Une veuve du 11 avril explique comment les terroristes ont brisé sa vie

2008-04-10

Le 11 avril 2007, la jeune mariée Nacira Djemli est devenue veuve lorsque son mari fut tué dans les attentats d'Alger. Quelques jours après, elle a perdu les jumeaux qu'elle attendait. Un an plus tard, elle a parlé à Magharebia de ce qui se produit lorsque les rêves sont anéantis par les terroristes.

Par Achira Mammeri pour Magharebia à Alger – 10/04/08

[Achira Mammeri] La mort du policier Sofiane Djemli lors des attentats terroristes du 11 avril 2007 a anéanti les espoirs et les rêves de sa femme, Nacira. Deux jours après les obsèques de son mari, le choc lui a fait perdre les jumeaux qu'elle portait.

Interrogée sur son nom, la jeune femme hésite. "Mon nom de jeune fille, ou mon nom de femme mariée ?", demande-t-elle. Nous lui laissons le choix. Sans une once d'hésitation, elle donne le nom de mariage qu'elle avait pris à 23 ans. Mais c'est désormais hélas un nom auquel elle s'accroche en vain. Le sort a fait d'elle une très jeune veuve. Sa tragique histoire reflète les souffrances de toute une nation frappée par la barbarie du terrorisme.

Nacira Djemeli a maintenant 25 ans. La vie suivait pour elle un cours heureux, jusqu'à ce mercredi 11 avril 2007, lorsqu'elle perdit son mari, Sofiane Djemli, un policier âgé de 35 ans, dans l'explosion qui avait soufflé les bureaux du Premier Ministre à Alger. Nacira a conservé sa jolie bague de fiancailles ornée d'une pierrre rose à la main gauche. Elle ne peut accepter le fait d'avoir perdu son mari pour toujours : "Je ne retirerai jamais cette bague. Jamais. Sofiane fera toujours partie de moi. Je ne l'oublierai jamais", insiste-t-elle.

Lorsque le couple s'était rencontré il y a sept ans, ils s'étaient engagés à passer leur vie ensemble. Mais ce mariage n'aura duré que 21 courts mois avant que Sofiane ne perde la vie, laissant sa femme souffrir en silence.

Nacira commence à nous parler de cette journée sombre, en veillant à ne laisser couler aucune larme. "Je m'étais levée tôt ce jour-là, comme d'habitude. J'avais pris le petit déjeuner avec mon mari avant qu'il parte au travail."

Puis la tragédie a frappé.

"Deux heures plus tard, un voisin est entré en courant chez moi pour me dire qu'une bombe avait visé les bureaux du Premier Ministre."

Malgré la douleur et la peine, Nacira continue de nous raconter son histoire avec un courage étonnant : "Pendant des heures, nous n'avons eu aucune nouvelle de mon mari. Puis les services de sécurité nous ont dit qu'il était hors de danger."

Mais ils se trompaient.

Ce n'est que plus tard qu'elle apprit ce qui s'était passé. "Mon mari avait eu une blessure mortelle à la nuque, et malheureusement, il n'a pas pu être sauvé", raconte-t-elle.

Gardien de police, Sofiane était en faction ce jour-là. Il ne se sentait pas très bien et aurait pu prendre sa journée, "mais son caractère très fiable et la dévotion qu'il portait à son travail lui faisait ignorer sa conjonctivite", explique Nacira. "J'aurais dû lui dire de rester à la maison. J'aurais dû l'empêcher de partir. Il serait avec moi aujourd'hui. Parfois, j'ai cet étrange sentiment que cela est de ma faute", affirme-t-elle.

"Vous savez, il me disait toujours : 'Nacira, j'aimerais voir à quoi tu ressembleras quand tu auras trente ans.' Je lui disais 'sois patient, tu n'as plus que cinq ans à attendre. Ces années passeront très vite.' Je n'aurais jamais pensé que cela ne serait plus qu'un rêve.'"

