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Les réseaux de recrutement de al-Qaïda constituent une menace croissante au Maroc

13/07/2007

Magharebia se penche sur les méthodes de recrutement de jeunes Marocains par al-Qaïda pour l'entraînement à l'étranger et la lutte en Irak. Des enquêtes ont montré que ces réseaux de recrutement sont également utilisés pour planifier des attentats sur le territoire marocain.

Par Mawassi Lahcen à Casablanca et Adil Dekkaki à Washington pour Magharebia – 13/07/2007

[Getty Images] Un garde de sécurité marocain monte la garde devant un restaurant de Rabat le 9 juillet. Les forces de sécurité marocaines sont en alerte maximale après avoir reçu des menaces d'attentats terroristes de la part de Marocains de retour d'un entraînement terroriste et de combats à l'étranger.

De récentes enquêtes policières ont montré que les réseaux de recrutement de al-Qaïda au Maroc jouent un double rôle, à la fois pour le recrutement de combattants en Irak et pour la coordination d'attentats sur le territoire marocain.

Une enquête officielle sur le leader d'al-Qaïda récemment arrêté, Khaled El Taher, qui aurait, selon des informations, recruté vingt-six Marocains en cinq mois pour aller combattre en Irak, a mis en lumière le phénomène du recrutement des terroristes au Maroc et le danger que les combattants de retour d'Irak représentent pour la sécurité nationale.

Depuis la fin de l'année dernière, les autorités marocaines ont démantelé douze cellules de recrutement dans plusieurs villes du pays. Vingt-neuf personnes ont été arrêtées dans le cadre de ces opérations et attendent d'être déférées devant le tribunal terroriste de Salé, le 14 septembre.

Selon un rapport de la police que Magharebia a pu se procurer, al-Qaïda aurait recruté Taher en juin 2006 par l'entremise de Abdel Ali Muftah, un commerçant de Tétouan. Muftah aurait remarqué le zèle de Taher et son intérêt pour les événements en Irak, et lui aurait proposé de l'envoyer pour y combattre. Taher aurait rejeté l'idée, mais accepté la suggestion de Muftah de participer au recrutement de volontaires.

Selon les rapports de la police, Taher serait entré en clandestinité en Algérie avec des membres de sa cellule pour y rencontrer un responsable de l'Organisation al-Qaïda au Maghreb Islamique ; lors de cette rencontre, le leader de al-Qaïda aurait demandé 90 000 dollars pour mettre en place un camp d'entraînement des recrues marocaines dans l'ouest de l'Algérie.

Les rapports de la police montrent que les recrues de Taher en route pour l'Irak partent généralement de Casablanca pour la Turquie. De là, elles entrent en Syrie en bus et continuent vers l'Irak.

Selon une déclaration attribuée à Taher, Muftah serait parti pour Bruxelles en août de la même année pour coordonner le réseau de recrutement. Les communications auraient été établies par le biais de téléphones portables et d'Internet. Dès leur arrivée en Syrie, les nouvelles recrues auraient contacté Taher au Maroc pour lui donner un numéro de téléphone syrien. Taher aurait alors contacté Muftah à Bruxelles pour l'informer de l'arrivée des recrues en Syrie et lui aurait donné les numéros de téléphone. Depuis Bruxelles, Muftah aurait servi de point de liaison entre les recrues marocaines en Syrie et les Irakiens chargés d'organiser leur entrée en Irak.

Les enquêtes ont révélé des discussions avec le réseau de recrutement de Taher visant l'envoi de volontaires à l'étranger pour y subir un entraînement, puis leur retour pour mener des opérations contre les intérêts américains et occidentaux au Maroc.

[Getty Images] Les attentats de 2003 à Casablanca avaient tué 45 personnes

L'arrestation en mars de Saad al-Houssaini, soupçonné d'être impliqué dans les attentats meurtriers de Casablanca en 2003, a donné un nouvel éclairage sur le double rôle joué par ces recrues de al-Qaïda pour l'envoi de combattants en Irak et la planification d'attentats au Maroc.

