31/08/2007
Les sondages d'opinion indiquent que le Parti pour la Justice et le Développement a toutes les chances de réaliser un très bon score lors des élections législatives du 7 septembre. Bien que certaines élites fassent part de leurs réserves à propos de ce parti, de nombreux électeurs sont favorables à son programme et à son importante capacité d'organisation.
Reportage de Naoufel Daqaqi à Rabat et Mawassi Lahcen à Casablanca – 30/08/2007
![]() [Getty Images] Les partisans du Parti pour la Justice et le Développement (PJD) participent à une réunion de campagne le 26 août à Casablanca. |
Le Parti pour la Justice et le Développement (PJD) devrait remporter un succès lors des élections du 7 septembre au Maroc. Les sondages dans les médias et dans la rue indiquent que le parti devrait étendre sa représentation parlementaire, la faisant passer de 42 des 325 sièges à 70 ou plus. La plate-forme morale du PJD, son expérience du gouvernement et sa capacité à créer des alliances politiques contribuent à sa popularité. Mais certaines voix s'élèvent, pour affirmer que ce parti pourrait être autre chose que ce qu'il paraît.
Résultat de la fusion de plusieurs organisations politiques et religieuses, le PJD a vu le jour en 1998, sous la direction de Abdelkrim Khatib. Il s'est imposé dans l'esprit des gens et a gagné une forte popularité dans les classes défavorisées, grâce à un travail social dans de nombreuses communautés marginalisées du pays, des communautés dont certains disent qu'elles avaient été négligées par le gouvernement jusqu'aux attentats de Casablanca en 2003.
Bien qu'un certain nombre d'intellectuels, de partis de gauche et les autorités gouvernementales aient indirectement accusé le PJD d'avoir été impliqué dans ces attentats, ce dernier a surmonté la crise, en partie grâce à la nouvelle direction de Saâd Eddine El Othmani, secrétaire général du mouvement depuis 2004. Les liens étroits de Khatib et de El Othmani avec le Palais y ont certainement contribué, mais le parti s'en est finalement sorti en réorganisant ses rangs, en passant des alliances judicieuses et en améliorant son image dans les classes moyennes et aisées.
Néanmoins, le parti a souffert de pressions directes et indirectes de la part des autorités, qui l'ont décidé à réduire le nombre de ses candidats aux élections locales quatre mois après les attentats de Casablanca. A deux occasions, le Ministère de l'Intérieur a demandé au parti de changer son leader à la Chambre des Représentants, Mustafa Al-Rameed, qui avait exprimé des opinions jugées radicales par le ministère et, dans certains cas, par El Othmani lui-même.
La plate-forme du parti a évolué avec le temps, mais elle s'est toujours centrée sur des principes fondamentaux. Lors de la présentation du programme du parti, intitulé "Ensemble pour un Maroc Juste", dimanche 27 août dans la soirée à Casablanca, El Othmani a affirmé que l'objectif global du parti est de promouvoir l'intégrité, la transparence et la crédibilité dans la vie publique. Le parti cherche également à "renforcer la démocratie, promouvoir les valeurs de la nation, renforcer l'indépendance d'une identité islamique civilisée, soutenir la souveraineté nationale et accentuer le rayonnement extérieur", a-t-il ajouté.
Le parti envisage d'atteindre ces objectifs en luttant contre la corruption, en réduisant la bureaucratie et en conservant sa crédibilité auprès des électeurs en encourageant le rôle de la famille et en arrêtant ce qu'il appelle des 'phénomènes immoraux' tels que le tourisme sexuel, la vente d'alcool et certains comportements exprimés au travers des arts et des festivals culturels et touristiques.
![]() Saâd Eddine El Othmani, secrétaire général du Parti pour la Justice et le Développement (PJD) en campagne dans le quartier de Lyssassafa de Casablanca, le 25 août. |
La plate-forme du PJD envisage l'adoption de la Sharia islamique comme source du droit marocain. S'exprimant sur ce sujet, El Othmani affirme: "Nous n'avons jamais dit que la loi marocaine n'était pas conforme à la Sharia islamique. C'est faux. Le Maroc est un pays islamique, dirigé par le Commandeur des Croyants, et ses lois sont issues de la Sharia. Ce que nous demandons plutôt, c'est que soit précisé dans la Constitution l'effet de la Sharia dans la source de la législation au Maroc. Une telle demande avait déjà été faite par le bloc démocratique comprenant le Parti Socialiste Unifié dans son mémorandum sur les réformes constitutionnelles qu'il avait présenté au Roi Hassan II en 1995. Nous ne proposons rien de nouveau en la matière."
