24/08/2007
La médina de Rabat bourdonne de commerces et d'échoppes, rassemblant touristes et habitants dans une ambiance unique. Alors que la tradition se mêle à la modernité, le commerce parallèle pose parfois certaines difficultés aux magasins et aux services.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 24/08/2007
![]() [Sarah Touahri] Perchée sur la rive gauche de l'embouchure du Bouregreg, la médina de Rabat n’a subi aucune modification majeure depuis sa création. |
Située sur la rive gauche du Bouregreg qui se jette dans l'océan sur la côte atlantique du Maroc, la médina de Rabat est restée en grande partie inchangée depuis sa fondation il y a plus de huit siècles par le sultan almohade Abd al-Mumin, en 1150.
Véritable attraction pour des hordes de touristes en quête d'objets d’art traditionnels dans la capitale, elle donne l'impression d'avoir toujours été aussi débordante d'activité depuis la nuit des temps. Chaque jour, de l'aube au crépuscule, ils viennent ici par dizaines pour leurs achats ou simplement pour flâner le long de ses ruelles, en se plongeant dans une atmosphère très particulière. Vendeurs d'eau, cireurs, "nekkachates" (tatoueurs au hénné) et marchands ambulants font de ce lieu leur gagne-pain quotidien.
Trois rues principales traversent la médina : la rue Souika (qui devient rue du Souk Sebbate), la rue Sidi Fatah et la rue des Consuls, qui débouche sur la casbah des Oudayas. La rue des Consuls est bordée d'échoppes de marchands et d'artisans, notamment des tapissiers.
Les clients arrivent à la médina des quatre coins de Rabat pour s'y approvisionner, puisque l'endroit est réputé pour les prix raisonnables des marchandises. Prêt-à-porter, tissus, chaussures et produits de consommation attirent, en effet, des clients de différentes couches sociales.
Les boutiques d’artisanat implantées partout dans la médina connaissent l’affluence d’une clientèle friande d’objets d’art. Les artisans ont des ateliers sur place et certains d’entre eux peuvent travailler sur commande.
Des tapis, des petits objets en cuir ou en cuivre, des bijoux ornent les murs de quelques magasins. Les touristes de différentes nationalités s’arrêtent dans chaque boutique pour admirer l’artisanat fabriqué dans la médina avant de choisir l’objet qui leur tient à cœur, sans oublier de bien marchander. Hélène Gavier, une touriste française, paraît apprécier l’ambiance qui règne dans les lieux. Elle fait tourner avec une grande admiration un collier plusieurs fois dans sa main et n’hésite pas un seul instant à l’acheter. "La médina de Rabat est irrésistible. C’est impressionnant de découvrir un autre visage de la capitale qui a su sauvegarder ses traditions et son authenticité d’antan. Même l’artisanat n’est pas vendu cher !", déclare-t-elle, ravie. Depuis quatre ans, elle a pris l’habitude de revenir au Maroc et ne rate jamais l’occasion de se promener dans les ruelles de la médina, qu’elle connaît désormais comme sa poche.
![]() [Sarah Touahri] La rue des consuls est bordée d'échoppes de marchands et d'artisans, notamment des tapissiers. |
Mais il n’y a pas que les touristes étrangers qui apprécient le lieu et aiment y flâner. De nombreux Marocains ont appris à connaître et à aimer l'ambiance qui règne ici. Impossible pour eux d'imaginer cet endroit autrement. "La médina, et notamment Souika, doit rester comme ça. Les responsables doivent veiller à sauvegarder son authenticité. Je viens ici chaque après-midi rien que pour circuler et me détendre. J'aime cette atmosphère particulière. On doit veiller à garder le même rythme", déclare Hadda Maachou, une femme âgée qui habite l’Océan, un autre quartier de Rabat. Elle ajoute que les autorités doivent faire en sorte que la rue Souika de Bab El Had reste un lieu calme et sûr.
Des disputes éclatent parfois entre marchands ambulants et propriétaires de boutiques. Mohammed Toumi, secrétaire général de l'Association des Commerçants et des Artisans de la commune de Rabat-Hassane, explique à Magharebia que les marchands ambulants - qu'il préfère qualifier de permanents - constituent un problème de taille pour tous les commerçants de la rue Souika. Ils arrivent de plusieurs endroits, notamment de Salé et de la capitale, beaucoup de Hay Al Inbiaate, Annahda, Al Karya. Ils étalent leur marchandise à même le sol, devant les magasins. Ils vendent leurs articles à des prix inférieurs à ceux des autres commerçants, dans la mesure où ils n'ont pas de charges à payer. "Les commerçants sont condamnés. Ils paient l'eau, l'électricité, le loyer, les impôts et les employés. De ce fait, ils sont obligés de vendre leurs produits plus chers que ces personnes. Un article vendu à titre d’exemple à 130 dirhams, eux le vendent à 100 dirhams. Donc, le client se dirige directement vers eux et les commerçants chôment", explique-t-il. De ce fait, les commerçants se sentent lésés et ne cessent de faire part de leur colère aux autorités locales.
![]() [Sarah Touahri] La médina de Rabat est toujours animée et attire des hordes de visiteurs. |
M. Toumi ajoute que son association a envoyé plusieurs lettres aux responsables de la wilaya. "Ces derniers commencent à prendre des mesures contre les marchands ambulants, en les pourchassant de temps en temps. Nous avons demandé à ce qu'ils recasent ces marchands. Nous ne voulons pas de mal à ces personnes. Nous demandons juste un traitement équitable", explique-t-il.
Les responsables de la wilaya ont été particulièrement occupés ces derniers mois, alors que les autorités locales ont lancé la chasse aux revendeurs de CD piratés. Des opérations ont été lancées à l'improviste, permettant parfois à la police de saisir plusieurs milliers de CD et de DVD. Selon la police, ce commerce illicite doit cesser et la seule manière d'y parvenir consiste à procéder à un contrôle permanent. Aujourd'hui, rares sont ceux qui s’aventurent à investir dans le piratage. Les contrevenants risquent de passer en justice et doivent payer de grosses amendes. Ceux qui récidivent risquent la prison.
Outre le commerce de CD piratés et les marchands ambulants, le secteur informel est également prospère dans la médina du fait de nombreuses personnes qui s’adonnent depuis de nombreuses années à des petits métiers. A Bab El Had, des plombiers, des femmes de ménage, des électriciens, des porteurs font chaque jour, dès les premières heures du matin, attendent patiemment la venue des clients. Parfois, des heures s'écoulent sans que personne ne fasse appel à leurs services. Ils y sont habitués, mais chaque nouvelle journée apporte un nouvel espoir et les arme de courage. De toutes façons, ils n'ont pas le choix. Ils sont devenus une véritable famille, où chacun connaît le souci de l’autre, puisqu’ils partagent tous la même préoccupation, la quête du gagne-pain au quotidien.
Mohamed Boufarichi travaille comme plombier depuis dix ans. "Chaque jour, j’attends la providence de Dieu. Les clients viennent et m’amènent chez eux pour installer ou réparer quelque chose. Parfois, trois jours se passent sans que je ne travaille. Tout dépend de la chance", raconte-t-il, tout en scrutant les clients qui passent, à la recherche d'un client potentiel.
Les habitants de Rabat espèrent que leur ville gardera son authenticité. Ils pensent que le projet de réaménagement de la baie du Bouregreg redonnera à cette ville son charme d'antan et revalorisera la cité.