L'opposition tunisienne conçoit une stratégie pour les prochaines élections

2007-11-06

Un certain nombre de partis d'opposition se sont réunis à Tunis pour discuter des élections présidentielles et législatives de 2009.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 06/11/07

[Getty Images] Les partis d'opposition espèrent s'entendre sur une stratégie permettant de se présenter face au Président Ben Ali lors des prochaines élections

Le mouvement Ettajdid (Renouveau) a organisé le 28 octobre une rencontre au cours de laquelle un certain nombre de partis de gauche, de leaders politiques et d'organisations progressistes ont envisagé la possibilité de constituer un front unifié lors des élections présidentielles et législatives de 2009.

Selon le secrétaire général de Ettajdid, Ahmed Brahim, il s'agit de la première réunion de ce type autorisée par les autorités tunisiennes dans un lieu public. "Cette rencontre est un événement inhabituel pour le mouvement démocratique en Tunisie", a-t-il déclaré. "Nous espérons que cela est un signe que la page des harcèlements et des restrictions est enfin définitivement tournée."

Les milieux politiques tunisiens attendent avec impatience le discours que prononcera le Président Zine El Abidine Ben Ali le 7 novembre, date anniversaire de son accession à la Présidence. De nombreuses personnes espèrent que le Président inaugurera une nouvelle ère dans la vie politique du pays, souvent critiquée pour une stagnation de plusieurs années. Les autorités tunisiennes ont défendu ce blocage en citant les contraintes sécuritaires rendues nécessaires par l'ascension de l'extrémisme islamique au début des années 1990.

M. Brahim a déclaré à Magharebia qu'il espérait que l'opposition démocratique renoncera aux différences qui avaient divisé ses rangs pendant les élections de 2004, remportées par le Président Ben Ali en dépit de la présence de trois autres candidats, dont le professeur d'université et membre de Ettajdid, Mohamed Ali Al-Helwani.

Le Rassemblement Démocratique Constitutionnel au pouvoir, qui contrôle la majorité des sièges au parlement, avait lancé une campagne il y a plusieurs mois pour aider le Président Ben Ali a obtenir un cinquième mandat. Aux termes de la constitution tunisienne, amendée par référendum populaire en 2002, le Président a le droit de renouveler son mandat plus d'une fois tant qu'il n'est pas âgé de plus de 75 ans.

Il existe huit partis d'opposition en Tunisie, et de nombreux autres qui attendent d'être reconnus par le gouvernement, dont le plus ancien est le Parti des Travailleurs, un parti d'obédience communiste. La loi tunisienne limite l'accréditation présidentielle aux partis disposant d'une représentation au parlement.

Samir Taieb, membre de Ettajdid, a déclaré que le Code électoral avait besoin d'une "sérieuse révision", et a demandé que le gouvernement réduise le nombre de bureaux de vote conformément aux normes des Nations-Unies. Il a demandé que ce nombre soit porté à 1 500-2 000 bureaux au lieu des 13 000 existant aujourd'hui, car "les partis de l'opposition ne peuvent surveiller ce qu'il s'y passe le jour des élections."

M. Taieb a également appelé à la création d'une commission neutre indépendante, qui travaillera aux côtés des observateurs internationaux, plutôt que de compter sur la seule surveillance du Ministère de l'Intérieur.

Tarak Chamakh, membre du Parti Socialiste non reconnu, a déclaré que l'opposition démocratique était faible "quelle que soit l'attitude des autorités", et a demandé aux participants à cette rencontre de saisir cette opportunité lors des prochaines élections en prenant des mesures décisives.

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Rachid Khechana, membre du bureau politique du Parti Démocratique Progressiste, a conduit une enquête sur la couverture des dernières élections par les médias. "C'est la chose la plus importante dans le processus démocratique", a-t-il déclaré, ajoutant que les candidats de l'opposition n'obtiennent que trois minutes tous les cinq ans pour faire entendre leur voix, "alors que la campagne du parti au pouvoir est continue durant toute l'année".

La journaliste Noura Boursali en attribue une partie de la responsabilité à l'opposition, qui, dit-elle, "appelle au pluralisme, mais nous n'en voyons aucun signe sur le terrain, en particulier dans ses propres journaux". Lors de cette rencontre, Mme Boursali a remis en cause le sérieux de l'opposition à exiger la rotation du pouvoir, "qui n'est pas pratiquée dans la majorité des partis".

Salah Zghidi, membre fondateur de l'Association pour la Défense de la Laïcité en Tunisie, s'en est pris aux journaux de l'opposition pour ne pas critiquer l'extrémisme religieux véhiculé par ce qu'il décrit comme "le géant des chaînes de la télévision pétrolière qui détruisent le cerveau de nos enfants", en référence aux chaînes satellitaires religieuses financées par l'Arabie Saoudite. M. Zeghidi a souligné la nécessité de lutter contre l'intolérance religieuse et de diffuser la culture de la démocratie chez les gens.

A la fin de ce séminaire, les participants se sont mis d'accord sur la nécessité d'une coopération et d'une coordination entre "les différents courants et mouvements progressistes, afin de parvenir à une formule qui assure la mise en oeuvre des objectifs lors des prochaines élections."

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