20/06/2008
Les guerres en Irak et en Afghanistan, le conflit au Moyen Orient et les médias ont tous contribué à creuser le fossé entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman. Pour combler ce fossé, un programme unique d'échanges emmène les jeunes dirigeants des pays arabes aux Etats-Unis pour y voyager et en apprendre plus sur leurs homologues américains.
Achira Mammeri à Alger et Sarah Touahri à Rabat ont contribué à cet article pour Magharebia - 20/06/08
![]() C[Achira Mammeri] Plusieurs groupes de jeunes dirigeants du Maghreb sont rentrés des Etats-Unis avec de nouvelles compétences et de nouvelles impressions sur ce pays. "Le contact direct nous a permis de comprendre un tant soit peu la société américaine", affirme l'Algérienne Linda Messous. |
Linda Messous, une élue locale, est récemment rentrée en Algérie après cinquante jours passés aux Etats-Unis dans le cadre d'un programme spécial américain baptisé "Young Leaders: Effecting Social, Political and Economic Change". Ce séjour lui a permis de "corriger des préjugés" sur les citoyens américains et, comme elle le dit, de "voir l'autre visage des Etats-Unis".
"Ce pays qui fascine le monde de par sa force devient étrangement une source de crainte et d’inquiétude. Jusqu’où ira le pays de l’Oncle Sam ? Les ambitions des politiciens finiront-elles par provoquer le divorce entre ce pays et le reste du monde ?" Ce sont-là quelques-unes des questions qui taraudaient cette jeune élue de 39 ans avant qu'elle ne s'envole pour cette aventure, pour voir les Etats-Unis sur place, dans le cadre d'un programme d'échange culturel unique.
Depuis 1961, le programme International Visitor Leadership Program a invité des étrangers reconnus comme de futurs dirigeants au sein du gouvernement, de la politique, des médias, de l'éducation et d'autres secteurs de la société à venir aux Etats-Unis pour des conférences, des tournées, des voyages et des rencontres professionnelles avec leurs homologues américains. Ce programme vise à développer et à renforcer les liens professionnels et personnels entre jeunes dirigeants d'autres pays et américains.
"Je pensais trouver une société individualisée, repliée sur elle même. C’est l'image véhiculée par les médias, mais aussi par les politiciens américains. Ma surprise fut grande lorsque j’ai découvert que cette société est très ouverte sur le monde extérieur", explique-t-elle.
Mais plus important, poursuit-elle, le citoyen américain aspire à vivre en paix, comme n'importe autre citoyen de par le monde : "J’estime qu‘il est important de faire la distinction entre les politiques qui ont leur vision du monde et le citoyen qui, lui, veut à tout prix changer l’image qui colle au pays – celle du Gendarme du monde."
"Parmi les choses qui m’ont le plus frappée, c’est cette conviction forte partagée par toutes les personnes avec qui nous avions eu l’occasion de parler, que le citoyen américain est là pour faire le bien", affirme-t-elle.
Cette politicienne dans la peau relève que contrairement à ses dirigeants, le peuple américain n'est pas très intéressé par la politique étrangère. "Cela m’a énormément surprise. L’Américain a des préoccupations locales. Il rêve d’améliorer ses conditions de vie, celle de ses proches. Il travaille pour le développement de son pays. Des efforts souvent récompensés, parce que là bas, les compétences sont reconnues et gratifiées", explique Linda.
Mais ce qui a le plus touché cette Algérienne, c’est l’engagement de tout un peuple pour le travail de bénévolat : "Ils le font de bon cœur et cela crée chez eux une autosatisfaction formidable."
Linda ne nie pas qu’aux Etats-Unis, il existe certainement des gens qui portent la haine envers les Musulmans après les horribles événements du 11 septembre. Mais elle insiste sur le fait qu’il ne faut pas généraliser cette vision des choses. "J’ai été étonnée d’apprendre qu’au lendemain des attentats du 11 septembre, des femmes américaines de confession chrétienne accompagnaient les Musulmanes pour faire leurs courses, afin de les protéger d’éventuelles agressions. N’est-ce pas là un signe de tolérance ?", se demande-t-elle en parlant à Magharebia.
Aux Etats-Unis, explique-t-elle, "ils sont très respectueux des différences". A titre d'exemple, elle cite le cas d'une femme de Bahreïn qui faisait partie de son groupe et qui portait le voile. "Quand on sortait, on sentait qu’elle soulevait plus de curiosité que de haine. A plusieurs reprises, les gens la saluaient en lui disant : Hello, la Musulmane."
"A aucun moment, ajoute-elle, nous ne nous sommes sentis étrangers dans ce pays."
