Un sort difficile attend les femmes otages d'al-Qaida

2011-12-16

Une récente fatwa lancée par al-Qaida laisse à penser qu'il existerait un objectif bien plus sinistre que le paiement de rançons derrière la hausse du nombre d'enlèvements de femmes occidentales.

Analyse par Raby Ould Idoumou pour Magharebia à Nouakchott – 16/12/11

[AFP/Serge Daniel] Une vidéo diffusée le 12 décembre 2011 montre deux femmes et un homme enlevés en Algérie en octobre et apparemment détenus par un groupe dissident d'al-Qaida au Mali.

[AFP/Serge Daniel] Une vidéo diffusée le 12 décembre 2011 montre deux femmes et un homme enlevés en Algérie en octobre et apparemment détenus par un groupe dissident d'al-Qaida au Mali.

L'augmentation du nombre d'enlèvements de femmes occidentales par al-Qaida au Maghreb islamique soulève des questions sur les buts réels des terroristes.

Un groupe dissident d'al-Qaida a publié, le lundi 12 décembre, une vidéo montrant trois humanitaires européens travaillant pour une ONG qui avaient été enlevés en octobre dernier dans le camp de Rabuni, près de Tindouf.

Cette vidéo montre l'Espagnole Ainhoa Fernandez de Rincon et l'Italienne Rossella Urru portant une robe bleue et un foulard jaune, entourées par des hommes armés surveillant les deux femmes et leur collègue masculin.

Le "Jamat Tawhid Wal Jihad Fi Garbi Afriqqiya" (Mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'Ouest) a publié cette vidéo deux jours après avoir revendiqué ces enlèvements à Tindouf.

Les deux femmes apparaissant dans cette nouvelle vidéo publiée cette semaine ne sont pas les premières enlevées par al-Qaida ou par des groupes terroristes affiliés au Maghreb.

En 2008, Andrea Kloiber, une touriste autrichienne âgée de 43 ans, avait été enlevée, en compagnie de son mari, par des terroristes alors qu'ils passaient leurs vacances dans le Sahara tunisien. Ils avaient été relâchés après avoir passé huit mois dans ce qu'ils avaient qualifié de conditions "très dures" dans un camp d'al-Qaida situé dans une région très éloignée du Mali.

En 2009, l'organisation terroriste avait enlevé une Italienne de 39 ans, Philomène Kabore, et son mari dans l'est de la Mauritanie, et les avait remis aux terroristes d'AQMI au Mali, où ils avaient passé quatre mois dans un camp terroriste.

La même année, Alicia Gamez, une humanitaire espagnole, voyageait sur la route reliant Nouadhibou à Nouakchott en Mauritanie lorsque sa caravane était tombée dans une embuscade tendue par des hommes armés. Ses ravisseurs l'avaient détenue pendant trois mois dans le désert malien.

Des questions subsistent sur les motifs réels se dissimulant derrière ces enlèvements de cinq femmes en trois ans.

Il ne s'agit certainement pas d'une pure coïncidence, car de telles opérations supposent une surveillance des victimes. Les terroristes d'al-Qaida choisissent intentionnellement leurs otages féminins.

Et les positions religieuses des radicaux, qui diffèrent totalement de celles exprimées par une culture islamique tolérante, augurent mal du sort des femmes occidentales enlevées par ces groupes terroristes.

[AFP/Aliou Sissoko] La touriste autrichienne Andrea Kloiber, 44 ans, a été libérée au Mali le 29 octobre 2008, neuf mois après que les terroristes d'al-Qaida l'eurent enlevée dans le sud de la Tunisie.

[AFP/Aliou Sissoko] La touriste autrichienne Andrea Kloiber, 44 ans, a été libérée au Mali le 29 octobre 2008, neuf mois après que les terroristes d'al-Qaida l'eurent enlevée dans le sud de la Tunisie.

Une possible explication à l'augmentation du nombre de ces enlèvements de femmes réside peut-être dans les documents salafistes découverts en 2008 après une fusillade meurtrière entre des combattants d'al-Qaida et les forces de sécurité mauritaniennes à Nouakchott. Parmi les documents découverts dans le "refuge" des terroristes se trouvaient des livres tels que "La Mosquée dans les principes du Coran" et des brochures traitant de l'idéologie d'al-Qaida et de la formation aux armes.

Mais ce qui avait le plus retenu l'attention était un ouvrage publié par le service en charge des fatwas de cet émirat saharien. "La Loi des prisonniers" appartenait à Khadim Ould Semane, le leader de "Ansarou Allah" ("Partisans de Dieu"), un groupe affilié à al-Qaida, condamné à mort l'année dernière pour cet affrontement armé à Nouakchott.

Aucun doute ne peut subsister sur le fait qu'al-Qaida vise intentionnellement des femmes : l'organisation dispose d'un manuel sur la question. "La Loi des prisonniers" définit les règles de traitement des femmes occidentales enlevées.

Selon Ettaki Sidi, membre de la police de Nouakchott, cet ouvrage, ainsi que des uniformes militaires et de la police, des munitions, des grenades à main, des pistolets, des Kalashnikovs et des ouvrages religieux saisis, sont conservés à l'école de police.

Ce livre détaille deux manières de traiter les prisonnières occidentales : "le meurtre" et "la rançon".

Tuer une femme est, selon cet ouvrage, acceptable si elle a "participé à la guerre".

Les rançons, l'enlèvement de victimes en vue d'en tirer de l'argent, permet à al-Qaida de financer ses opérations, d'acheter des armes et d'engager des mercenaires au Sahel.