Concrètement, la plate-forme du PJD envisage de faire passer le Maroc de la 79ème à la 40ème place dans les indicateurs internationaux de la corruption, de promouvoir la culture berbère, et d'améliorer la qualité des secteurs de l'enseignement et de l'économie.
Le programme économique du parti envisage d'augmenter le taux de développement économique, de réduire le déficit budgétaire et de baisser les impôts. Il vise également à réduire de moitié le taux de pauvreté par la réduction à douze pour cent du taux de chômage dans les villes, à augmenter le salaire minimum, le faisant passer d'environ 150 dollars à près de 250, de créer 300 000 emplois par an, et de mettre en place un "refuge fiscal", des banques islamiques et des "taxes de réciprocité" pour garantir une économie forte et une juste distribution des richesses.
Bien que la plate-forme du PJD semble prometteuse pour beaucoup, elle en inquiète d'autres. Les opposants au parti soulignent que le PJD rejette toute forme de normalisation des relations avec Israël. Il affirme supporter le Hamas et les mouvements de résistance en Palestine et en Irak, et pense que l'Iran sera une future puissance régionale. Le parti s'oppose généralement à la politique étrangère des Etats-Unis, et bien que plusieurs de ses membres se soient rendus aux Etats-Unis et en Europe, le parti affirme que ces déplacements étaient des visites rendues à des cercles de réflexion et des responsables politiques opposés à la guerre en Irak.
De nombreuses élites politiques, économiques et intellectuelles ne cachent pas leurs craintes à propos du PJD, qu'ils décrivent comme 'a-démocratique'. Des responsables politiques tels que Mohamed El Yazghi, secrétaire général de l'Union Socialiste des Forces Populaires, et Ismail Alaoui, secrétaire général du Parti pour le Progrès et le Socialisme, craignent que le parti ne resserre son emprise sur les libertés individuelles, les initiatives économiques, la liberté d'expression et le tourisme. Tous deux affirment que le PJD appelle à la démocratie, mais ne la mettra pas en pratique s'il accède au pouvoir. El Yazghi qualifie la rhétorique du parti de 'radicale' et conforme aux idées extrémistes derrière les attentats de Casablanca. Ahmed Harzani, président du Conseil Consultatif des Droits de l'Homme affirme, quant à lui, que le PJD mélange appel religieux et politique. "Ce parti doit présenter une politique et des programmes aux citoyens, pas une idéologie enveloppée dans un halo islamique", déclare-t-il.
Les partisans du PJD rétorquent que le parti a déjà eu l'occasion de prouver sa capacité durant une brève période et a acquis l'expérience nécessaire pour gérer correctement les affaires de la nation. Ils ajoutent que le parti croit en la démocratie et la met effectivement en pratique. Ils font valoir que le PJD obtiendra des résultats meilleurs que ceux des socialistes, qui, disent-ils, font des promesses, mais ne les tiennent jamais une fois élus.
Noureddine Ayouch, l'un des militants, président de l'association "DABA 2007", une organisation non gouvernementale qui incite les citoyens à participer aux prochaines élections, estime que le parti travaille efficacement et sait comment tirer profit de "campagnes de communication très structurées". M. Ayouch invite les gens à ne pas avoir peur des Islamistes, affirmant qu'il est possible de compter sur leur popularité et leurs capacités d'organisation pour surmonter le désespoir et le manque de confiance que les jeunes ressentent à l'égard du système politique. La Société Marocaine de Lutte contre la Corruption estime également que la forte base populaire du PJD et ses objectifs clairs en font une exception dans l'arène politique.
Pour les élections du 7 septembre, le parti présente des candidats dans l'ensemble des 95 circonscriptions. Les femmes représentent 13,2 pour cent de ses candidats, et l'âge moyen de ceux-ci est de 44 ans. La plupart des parlementaires du parti ne se représentent pas dans les mêmes circonscriptions que celles qu'ils avaient remportées lors des précédentes élections.
Bien que le parti soit optimiste sur ses chances de faire parti de la prochaine majorité à la Chambre, El Othmani a confirmé que le PJD était prêt à retourner dans les rangs de l'opposition s'il devait le faire. "Notre opposition, tout comme notre groupe au parlement, a été forte et le restera, et disposera d'une influence suffisante pour déposer des amendements aux projets de loi présentés par le gouvernement", a-t-il déclaré. El Othmani estime que la capacité d'un parti d'opposition à lancer de bonnes initiatives, telles qu'une motion de censure contre le budget de l'Etat, nécessite la signature de 25 pour cent des parlementaires, et il est confiant que le PJD sera en mesure d'obtenir cette représentation au sein de la prochaine assemblée.