramadan et de la rentrée scolaire, les familles tunisiennes sont plus préoccupées que jamais par leur pouvoir d'achat. Les salaires stagnent dans le public et le privé, et les négociations collectives sur les augmentations de salaires sont à l'arrêt ; les prix, eux, continuent de monter

Malgré une récolte céréalière supérieure à la moyenne l'an dernier, les perspectives pour cette année reflèteront vraisemblablement les mauvaises conditions météo et la faiblesse des investissements dans le secteur agricole, a fait savoir le président de la Fédération Nationale des Terres Arables, Hatem Hamzaoui. En conséquence, la Tunisie se voit contrainte d'importer pas moins de 600 000 tonnes de blé tendre pour subvenir aux besoins d'une population de dix millions d'âmes.

Le gouvernement a augmenté quatre fois les prix des carburants cette année, rendant les importations de céréales encore plus chères. Les pains pèsent désormais moins lourd, et le prix de nombreux produits alimentaires reste orienté à la hausse.

"La réalité est que nous ne pouvons plus supporter le coût quotidien de la vie, comme le prix des aliments", explique Moncef, 40 ans. "Bien que la Tunisie soit un Etat côtier, le poisson est devenu un luxe que seuls les riches peuvent se permettre."

Pour tenter de soulager les craintes de la population, le Premier Ministre Mohamad Ghannouchi avait convoqué les syndicats en juin, y compris l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) et la Fédération des Employeurs, pour discuter de l'impact de cette inflation des prix. Les autorités tunisiennes avaient décidé que l'une des réponses adéquates seraient de lancer la saison annuelle des soldes plus tôt qu'à l'accoutumée – début août, au lieu de mi-août.

"Les soldes devraient soulager la charge sur les familles", explique Sofiene Rejeb, un journaliste qui couvre habituellement la saison des soldes. Il estime que les soldes d'été devraient connaître une très forte affluence, "en particulier dans la mesure où elles coïncident avec le mois du Ramadan et de l'Aïd, les deux moments de l'année durant lesquels sont en général enregistrées une très forte consommation et des dépenses importantes de la part des Tunisiens".

"Ajoutez à cela la rentrée scolaire", explique-t-il. "Les soldes sont devenues un moment très important dans la vie et les habitudes des consommateurs tunisiens."

Mme Alya, mère de trois enfants, a toutefois expliqué à Magharebia qu'elle comptait éviter la tentation des soldes. A l'approche du Ramadan, et alors que ses enfants vont faire leur rentrée scolaire, elle se dit totalement dépassée et très perplexe.

"Je ne crois pas que le salaire de mon mari et le mien suffiront à toutes ces dépenses. Nous n'avons pas d'autre solution que de demander un prêt à la banque."

Selon les statistiques les plus récentes publiées par l'Institut National de la Statistique, le montant des prêts consentis par les banques commerciales en Tunisie a pratiquement doublé en quatre ans, passant de 3,1 milliards de dinars en 2003 à 6 milliards en 2007. En 2007, explique cet institut, plus de 18 pour cent des salariés ont déposé une demande de prêt.

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Le 12 juillet, le quotidien de l'UGTT al-Sha'b a publié un article de Georges Adda, spécialiste des questions de développement social, demandant aux employeurs et aux salariés de négocier des augmentations de salaires, un accroissement de la production intérieure et une réduction du chômage pour développer l'économie du pays.

"A l'avenir, toute la nation pourra profiter des fruits du développement, qui devront être répartis équitablement. Les pauvres ne devront pas s'appauvrir ni les riches devenir plus riches encore. C'est une affaire de volonté politique", écrit Adda.

Tout en faisant ses courses dans un centre commercial de la banlieue de Tunis, Mokhtar Ben Brahim, un habitant local, explique à Magharebia que l'avidité des citoyens et leur incapacité à planifier le budget familial auront pour résultat l'endettement de nombreux Tunisiens.

"Je connais de nombreuses personnes qui achètent des choses dont elles n'ont pas besoin dans leur vie de tous les jours et qui s'en tirent en souscrivant des prêts bancaires", explique-t-il. "Nous sommes devenus des consommateurs acharnés."

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