Mais Abdel Abderrahman Tandaghi, un Mauritanien devenu le moufti d'al-Qaida dans la région du Sahara, offre une vision idéologiquement différente de celle de la haute direction d'al-Qaida en Algérie en ce qui concerne le traitement des femmes prisonnières.

Pour tenter de satisfaire ses combattants du désert, Tandaghi semble être arrivé à une nouvelle manière de traiter les prisonnières.

Une nouvelle fatwa lancée par Tandaghi surpasse la politique des dirigeants d'AQMI en Algérie en ce qui concerne l'assassinat ou la demande de rançon pour ces otages.

Il propose en effet un troisième choix : "l'esclavage". Celui qui possède une esclave peut profiter d'elle et en faire sa maîtresse.

[AFP/Lluis Gene] L'humanitaire espagnole Alicia Gamez (au centre) à Barcelone le 10 Mars 2010, quelques heures après avoir été libérée d'une captivité de quatre mois entre les mains d'al-Qaida en Mauritanie.

[AFP/Lluis Gene] L'humanitaire espagnole Alicia Gamez (au centre) à Barcelone le 10 Mars 2010, quelques heures après avoir été libérée d'une captivité de quatre mois entre les mains d'al-Qaida en Mauritanie.

Le chef d'une brigade d'al-Qaida peut tout simplement donner une Européenne à un membre de l'organisation, qui est alors autorisé à avoir des relations sexuelles avec elle, y compris par la force.

Ce livre, dont le but est de guider les brigades au Sahara inspirées par des règles religieuses, fournit une nouvelle interprétation des "droits de l'Homme". Aucun de ces droits n'est accordé aux femmes enlevées de force dans des zones réputées sûres et envoyées dans les camps d'al-Qaida au Sahara.

Haddmin Ould Salek, imam de la mosquée Ibn Abbas dans la capitale mauritanienne et président du Bloc des imams et oulémas pour les droits des femmes et des enfants, qualifie les terroristes de "bandits", parce qu'ils "n'affichent pas la religion islamique, mais un esprit criminel".

Bien que les dirigeants d'al-Qaida affirment que les règles du fiqh régissent les victimes des enlèvements, Ould Salek expose les lacunes résidant dans leur interprétation.

"Premièrement, les Musulmans ne sont pas en guerre avec d'autres. Ensuite, les personnes enlevées par cette soit-disante organisation al-Qaida ne sont pas des prisonniers de guerre, mais des personnes dont la liberté a été attaquée, et qui sont torturées et envoyées dans les camps d'al-Qaida", explique-t-il à Magharebia.

"En réalité, le traitement imposé par al-Qaida aux personnes enlevées n'a aucun lien avec la religion islamique, et n'est rien d'autre que la loi de la jungle ou la loi des bandits", ajoute-t-il.

Même en temps de guerre, poursuit cet imam de Nouakchott, "l'Islam protège le statut des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, et aucun mal ne peut être fait aux sheikhs pacifiques et aux hommes priant dans une église ou un monastère."

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"De plus, en temps de paix et lorsque ces personnes vivent dans un pays musulman en paix et en harmonie, rien ne justifie de s'en prendre à elles", ajoute-t-il.

"Enlever des femmes, les emmener dans les camps de détention au Sahara et marchander leur libération n'est pas autorisé par la loi islamique", indique cet imam à Magharebia.

Dans une région où convergent les cultures africaines et arabes, l'enlèvement de femmes est considéré comme une insulte au tissu social et culturel. Ce type d'activité terroriste a porté un coup sévère à l'idéologie radicale, et l'a soumise à de très sévères critiques.

Mais pour les deux femmes humanitaires qui apparaissent dans la vidéo publiée en début de semaine par le groupe dissident d'al-Qaida, la situation est désespérée. Elles restent entourées de terroristes armés, très loin des lois régissant les droits de l'Homme, les conventions internationales et la compassion religieuse.

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comments

Truth En ligne 2011-12-17

Est-ce que ces imbéciles ne savent pas ce qu'est leur Coran ?- "C'était une pratique et une tradition du Prophète Mohammed de libérer de captivité ces femmes qui auraient pris le risque d'être déshonorées ou humiliées en résultat d'une détention en tant que captives ou esclaves, et ceux qui venaient d'origines respectées connues pour leurs contributions philantropiques envers les masses générales, peu importe si leurs actions charitables avaient profité à des musulmans ou à des non-musulmans". Si Allah est injuste, vengeur, et plein de haine, alors je préfèrerai être un infidèle non-croyant avec de l'amour dans mon coeur, de l'attention dans mon âme, et pas de vie éternelle !!

priffe En ligne 2011-12-18

Vous n'êtes pas parvenu à mentionner le seul kidnapping où une femme seulement a été prise en otage, c'était celui d'une italienne dans le sud de l'Algérie au début de l'année. Autrement, la prise d'otages de femmes n'aurait pas été favorisée, la française Larribe a été libérée parce qu'Abou Zeid a considéré qu'elle était "sans valeur" et a souhaité la libérer sans demander de rançon. Et tous les rapports jusqu'à maintenant disent que les femmes ortages ont été traitées avec respect.

عمر العزيز En ligne 2011-12-18

Al Qaida est une énigme mystifiante.

صابر En ligne 2011-12-20

Des pratiques pré-islamiques, arriéristes et criminelles, qui rabaissent la religion islamique, reflètent l'ignorance e tla prévalence des instincts animaux. Mais est-ce qu'il y a une autre solution que la violence ?

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