L'opinion publique tunisienne divisée après le coup d'Etat en Mauritanie
2008-08-11
La récente prise de pouvoir par les militaires en Mauritanie a soulevé des questions quant à la transition démocratique en Tunisie.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 11/08/08
![]() [Getty Images] L'opinion publique tunisienne est divisée sur le coup d'Etat mené par le général Mohamed Ould Abdel Aziz en Mauritanie. |
L'opinion publique tunisienne est divisée après le coup d'Etat en Mauritanie la semaine dernière. Alors que certains condamnent la prise de pouvoir par les militaires, la qualifiant de violation du processus constitutionnel, d'autres affirment que les institutions démocratiques du pays étaient trop fragiles pour gérer les désaccords sur la politique et les mesures prises par le Président déchu, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi.
Moncef Marzouki, figure de l'opposition tunisienne, s'est exprimé sur ce coup d'Etat, appelant à "la restauration de la légitimité de l'Etat et au retour à la tête de l'Etat d'un Président qui avait été élu par le peuple".
"[Le] peuple qui a élu le Président est seul qualifié pour juger le candidat choisi lors des élections, il peut renvoyer qui il veut et renouveler son soutien à qui il le souhaite", a déclaré M. Marzouki à Tunis News, jeudi 7 août.
En sa qualité de membre d'une commission chargée par le Comité Arabe des Droits de l'Homme de surveiller les élections de l'an dernier en Mauritanie, M. Marzouki avait été étonné par le processus électoral démocratique dans le pays.
"Je ne vous cacherai pas, mes chers frères, que nous, en tant que Tunisiens [observant les élections à Nouakchott], nous sentions un peu jaloux, alors que nous arpentions le centre d'une capitale où l'on pouvait sentir un air de liberté à chaque coin de rue… Ce qui nous avait le plus étonné, c'était l'excellente organisation de ces élections. Nous ne parvenions pas à en croire nos yeux", déclarait M. Marzouki.
A son arrivée au pouvoir, le Président Abdellahi a toutefois dû faire face à l'opposition et a été accusé de tenter de protéger son épouse contre des accusations de corruption.
Samir ben Othmane, fonctionnaire au sein du gouvernement tunisien, a déclaré à Magharebia qu'il était partisan du renvoi de M. Abdellahi, parce que "il avait autorisé sa femme à détourner l'argent du peuple mauritanien et fait obstruction à la justice."
Bien qu'il condamne ce coup d'Etat, Zied El Heni, membre de l'Union Nationale des Journalistes Tunisiens, a décrit "l'énormité de l'erreur commise par le Président déchu lorsqu'il a tenté de dissoudre les institutions constitutionnelles de l'Etat pour prévenir toute responsabilité de son épouse dans des affaires de corruption".
M. El Heni ajoute que le renversement du Président Abdellahi a été "le signe manifeste de la fragilité des institutions démocratiques dans notre région".
"La question que nous posons est la suivante : si la constitution avait comporté des dispositions pour tenir le Président responsable et empêcher toute dérive du pouvoir, la situation aurait-elle évolué de cette manière ?"
"[Ce] qui est regrettable dans cette affaire, c'est le silence des responsables du Maghreb après ce coup d'Etat. Un consensus entre les dirigeants de Tunisie, de Libye, d'Algérie et du Maroc pour condamner ce coup d'Etat et rejeter de traiter ses conséquences aurait donné un signe qu'un nouvel esprit était né dans la région."
Un certain nombre de Tunisiens estiment que les efforts visant à instiler un tel "nouvel esprit" en Mauritanie ont été trop hâtifs.
Le politologue Borhane Besais écrivait jeudi dernier dans le quotidien El Sabah que "la remise du pouvoir par le Président de transition Ould Vall [à la suite de l'élection en mars 2007 d'Abdellahi] a été une grossière erreur qui a supprimé durant la phase de transition une période de temps assez longue qui aurait permis de préparer par étapes les institutions civiles à prendre le pouvoir et aurait mis en place des traditions stables de pluralité de partis".
Mourad Allala, journaliste au quotidien pro-gouvernemental Al-Sahafa, a déclaré à Magharebia : "J'avais espéré que la période de transition serait plus longue..."
"En Occident", ajoute-t-il, "il a fallu des décennies pour mettre en place la démocratie, et ils ont payé le prix fort pour la protéger. Les Mauritaniens auraient donc dû commencer par moderniser la société, instiler les valeurs de citoyenneté et encourager les citoyens à participer à la gestion des affaires de leur pays."




ebatt En ligne 2008-08-12
Je pense qu'il est mieux d'étendre la période de transition afin que les gens s'adaptent aux pratiques démocratiques dans un contexte qui respecterait davantage les valeurs nationales, qui ait plus de maturité, au détriment de la hâte des politiciens. Pour moi, ce qui s'est passé n'est pas un coup d'Etat. C'est presque un piétinement chaotique. Une réponse rapide visant à réformer une situation qui n'était pas bien préparée. Les nations ne mûrissent pas en une seule nuit. Il faut du temps, des efforts et de la souffrance. La politique est l'art du possible. Et le possible est abondant dans un monde gouverné par la mentalité libre bédouine et sarahouie, qui rejette toute domination. Le dialogue est l'arme des politiciens. Mais nous ne sommes pas compétents dans ce domaine. Nos épées devancent nos langues. Que Dieu nous protège.
ولد غيلان En ligne 2008-08-13
La coopération : J'espère que les pays frères du Maroc et de la Mauritanie seront associés par des liens particuliers, étant donné leur situation géographique. La Mauritanie est la pierre d'achoppement du Maroc et vive-versa. Les deux ont tellement besoin l'un de l'autre. Ils sont l'un pour l'autre le seul pont qui relie l'Europe à l'Afrique. Alors la coopération est nécessaire. Elle ne pourra jamais être abandonnée.
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