29/08/2008
Si certains jeunes mariés préfèrent s’affranchir des traditions du mariage, d’autres n’hésitent pas à se ruiner pour le plus beau jour de leur vie.
Par Mouna Sadek pour Magharebia à Alger - 29/08/08
![]() [Mouna Sadek] Une boutique algérienne présente des robes de mariées. |
"L`amour est fou, dans les poches il fait d`énormes trous". C’est par cette formule, aussi lapidaire qu’ironique, que Nabil, 30 ans, résume la situation des futurs mariés en Algérie.
Avant de pouvoir se marier, les futurs époux algériens doivent passer par plusieurs étapes traditionnelles… et dépenser de grosses sommes d'argent.
D'abord, le garçon demande de la main de la jeune fille, lors d'un rassemblement des deux familles au domicile de la future mariée ; les deux familles s’entendent sur le montant de la dot et sur les conditions de la mariée. Une fois ces véritables négociations commerciales terminées et les deux parties satisfaites, le jeune couple est considéré comme fiancé.
Avant la fin des cérémonies du mariage, les deux familles auront soumis leurs finances à rude épreuve.
"Le mariage coûte les yeux de la tête", affirme Lila, une future mariée. Elle a déjà dépensé 400 000 dinars [environ 4 000 euros] pour son mariage. "J'ai fait de mon mieux pour limiter les dépenses et réduire les frais", ajoute-t-elle, "mais c'est impossible. La famille exerce une grande pression."
Elle a dépensé 100 000 dinars pour la location de la salle des fêtes et 150 000 dinars pour l'achat de six tenues traditionnelles qu'elle portera le jour du mariage, plus les gâteaux et le repas pour deux cents personnes. Elle a également réservé une somme non négligeable pour son trousseau, qui contient des couvertures, des draps, des couvre-lits, des rideaux, des pyjamas et de la lingerie.
Traditionnellement, le trousseau était brodé par la future mariée elle-même, en signe d'engagement dans sa nouvelle vie. Aujourd'hui, il est plus facile de tout acheter.
"C'est une affaire de qu'en-dira-t-on", affirme Lila, "une compétition du plus beau, du plus grand, du plus cher. Ça reste la partie la plus intéressante des préparatifs du mariage. On se fait plaisir en achetant toutes ces choses."
La vie moderne a rendu obsolètes nombre de traditions du mariage en Algérie. Jadis, les invités se rassemblaient dans la maison familiale de la future mariée ou de son futur conjoint. Aujourd'hui, avec des listes d'invités qui comptent souvent plus de deux cents personnes et sans disposer du temps nécessaire pour préparer soi-même des gâteaux et des plats, traiteurs et salles des fêtes sont venus prêter main forte.
Les magasins de location de tenues traditionnelles comme le karakou, la robe constantinoise, ou la chedda tlemcénienne foisonnent, permettant aux jeunes mariées de ne pas avoir à fabriquer ou à acheter les vêtements traditionnels.
Les traditions diffèrent d’une région à une autre. Les mariages les plus chers reviennent à la ville de Tlemcen, la capitale des Zianides, où un mariage peut coûter jusqu'à un demi-million de dinars. Il est de coutume d'offrir un bijou à la future mariée, dont le prix peut atteindre 100 000 dinars. La famille de la mariée apporte des cadeaux à la belle-famille.
Chaque membre de la famille reçoit en fait quelque chose.
En Kabylie, en revanche, la dot est généralement symbolique, et il n'est pas de coutume de demander au futur mari des cadeaux coûteux.
"Il est vrai que les mariages coûtent cher", explique Mokrane, 28 ans, qui se marie dans quelques jours. "Mais c’est un souvenir merveilleux pour la vie. On ne se marie qu’une seule fois."
"Les mariages algériens traduisent la générosité de ce peuple", ajoute-t-il. "On veut partager ce bonheur avec tout le monde."