07/09/2007
Les pays du Maghreb affichent une attitude différente quant à l'importance des élections au Maroc. La Mauritanie les juge importantes, la Tunisie se préoccupe de ses propres affaires, et l'Algérie est particulièrement silencieuse.
Par Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud à Nouakchott et Jamel Arfaoui à Tunis – 07/09/2007
![]() [Mohamed Wedoud] Les Mauritaniens espèrent des élections justes au Maroc. |
En cette journée d’élections législatives au Maroc, de nombreux Marocains attendent que les premières tendances se dégagent du scrutin pour connaître la direction que prendra le pays dans les années qui viennent. L’enjeu de ces élections s’étend toutefois au-delà des frontières du royaume, car le vote de ce 7 septembre tournera une nouvelle page dans l’histoire de l'évolution démocratique de la région du Maghreb.
A Nouakchott, la capitale mauritanienne, les journaux de cette semaine se sont intéressés aux élections marocaines, en particulier la presse indépendante. Le 28 août, l’hebdomadaire Al-Sabeel écrivait que "le quotidien de la campagne pour les élections législatives au Maroc reflète une prise de conscience croissante de la nécessité de l’option démocratique que le Maroc a adoptée depuis maintenant plusieurs années ; une élection qui tracera les grandes lignes d’un avenir prometteur pour le peuple du Maroc, qui aspire à plus de liberté."
Dans son édition du 5 septembre, L'Authentique écrivait : "Il ne fait aucun doute que des élections libres et transparentes dans notre pays frère le Maroc amélioreront et renforceront les liens de l’Union du Maghreb qui résultent de l’histoire et de la géographie. Elles traceront également la voie à un futur prometteur pour la région dans son ensemble. Non seulement cela, mais de telles élections feront progresser la notion de démocratie au sein de la population."
L'écrivain Bon Ould al-Salik a déclaré à Magharebia: "Si le Maroc est capable de conduire des élections justes, reconnues au plan national et international, cela portera un coup fatal aux mouvements extrémistes dans la région, et favorisera la paix et le calme ; elles renforceront le sentiment d'unité nationale. La démocratie est la manière la plus efficace de mettre en faillite la philosophie des partisans de la violence et de l'extrémisme."
Le politicien indépendant Bakkar Ould Asnib remarque : "Il y a quelques mois, nous avons eu des élections en Mauritanie et en Algérie. Nous suivons maintenant attentivement les élections législatives au Maroc et la manière dont elles permettront d'améliorer les conditions de vie des simples citoyens, en en faisant le point central du développement. Le vent du changement démocratique souffle en permanence dans notre Grand Maghreb ; il porte en lui les germes d'un avenir meilleur, et la prise de conscience politique du besoin d'un changement pacifique par les urnes et rien d'autre."
![]() [Getty Images] Les Tunisiens sont plus concernés par les préparatifs du Ramadan et par la rentrée scolaire |
En Tunisie, les réactions ne sont pas aussi passionnées. Alors que de nombreux Tunisiens suivent avec attention les élections en France, le scrutin au Maroc ne semble pas susciter un grand intérêt. Les articles publiés sur le sujet par quelques journaux tunisiens sont des reprises d'agences de presse internationales telles que Reuters ou l'Agence France Presse, bien que, contrairement à la presse internationale, les médias tunisiens n'aient jamais publié aucun article consacré aux partis religieux du Maroc.
Hasan ben Ismail, salarié dans une entreprise privée, déclare : "Je savais que le Maroc organisait des élections, par le biais de la chaîne Al-Jazeera. Mais comme vous le voyez, il n'y a rien sur ces élections dans nos médias locaux. Je ne pense pas que les Tunisiens s'en préoccupent, même si des élections similaires devaient avoir lieu en Tunisie dans les jours qui viennent."
Et d'ajouter : "Les Tunisiens se préparent pour deux événements importants qui les préoccupent plus que ces élections : le début prochain du Ramadan et la rentrée des classes."
Dans la plupart des cas, les autorités tunisiennes ne se livrent à aucun commentaire sur ce qui se passe dans les autres pays arabes ou du Maghreb, dès lors que le sujet relève de leur politique intérieure.
Dans une déclaration à Magharebia, un responsable tunisien a déclaré sous couvert de l'anonymat que "cette position n'est pas nouvelle pour le gouvernement tunisien, qui considère les élections au Maroc, tout comme les précédents scrutins au Maghreb, comme des affaires intérieures. Cela ne veut toutefois pas dire qu'il n'est pas intéressé par les résultats, car ils auront une incidence positive ou négative dans l'ensemble du Maghreb".
L'analyste des médias Khamsi Khayati a déclaré à Magharebia que le manque d'intérêt de la part des médias tunisiens pour ces élections au Maroc pouvait être attribué à deux choses : "Une soumission totale aux orientations de la politique étrangère de l'Etat, [qui ne va pas] au-delà des lignes à ne pas franchir, et le fait que les médias craignent la réaction des ambassades [en Tunisie]."
M. Khayati ajoute que "dans le cas du Maroc, il existe une forte rivalité économique, touristique et politique entre la Tunisie et le Maroc pour attirer les capitaux du Golfe et européens. Tout signe qui indiquerait une quelconque avance du Maroc sur la Tunisie n'est pas souhaitable pour les autorités tunisiennes, qui ne souhaitent pas attirer l'attention de l'opinion publique sur le sujet."
Il prend l'exemple du quotidien Shorouk, où les seules informations concernant le Maroc se contentent de reprendre des articles parus dans la presse marocaine, modifiés et réimprimés avec attention. "Quant aux autres journaux," ajoute-t-il, "ils ne parlent ni du Maroc ni des autres pays du Maghreb."
Hamida ben Ramadan, analyste politique au quotidien national La Presse fait part de sa tristesse à voir qu'aucun journal tunisien n'a envoyé de correspondant au Maroc pour couvrir ces élections sur le terrain. "Nous nous contentons de publier les informations diffusées par Reuters et l'AFP." Selon Ramadan, le manque d'intérêt des médias pour ces élections peut être attribué à "une sorte de conviction largement partagée entre eux que ces élections n'induiront aucun changement radical ou important, et n'entraîneront aucune rotation du pouvoir."