Linda se dit fière d'avoir découvert les Etats-Unis et soutient qu'elle a appris une véritable leçon de démocratie participative, qu’elle espère appliquer durant son mandat de cinq ans en sa qualité d’élue locale dans l’assemblée populaire d’Alger centre.
![]() [Sarah Touahri] "Nous pensions que les jeunes Américains seraient différents de nous", explique Youssef Cheffoui, président de l'association Amal Salé. "Mais lorsque nous les avons rencontrés, nous avons constaté que nous avions les mêmes idées et partagions les mêmes préoccupations." |
Magharebia a rencontré un autre participant du Maghreb à ce programme d'échange. Youssef Cheffoui est le président de l'association Amal Salé, une association marocaine dédiée aux jeunes des quartiers populaires. Après un voyage aux Etats-Unis l'an dernier, sa vision de ce pays a totalement changé.
L'engagement de Cheffoui dans ce programme d'échange de visiteurs a commencé lorsque, grâce à un partenariat avec l'ambassade des Etats-Unis à Rabat, ses programmes de développement ont bénéficié de l'aide de volontaires américains. "En tant que jeunes d'un quartier populaire, nous pensions que les jeunes Américains seraient différents de nous. Mais lorsque nous les avons rencontrés, nous avons constaté que nous avions les mêmes idées et partagions les mêmes préoccupations", explique-t-il. Cette expérience l'a conduit à être sélectionné pour le programme international d'échanges.
En juillet 2007, il s'est rendu aux Etats-Unis pour un séjour de trois semaines avec d'autres jeunes dirigeants originaires d'Egypte, des Emirats Arabes Unis, de Palestine, du Liban et d'autres pays arabes. "Nous avons passé la première semaine à Washington, où nous avons rencontré plusieurs responsables et avons reçu des cours théoriques sur le système fédéral, la société civile, la presse… Bref, ils voulaient nous expliquer précisément ce que sont les Etats-Unis."
"Nous avons visité bon nombre d’associations", poursuit-il, "dont une qui s’intéresse au dialogue interculturel et dont les membres essaient depuis les évènements tragiques du 11 septembre d’expliquer que la religion n’a aucun lien avec l’intégrisme et de véhiculer une image positive de l’être humain".
"Au cours de notre temps libre, ajoute Youssef, nous avions l’occasion de rencontrer dans les rues les citoyens américains. Nous nous sommes rendus dans d’autres villes, comme New York, et avons visité bon nombre d’associations. Au Kentucky, nous avons eu l’honneur d'une réception officielle et ils nous ont même offert la médaille d'honneur de la ville."
Comme Linda, l'opinion de Youssef sur les Etats-Unis a changé diamétralement après qu'il eut participé à ce programme d'échange. "Je dois avouer que l’image que j’avais sur les Etats-Unis avant d’effectuer ce voyage était largement influencée par les messages véhiculés par les médias. Ma vision était plutôt négative."
Et de poursuivre : "J’ai pu constater que le citoyen américain ne s’intéresse pas beaucoup aux questions internationales et que parfois, il est même contre la politique étrangère adoptée par ses dirigeants. A notre surprise, nous avons découvert que les Américains sont des gens simples, qu’ils soient simples citoyens ou responsables. D’ailleurs, ces derniers nous ont montré combien ils font prévaloir l’intérêt de leur pays avant le leur. Ils nous disaient toujours : vous êtes les hôtes du peuple américain."
Ce programme a également été très bénéfique à long terme pour le travail de Youssef : "J’ai appris comment encadrer et organiser les volontaires. Les visites aux différentes associations américaines m’ont permis de savoir qu’il ne suffit pas de mobiliser des personnes dans un travail de bénévolat, mais qu'il faut que ces dernières soient utiles dans les domaines où le besoin est ressenti, chacune selon ses compétences et son savoir-faire. Cela donne de meilleurs résultats."
"Notre association a pu également tisser plusieurs relations qui lui permettront de bénéficier de bourses, de dons et de visites d’échanges. Nous avons noué des contacts avec des partenaires arabes à travers les participants au programme", ajoute-t-il.
Interrogé sur ses souvenirs les plus marquants aux Etats-Unis, ce responsable d'une association marocaine raconte une visite dans une région de Louisiane dévastée par le cyclone Katrina : "Notre groupe a aidé une femme qui avait perdu son mari lors de cette catastrophe à réparer sa maison. Ce fut un plaisir pour nous", raconte-t-il à Magharebia.
"Je lui ai laissé un drapeau du Maroc qu’elle a mis dans un cadre et pendu à un mur de son salon."