12/10/2007
Malgré la hausse des prix, les Tunisiens s'emploient à maintenir les traditions de l'Aïd. Certains marchés s'adressent plus particulièrement aux classes moyennes et défavorisées, et le gouvernement lance des avertissements contre des traditions dangereuses, comme l'usage de feux d'artifice et la surconsommation de friandises sucrées.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 12/10/07
![]() [Jamel Arfaoui] De nombreux Tunisiens réduisent la débauche de plats sur les tables de l'iftar pour pouvoir acheter des vêtements pour leurs enfants. |
A l'approche de la fin du Ramadan, la générosité tunisienne qui se manifestait sur les tables de l'iftar laisse la place à un grand intérêt pour les vêtement de l'Aïd et l'achat de friandises pour célébrer l'Aïd al-Fitr, une fête partagée par plus d'un milliard de Musulmans.
"Je pense que ce panier sera le dernier rempli d'autant de choses", affirme à Magharebia Hammadi Balgith, la cinquantaine, devant le marché central de la capitale. "Ce soir, c'est laylat al-qadr, et c'est mon devoir d'être généreux à l'occasion de cette journée." Et d'ajouter : "J'ai commencé à éviter d'acheter nombre de choses que nous avions généralement sur la table de l'iftar. Désormais, les dépenses de friandises et de vêtements de l'Aïd viennent en tête de ma liste."
Ces deux derniers jours, les encombrements ont atteint leur comble devant les magasins de prêt-à-porter pour enfants. Les familles tunisiennes de toutes origines sociales sont habituées à célébrer l'Aïd al-Fitr avec des vêtements neufs et des friandises achetées ou confectionnées à la maison, qui sont destinées aux visiteurs.
Bien que le marché Moncif Bey de Tunis serve avant tout des clients à faible revenu, ses rues n'en sont pas moins encombrées que la rue Habib Bourguiba et les rues adjacentes, comme la rue Charles De Gaulle, la rue Hollanda, ou la rue Espania, où les rayons sont remplis de vêtements pour enfants. Toutefois, le marché Moncif Bey s'adresse plus à ceux qui ne peuvent s'offrir le luxe de payer les prix affichés dans les grandes artères de la capitale ou dans les banlieues huppées, où les prix des vêtements pour garçons et filles vont de 150 à parfois même 300 dinars.
"Moncif Bey nous a été donné comme un cadeau du ciel ; ici, les prix sont raisonnables pour nous", explique Mohamed Menaii, père de deux enfants. "Nous trouvons parfois des vendeurs sympathiques, qui nous consentent des remises intéressantes. Les dépenses du Ramadan, qui coïncidait cette année avec le début de l'année scolaire, ne nous ont pas laissé d'autre choix que de venir sur ce marché populaire pour ne pas priver nos enfants de la joie de l'Aïd. C'est leur Aïd, mon frère", ajoute-t-il.
Ce marché, situé dans les faubourgs de la capitale, propose toutes sortes de vêtements, d'appareils électriques et autres produits importés de Chine et de Corée. On peut y trouver toutes les marques de chaussures de sport, des parfums, des téléviseurs, des téléphones et des vêtements pour hommes et femmes, mais la plupart sont des contrefaçons, proposées à des prix discount. Les propriétaires des magasins attirent également les clients en suivant la tendance des gros distributeurs, en proposant des paiements échelonnés sur parfois 18 mois.
Lorsque Magharebia a demandé à Mokhtar Mehbouli, un commerçant, si le système des paiements échelonnés couvrait l'achat des vêtements de l'Aïd, il a ri et déclaré : "Nous faisons tout ce que nous pouvons pour faciliter la vie de nos clients qui, comme nous, appartiennent à la classe moyenne, voire défavorisée."
Mais les embouteillages de fin de Ramadan ne se limitent pas aux magasins de vêtements. Les magasins de friandises regorgent eux aussi de clients venus pour acheter autant de bonbons et de pâtisseries qu'ils le peuvent, pour garnir leurs tables le jour de l'Aïd.
La pratique plus traditionnelle de la préparation de ces pâtisseries à domicile a cédé du terrain pour tout un tas de raisons, dont la plus importante est le manque de temps et d'expérience des femmes. La préparation d'un plateau de graiba, par exemple, demande une grande habitude, et un plat de maqroudh exige un travail long, ardu et beaucoup de patience.
Devant une pâtisserie du quartier de Lakania, Halima Rahmouni attend un plat de graiba qu'elle a confié au pâtissier quelques temps auparavant. "Je lui ai dit de ne pas laisser le plat trop longtemps au four", explique-t-elle. "C'est ce qu'il avait fait l'année dernière, et la graiba était complètement brûlée. Il avait insisté pour me dédommager, mais j'avais refusé. C'est contraire à la morale d'accepter cela, c'est un décret divin !"
Halima déclare fièrement : "La nuit dernière, j'ai préparé les friandises pour mes petits-enfants." Elle ajoute, se frappant la poitrine avec une pointe de fierté : "Je ne veux pas dépendre pas des jeunes d'aujourd'hui ; le mieux qu'elles sachent faire, c'est de faire cuire un oeuf, quelque fois !"
Quant à la préparation des autres pâtisseries, les baklava ou les gâteaux, seules les familles aisées peuvent se le permettre, parce qu'elles nécessitent des amandes et des noisettes, qui sont des ingrédients chers. Le prix d'un kilo de baklava dans les magasins de friandises peut atteindre 25 dinars.
L'Aïd est une occasion annuelle pour les gens de retrouver leurs proches et leurs familles, et pour les ennemis de faire la paix. Mais les morts ont aussi leur place en cette journée. De nombreux cimetières se remplissent de visiteurs, et les réciteurs professionnels du Coran, les mendiants et les marchands de pain se côtoient. Nombreux sont ceux qui achètent du pain pour le donner aux nécessiteux en l'honneur de leurs morts.
Après un certain nombre d'accidents ces dernières années, le gouvernement a renforcé ses campagnes de mise en garde dans les médias contre la possession de feux d'artifice, qui ont blessé de nombreux enfants ou les ont rendus aveugles. Les autorités envisagent de poursuivre les vendeurs illégaux et de confisquer leurs marchandises.