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Le chardonneret, l'oiseau préféré des Algériens, menacé par les contrebandiers

28/11/2008

Le chardonneret, l'oiseau préféré des Algériens du fait de son chant riche et mélodieux, est menacé d'extinction. Sa popularité énorme sur le pourtour méditerranéen a fait de cette espèce protégée une proie pour les trafiquants.

Texte et photos par Mohand Ouali pour Magharebia à Alger – 28/11/08

Un chardonneret (en haut) et deux canaris attendent d'être vendus sur un marché local d'Alger. Les experts estiment que la plupart de ces oiseaux ne survivent pas en captivité.

Les Algériens ont une passion pour les animaux de compagnie. Si chats, chiens, lapins et tortues sont les plus répandus, la demande pour des animaux plus exotiques est en forte hausse. Cochons d'Inde, souris blanches, écureuils et poissons, dont le célèbre piranha, se retrouvent dans de nombreux foyers algériens. On trouve même des fennecs, ce petit renard qui vit dans le Sahara.

Mais c'est un oiseau local qui est devenu en quelque sorte l'emblème des ménages et qui a suscité un grand intérêt de l'autre côté de la Méditerranée.

Le chardonneret, avec ses riches couleurs, son chant agréable et son plumage flamboyant, se retrouve dans de nombreux foyers algériens. Mais il est victime de sa popularité.

Il suffit de se promener dans les rues d’Alger pour entendre ses gazouillis à presque tous les balcons. Il n'est pas rare de rencontrer un jeune promener son chardonneret pour lui donner un bain de soleil et, bien sûr, frimer devant les copains.

Rabah Amarou, employé dans une agence de publicité, est un amateur d'oiseaux depuis sa plus tendre enfance.

"C'est mon dada", explique-t-il. "J'adore les oiseaux."

Il aime particulièrement le chardonneret. "J’ai aujourd’hui une quinzaine d’individus, mais il m’est arrivé d’en posséder bien plus."

"Ma femme n’a pas supporté, à cause du nettoyage qu’il faut faire", regrette-t-il.

Une épouse moins enthousiaste n'est pas son seul problème. Avoir un animal de compagnie signifie une autre bouche à nourrir. Il faut consacrer un petit budget à l’achat des graines, des vitamines, des cages, etc. Un kilo de millet, dont raffolent les chardonnerets, revient à 100 dinars, une modeste cage à 500 dinars.

Mais comme beaucoup d’autres, Rabah a trouvé l’astuce : la revente.

"J’achète un jeune chardonneret pour 200 ou 300 dinars et après l’avoir "éduqué" quelques mois, je peux le revendre et en tirer un bon prix, 3 000 dinars ou plus si c’est un bon chanteur", explique-t-il à Magharebia.

Le petit marché d'El Harrach attire un grand nombre d'amoureux des oiseaux

Hakim Mazar reconnaît être un fou des chardonnerets. Tous les vendredis, il se rend au marché hebdomadaire d'El Harrach, une banlieue à l'est d'Alger, où l’on peut trouver de tout, y compris des animaux domestiques. Ce marché, pas plus grand qu'un mouchoir de poche, attire des foules tous les week-ends, dans une charmante confusion de souk arabe.

L’endroit attire d’autant plus que le marché qui se tenait quotidiennement à la place des Trois Horloges, dans le quartier de Bab el Oued, n’existe plus, supplanté par le commerce des CD pirates.

"J’y vais tous les week end avec un ami. Je m’y rends de bonne heure, car après il y a trop de monde et ça rend la recherche fastidieuse", confie Hakim. "Ce qui m’intéresse d’abord ce sont les chardonnerets, mais j’achète aussi des canaris."

Si la bonne affaire ne se présente pas tous les week-ends, cela permet tout de même à Hakim d’acheter le nécessaire à son élevage. Tout est beaucoup moins cher que dans les magasins, ce qui est déjà une bonne affaire en soi.

Mourad Alil, cadre administratif d’une cinquantaine d’années, préfère quant à lui des oiseaux plus exotiques, comme les perroquets du Gabon, même s’il possède également un chardonneret.

Il se rend au marché d'El Harrach pour échanger des conseils en matière d'élevage avec les vendeurs. Il veut tout savoir sur son compagnon à plumes. "Je me documente, je cherche sur Internet et je viens aussi ici pour glaner quelques renseignements", même si, souligne-t-il, "les véritables connaisseurs sont rares ici".

De l’autre côté de la Méditerranée, les passionnés du chardonneret ne manquent également pas et sont prêts à débourser de grosses sommes pour acquérir cet oiseau.

Les trafiquants s'y intéressent également, mais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le chant et les couleurs. Ils y voient une source de profit.

El Hadi Oldache, agronome forestier, enseignant à l’Institut National d’Agronomie, dénonce ce trafic. "C’est de notoriété publique, en plus du marché local, ce sont surtout les marchés européens, et plus particulièrement l’Espagne et la France, que les contrebandiers alimentent", explique-t-il, ajoutant que de beaux spécimens se vendent pour plusieurs centaines d'euros. "La filière est bien rodée et passe généralement par le Maroc", ajoute-t-il.

"C’est un véritable massacre qui est organisé", explique-t-il à Magharebia en parlant des conséquences de ce trafic de chardonnerets. "Sur une centaine d'oiseaux capturés, seuls trois survivent."

De nombreuses opérations d’interception de contrebandiers voulant acheminer cette espèce protégée vers l’Europe ont été effectuées par la police nationale. Grâce à elles, des milliers de chardonnerets ont pu retrouver la liberté.

En 2007, les employés de la Conservation des forêts ont relâché 200 oiseaux à Tlemcen, 600 à Meghnia et 400 à Ain Temouchent. Près d'un millier ont été libérés à El Amria. Des chiffres qui illustrent l'importance de ce trafic.

La loi punit le braconnage et le commerce des espèces protégées, mais cela ne dissuade guère les contrevenants. Le braconnage, encouragé par la demande et conjugué à la dégradation de l’environnement, met en danger la survie de l’espèce.

Sur les 386 espèces d’oiseaux recensées en Algérie, 108 sont protégées. L'une de ces espèces en danger est le chardonneret européen (Carduelis).