Le coup d'Etat en Mauritanie donne lieu à des manifestations et à une condamnation à l'étranger
2008-08-08
Le conseil militaire qui s'est emparé du pouvoir en Mauritanie a publié une déclaration un jour après le coup d'Etat, promettant une transition en douceur et le retour à un gouvernement démocratique. L'opinion publique mauritanienne est divisée, et la communauté internationale a condamné ce coup d'Etat.
Mohamed Ould Khayar et Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud à Nouakchott ont contribué à cet article pour Magharebia – 08/08/08
![]() [Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud] Des manifestations de soutien et d'opposition au coup d'Etat ont été organisées dans tout le pays. |
Pour sa première apparition publique depuis le renversement du gouvernement mauritanien, mercredi, la junte militaire au pouvoir a organisé un rassemblement de soutien, jeudi 7 août, dans les jardins du palais présidentiel à Nouakchott.
Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, qui avait organisé ce coup d'Etat après avoir été limogé par le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi, s'est adressé à la foule en tant que président du nouveau "Haut Conseil d'Etat".
"Les forces armées nationales ont apporté la démocratie dans le pays et continueront à la protéger. L'égalité et la justice seront préservées, et des élections transparentes seront organisées dès que possible", a-t-il déclaré.
Ce rassemblement faisait suite à un communiqué lu à la télévision et publié jeudi par l'agence nationale de presse AMI, dans lequel les huit colonels et les trois généraux composant ce conseil ont promis d'organiser des élections libres et transparentes "aussi rapidement que possible" et de "relancer le processus démocratique sur des bases permanentes".
"Nous sommes très heureux de voir l'armée mettre une nouvelle fois un terme à l'impasse politique et à la dégradation économique", a déclaré l'un des partisans de ce coup d'Etat à Magharebia. "L'annonce rapide de la tenue d'élections montre bien que les responsables militaires ne souhaitent pas rester au pouvoir, ce qui est un acte très patriote".
Les anciens députés du parti au pouvoir, qui avaient démissionné deux jours avant le coup d'Etat, ont fait part de leur soutien à cette prise du pouvoir par les militaires. Un communiqué lu mercredi au parlement appelle la population à soutenir les "forces de la réforme", et tient le Président déchu pour responsable de la détérioration de la situation économique et sociale.
Des manifestations de soutien et de rejet de ce coup d'Etat ont été organisées dans tout le pays. Des manifestants portant des banderolles en faveur du Président déchu se sont rendus au parlement, où ils ont été dispersés par des unités de la police mauritanienne, qui a fait usage de gaz lacrimogènes, a fait savoir l'agence de presse de Nouakchott ANI.
Les responsables des partis Adil, Tewassoul, de l'Union des Forces du Progrès et de l'Alliance Progressiste Populaire opposés à ce coup d'Etat se sont rencontrés mercredi soir pour organiser un nouveau mouvement, le "Front National pour la Défense de la Démocratie". Ce groupe envisage d'organiser des sit-ins, des marches de protestation et des conférences de presse, a indiqué l'agence ANI.
Dans un communiqué publié jeudi, le Conseil d'Etat a déclaré qu'une fois l'ordre public et la sécurité restaurés, il assumerait les pouvoirs constitutionnels de chef de l'Etat jusqu'aux élections. Le fonctionnement des institutions nationales et locales, du parlement et de la presse sera respecté et maintenu, affirme ce communiqué.
Ce vendredi, le nouveau conseil de gouvernement a ordonné le transfert du Président, du Premier Ministre, du Ministre de l'Intérieur, du président du Conseil Economique et Social et du président de l'Agence des Rapatriés au palais du congrès, dans l'ouest de la capitale, a indiqué l'agence ANI. Ils étaient jusqu'à présent détenus dans un bâtiment de la Garde Républicaine.
La famille du Président Abdellahi a été autorisée à sortir de chez elle jeudi dans la soirée, a fait savoir l'agence Reuters. Il n'y a eu aucun contact entre les membres de l'ancien gouvernement et leurs familles.
Ce coup d'Etat a été condamné par la communauté internationale. L'Union Africaine, l'Union Européenne et les Etats-Unis ont demandé la libération immédiate du Président emprisonné et des autres responsables.
Dans des communiqués publiés jeudi, le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-moon et le Président français Nicolas Sarkozy ont appelé à la "restauration de l'ordre constitutionnel". A Bruxelles, le porte-parole de la Commission Européenne John Clancy a déclaré que "la situation actuelle est inacceptable", tandis que le Département d'Etat américain a annoncé qu'il suspendait plus de vingt millions de dollars d'aide non humanitaire à la Mauritanie.
La Ligue Arabe et l'Union Africaine ont dépéché des missions à Nouakchott ce vendredi. Les représentants se disaient inquiets de la manière dont les manifestations pacifiques en faveur de l'ancien Président avaient été dissoutes.
De son côté, l'opinion publique mauritanienne reste divisée.
Mohamed Ould Taleb, un employé de banque, s'est dit inquiet de la condamnation par la communauté internationale, qui, pour lui, "met le pays dans un isolement total, surtout que pour les futures élections présidentielles promises par la nouvelle junte au pouvoir, il faut nécessairement l’observation crédible de ces partenaires et leur appui financier pour supporter le coût de l’élection."
Fatimetou Mint Ahmed, une étudiante en droit, voit ce coup d'Etat comme "un acte contre la démocratie et les valeurs de la République quelles que soient par ailleurs les raisons qui ont conduit à le faire. Les militaires auraient pu négocier avec le Président sa démission. Mais l’utilisation de la force est condamnable", a-t-elle déclaré à Magharebia.
Nezha Mint Brahim, une commerçante, se prépare à se passer de la démocratie. "Je ne suis pas instruite car je n’ai pas été à l’école. Cependant, je vais vous donner mon avis. Ecoutez, la démocratie, si c’est la hausse des prix, l’appauvrissement des citoyens, on n’a pas besoin de cela. Ce qu’il nous faut, ce sont des dirigeants qui offrent une vie meilleure aux populations. Qu’ils soient militaires ou démocrates élus, cela n’a aucune importance."
Ahmed Ould Tijani, cadre dans une agence de voyage, fait part de son scepticisme.
"A force de convoquer à chaque fois les citoyens pour des élections pour élire un Président qui sera ensuite renversé, les gens finiront par se lasser et à ne plus croire à la classe politique", explique-t-il.




ولد غيلان En ligne 2008-08-08
Nous espérons que les Etats frères du Maroc et de la Mauritanie auront une relation particulière en raison de leur situation géographique. La Mauritanie est la pierre d'achoppement du Maroc et il en est de même pour la Mauritanie. Les deux pays ont désespérément besoin l'un de l'autre. Ils sont le seul pont assurant la liaison entre l'Afrique et l'Europe, pour chacun d'eux.
Noura En ligne 2008-08-11
Je suis trés content pour ce que passe en mauritanie. L'ex-president n'a fait rien pour les citoyens pauvres, il a encouragé les forces de gabegie et nepotism. Vive les millitaires et merci.
Mohamed EL BAKI En ligne 2008-08-11
Lutte pôur l'indépendance,évolution,évolutions,démocratisation,boulversement,élections...A quand la stabilité politiue? aussi bien Mauritanie que dans bien autres pays...?
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