Après un séjour de quatre ans en Afghanistan, al-Houssaini était revenu dans sa ville natale de Casablanca en 2002. Il avait quitté le Maroc en 1992 pour aller étudier la chimie en Espagne, où il avait été "radicalisé" après avoir rencontré un ami tunisien qui l'avait fortement incité à supporter les combattants islamistes en Afghanistan. Selon une transcription de l'interrogatoire de police publié dans Le Journal Hebdomadaire, al-Houssaini aurait fui l'Afghanistan pour l'Iran, puis continué vers la Syrie et la Turquie après le début des bombardements américains.

Surnommé "le Chimiste", al-Houssaini aurait été l'artisan des bombes qui avaient tué 45 personnes à Casablanca en 2003. Selon la police, en octobre 2006, lui et d'autres fondamentalistes auraient mis en place plusieurs réseaux de recrutement pour l'envoi de candidats à l'attentat-suicide en Irak. Les chiffres de la police font état d'au moins 18 Marocains recrutés par son réseau et envoyés en Irak en début d'année. Al-Houssaini a également conçu les ceintures d'explosifs dont les enquêteurs pensent qu'elles ont été utilisées dans une série d'attentats-suicides en mars et en avril de cette année.

Lors d'une série d'entretiens avec Magharebia, Mohamed Darif, un spécialiste du terrorisme marocain et professeur de science politique à l'Université Hassan II de Mohammedia, a indiqué que ces cellules sont directement liées à al-Qaïda. Il a indiqué que nombre de ces cellules entretiennent des liens avec l'Organisation al-Qaïda au Maghreb Islamique – l'ancien GSPC –, basé en Algérie, qui aurait adhéré à la stratégie de al-Qaïda d'exploiter la présence américaine en Irak pour attirer des djihadistes arabes et oeuvrer à l'établissement d'un Etat islamique dans le monde arabe, y-compris au Maghreb.

"Il est certain que cette organisation souhaite rassembler tous les salafistes du djihad dans la région du Maghreb arabe, y compris les djihadistes marocains, tunisiens, libyens et mauritaniens. L'annonce [par le GSPC] de son changement de nom est venu couronner [les efforts] visant à implanter des cellules dans plusieurs pays du Maghreb, en particulier du fait que les camps du groupe dans le Sahara algérien ont été utilisés pour entraîner un nombre considérable de Marocains", a précisé M. Darif.

"Maintenant, al-Qaïda demande à l'Organisation al-Qaïda au Maghreb Islamique, devenue son [bras] armé dans la région, deux choses essentielles : le recrutement de combattants pour l'Irak et la mise en place de cellules capables de diriger des attentats contre les régimes au pouvoir dans la région du Maghreb arabe", a-t-il ajouté.

Le Maroc a relevé son niveau d'alerte de sécurité au plus haut niveau la semaine dernière, après que les services de renseignement européens et israéliens les eurent informés d'une menace terroriste sérieuse contre le pays. Le directeur général des Affaires Intérieures au Ministère de l'Intérieur, Mohieddine Amzazi Wali, a confirmé la crédibilité de ces informations et convoqué samedi dernier une réunion destinée à évaluer la menace et à formuler un plan d'alerte approprié. Le jour suivant, le Ministère de l'Intérieur publiait un communiqué appelant les Marocains à une plus grande mobilisation et à une vigilance renforcée contre les menaces terroristes.

Le 10 juillet, le quotidien arabophone Al Massa indiquait que la police marocaine avait arrêté quinze membres présumés de al-Qaïda soupçonnés de préparer des attentats contre des cibles sensibles dans le pays. Selon les informations, ces suspects seraient entrés dans le pays depuis une base de al-Qaïda en Algérie. Dans un autre article, le quotidien Assabah indique qu'un escadron de la police anti-terroriste marocaine a arrêté trois personnes soupçonnées d'appartenir à al-Qaïda, qui préparaient des attentats à la bombe au Maroc. Cette arrestation fait suite à des informations provenant des services de renseignements français.