"Les terroristes ont détruit ma vie ; ils m'ont volé ma jeunesse et tout ce que j'aimais dans la vie. J'ai passé les jours les plus heureux de ma vie avec mon mari. C'était un homme merveilleux, très gentil. Il n'aurait jamais heurté personne. Qu'est-ce qui a donné à quelqu'un le droit de le tuer ? Qu'est-ce qui leur a donné le droit de l'enlever à tous ceux qui l'aimaient ?"

Ces questions sont restées sans réponse pendant un an. Mais le malheur de Nacira ne s'est pas arrêté là. Quatre jours après la mort de son mari, elle perdait ses jumeaux.

"J'étais enceinte de deux mois", raconte-t-elle. "J'attendais des jumeaux. Mon mari avait été aux anges quand il l'avait appris. Nous avions même choisi les prénoms: Aroua pour la fille et Imad pour le garçon. Mais je les ai perdus deux jours après les obsèques de Sofiane. Ce fut un choc terrible."

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Elle aurait aimé pouvoir en garder au moins un.

Nacira n'arrive pas à pardonner aux terroristes. "Jamais, jamais, jamais", déclare-t-elle. "Je ne pardonnerai jamais le mal qu'ils ont fait. A cause d'eux, toute la joie a disparue de ma vie. Ils ont ruiné ma vie et celles de milliers de familles algériennes."

Cela fait un an. Nacira envisage de passer le 11 avril avec sa famille. Elle ne souhaite pas participer à la cérémonie en souvenir des victimes de ces attentats suicides.

"Je n'en ai pas le courage. Je ne peux pas y retourner, c'est trop dur."

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comments

mohammed laid En ligne 2008-04-11

je suis désolé pour ce qui touche à mes frères de sang.ces Algériens qui meurent à tort et sans raison évidente par des Algériens qui sont induis en erreur et ou bien servant des intérêts occultes.je suis désolé et chagriné pour ces veuves et autres orphelins qui sont victimes d'un régime politique injuste,despote et irresponsable qui a alimenté la fitna et l'injustice entre algériens eux mêmes.l'école ALGÉRIENNE est une institution malade,sinistrée,gérée par des incapables à tous les niveaux(responsables et encadreurs de niveau moyen voire médiocre)c'est à mon avis la source de tous les maux endigués par L'ALGERIE et la majorité du peuple Une école qui forme des délinquants,des médiocres,des illettrés et qui se transforment en terroristes notoires il y a aussi le chômage et le deux poids deux mesures (je fais allusion à l'injustice sociale et la mauvaise gouvernance)c'est deux facteurs pathologiques qui ont à eux seuls conduit l'ALGERIE à endurer ces moments difficiles et pénibles dont nous en souffrons pour longtemps.Je suis un homme qui ne croit pas à la fatalité et je suis pessimiste pour une sortie honorable de cette crise multidimensionnelle que nous éprouvons assez longtemps et encore pour des décennies.

rafik En ligne 2008-04-11

tres emouvant... Que dieu te donne le courage chere soeur

MAB En ligne 2008-04-24

Ne jamais oublier, ne jamais pardonner, ne jamais concilier !! La blessure mais sans haine, la souffrance mais sans perdre la foi, jusqu'à ce que passe la Honte ! Y a-t-il encore une miséricorde qui s'exerce en Algérie sur nos têtes, et apaise nos âmes troublées et changeantes ?

ريمة En ligne 2008-04-24

C'est très triste, en particulier l'histoire de la jeune veuve qui n'a jamais goûté au bonheur ; je lui souhaite d'être patiente.

mo En ligne 2008-05-01

Une histoire tellement triste, tellement touchante que je n'ai pu retenir mes larmes. Que Dieu bénisse cette femme en lui donnant le courage de dépasser cette situation où elle a perdu son mari et ses deux bébés. Je prie pour tous ceux qui ont perdu un être aimé dans cette tragédie et partout dans le monde.

Martin Luther King En ligne 2008-05-03

Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots

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