Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/reportage/2009/01/02/reportage-01

L'Algérie accélère les efforts de reconstruction après les inondations dans la région de Ghardaïa

02/01/2009

La vie revient lentement à la normale dans le sud de l'Algérie, même si les conséquences émotionnelles et environnementales des inondations meurtrières de septembre ne disparaîtront jamais complètement. Magharebia a accompagné le Président Abdelaziz Bouteflika à Ghardaïa cette semaine pour voir ce qu'ils advient des sinistrés.

Par Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 02/01/09

[Getty Images] Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika salue la foule lors de sa visite du 28 décembre 2008 à Ghardaïa, frappée par les inondations.

Trois mois après les inondations catastrophiques qui avaient frappé la région de Ghardaïa, dans le sud de l'Algérie, entraînant la mort de quarante-trois personnes et détruisant des quartiers entiers, le Président Abdelaziz Bouteflika s'est rendu dimanche 28 décembre dans la vallée du M'zab pour voir comment le gouvernement tenait ses engagements d'aider les survivants de cette catastrophe à revenir à la vie.

Je suis venu "rendre visite à mes frères sinistrés", a déclaré le chef de l'Etat aux habitants.

Dans un geste symbolique, le Président a remis les clés de chalets à une dizaine de victimes qui attendent la construction de logements permanents à Ghardaïa. Ces logements provisoires devraient mettre fin aux souffrances des familles logeant encore dans des centres de transit et sous des tentes.

Six cent quatre-vingt-onze logements permanents sont actuellement en construction, a déclaré le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni, qui faisait le déplacement avec le chef de l'Etat. Deux mille autres devraient être livrés fin 2009 dans les zones déclarées officiellement zones sinistrées de Ghardaïa, Guerarra, Berriane, Daya Bendahoua, Bounoura, El Atef, Zelfana, Metlili et Sebseb.

Au lendemain de cette tragédie, le gouvernement avait alloué une enveloppe de vingt milliards de dinars à l'aide aux victimes des inondations. Cette somme avait ensuite été doublée pour atteindre près de la moitié du budget de la province pour la période 1999-2008.

"Nous avons plus de capacités en chalets que de sinistrés, sans compter les logements sociaux en cours de réalisation", a déclaré M. Zerhouni.

Le Président a également voulu rassurer les familles déplacées par cette catastrophe en réaffirmant l'engagement de l'Etat à les aider.

"Les habitants de la vallée du M'zab n'ont reçu aucune assistance de pays étrangers ou de quelconques organisations", a déclaré M. Bouteflika. "C'est l'Etat qui a assumé l'entière responsabilité pour les habitants de Ghardaïa, et c'est l'Etat qui a géré cette catastrophe."

En posant la première pierre d'un chantier de construction de 1 300 logements sociaux à Wadi Nchou, à une vingtaine de kilomètres du centre de la ville, le Président Bouteflika a insisté sur le fait que tous les futurs projets de construction devront tenir compte des risques d'inondations.

Pour empêcher que ne se reproduise une telle catastrophe, le plan d'urgence 2009 a également prévu d'affecter cinq milliards de dinars à la construction de protections des berges des wadis (vallées) et la démolition ou le déplacement de maisons situées en zone inondable.

[Getty Images] Les habitants de Ghardaïa inspectent les ruines le 3 octobre 2008.

Lorsque les inondations frappèrent le 30 septembre, de nombreuses maisons se trouvaient dans le lit du wadi. L'oasis d'El Ghaba, à Boulila, a connu les pires inondations de son histoire. Dans cette oasis, où les habitations se logent au milieu des palmiers et sur les rives de l’oued, l’eau avait atteint douze mètres de hauteur lors des inondations. Sur place, les traces du drame restent intactes.

"Regardez, on dirait qu’on a été bombardé par une bombe atomique", lance Hadj Said, un rescapé, montrant les maisons frappées par la fureur des eaux.

Moussa, une autre victime, nous montre ce qu'il reste de sa maison et des poteaux qu'il venait juste de repeindre. Sa femme était enceinte lors de ces inondations ; elle accoucha par la suite dans un centre de transit. "Je ne peux même pas récupérer mes objets personnels", se lamente-t-il.

"Il est hors de question que je reconstruise dans cet endroit. Même si on me donnait un milliard, je ne revivrai plus ici", a-t-il déclaré à Magharebia.

Un sentiment que ne partagent pas tous les habitants de la vallée du M’zab, pour qui les oasis constituent une partie de leur vie. La colline de Boulila surplombant l’oasis pourrait très bien, selon eux, servir à la construction d’une nouvelle ville, en respectant les traditions et l’architecture de la région.

Mais cela reste un voeu pieux pour le moment.

Trente-et-une familles vivent toujours dans des conditions désastreuses dans un centre de transit installé dans une école islamique privée. Au départ, elles étaient 181 familles à y habiter. Mais beaucoup ont préféré bénéficier de l’aide à la location de 12 000 dinars par mois, alors que d’autres ont été prises en charge par leurs proches.

Ceux qui vivent dans ce centre le compare à un ghetto.

"Nous sommes abandonnés", explique l'un deux. "Nous recevons des kits d’alimentation vraiment pauvres. Nous ne disposons pas de chauffage et supportons très mal le froid sibérien, notamment la nuit."

Pour tenter d'attirer l'attention des responsables locaux sur leur sort, les victimes ont lancé une grève de la faim de trois jours. Certains ont dû être hospitalisés. Mais rien n’est venu apaiser leurs souffrances, même pas un geste à l’occasion de l’Aïd el Adha, où ils se sont partagé un mouton "à 31 familles, offert par un mécène".

Les victimes des inondations de Boulila ne savent plus vers qui se tourner. La semaine dernière, on leur a dit de se préparer pour être relogés dans des chalets. Mais ils ont vite déchanté. "Nous n’avons aucune idée de où et quand nous serons relogés", explique l'un d'eux.

Les dommages ont été répertoriés, certaines maisons en ruine placées en catégorie "Orange 4" et d'autres, inutilisables ou inaccessibles, en "Vert 1". Les habitants nous montrent des maisons qui se sont effondrées deux mois après les inondations. Construites pour la plupart en toub (terre cuite), elles se sont effondrées comme des châteaux de sable une fois séchées.

Dans une autre partie de la vallée, non loin du site de construction des chalets à Bouhraoua, le palais des expositions a été transformé en centre de transit pour les sinistrés. Soixante-quinze familles y sont entassées dans des conditions désastreuses.

Les sinistrés parqués à Bouhraoua sont issus du quartier populaire de Baba Sâad, au centre-ville de Ghardaïa. Pour une grande majorité d'entre eux, ils étaient locataires dans ce quartier durement touché par les inondations du "mercredi noir".

Ils sont désormais entassés dans un vaste abri avec des cloisons en bois et sans toit. Certains vivent à l'extérieur sous des tentes. L’insécurité vient s’ajouter aux autres soucis, malgré la présence de gardes communaux à l’intérieur du site. Ces familles sont convaincues qu'elles ont été abandonnées à leur triste sort.

"Les premiers jours, les autorités locales s’occupaient bien de nous et nous rendaient régulièrement visite. Mais après, plus rien… Nous sommes abandonnés, oubliés", explique Fatima, une femme au bord du désespoir.

Les familles rappellent les engagements du Premier ministre Ahmed Ouyahia, qui avait promis de reloger de façon définitive les sinistrés dans des logements en dur d’ici deux ans et demi. Ils estiment que la disponibilité des terrains dans le sud devrait faciliter la concrétisation de tels engagements, mais ne cachent pas leurs craintes de voir l’opération s'éterniser.

Fatima nous raconte les souffrances des familles vivant dans le palais des expositions, avec le froid glacial, l’absence d’hygiène et la pauvreté des kits d’alimentation.

Dans ce logement temporaire, à quelques encâblures seulement du site de construction de chalets, les victimes sont au bout du rouleau.

"Le 20 décembre, on nous avait promis un relogement, sans plus de détails", explique un rescapé. "Tout ce qu’on sait, c’est qu’on nous a demandé de désigner cinq familles de sinistrés pour être présentées au Président de la République lors de sa visite."

La visite du Président Bouteflika devrait donner le coup d’envoi à l’opération de relogement des sinistrés. Mais pour l’instant, il est surtout question de relogement symbolique de quelques familles seulement. Les autres devront attendre. Combien de temps ? Personne ne le sait. Au centre de transit de Bouhraoua, la crainte est palpable.

"On a peur de revivre le scénario des catastrophes naturelles précédentes, où les sinistrés avaient dû attendre des années avant d'être relogés", affirme Said, qui a tout perdu, y compris son travail, lors des inondations de septembre.