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Les marocaines se marient plus tard, mais restent fidèles au cérémonial traditionnel

01/06/2007

Les marocaines attendent plus longtemps pour se marier, mais le jour J, se marient avec tout le faste et toutes les traditions d'antan.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 01/06/2007

[Sarah Touahri] Les jeunes mariées marocaines changent souvent de tenue plusieurs fois pendant la cérémonie du mariage.

Pour de nombreuses femmes marocaines, le mariage reste une nécessité, même d'il arrive plus tard dans l'existence. C’est une véritable mutation socioculturelle au cours des dernières décennies. Le recul de l’âge de mariage est dû en particulier à l’amélioration du niveau d’instruction. L'âge moyen du mariage chez les femmes est passé de 17 ans en 1960 à 27 ans, selon la Haute-Commission pour le Planning et les Statistiques (HCP). Malgré tout, la plupart des femmes modernes suivent les traditions le fameux jour.

La sociologue Jamila Baadi indique à Magharebia qu’à l’instar des autres pays arabes, le mariage ne représente plus pour les Marocaines une priorité de premier ordre quoiqu’il demeure une nécessité : " la mentalité marocaine a relativement changé au cours de ces trois dernières décennies. Les familles ne ressentent plus la nécessité de marier leurs filles le plus tôt possible, préférant d’abord les envoyer à l’école pour qu’elles soient instruites et indépendantes financièrement".

Cependant, même si la vision de la société a changé quant à l’âge du mariage, la pression est exercée sur la jeune fille quand elle atteint la trentaine. Jalila Arafaoui, cadre bancaire, s’est mariée il y a deux ans à l’âge de trente-cinq ans. Elle a réussi sa vie professionnelle et a cru que rien ne pourrait l’empêcher de s’éclater et de s’épanouir : " Mais à l’âge de trente ans, le regard de mes voisins et de ma famille est devenu agaçant. Mes parents me demandaient chaque jour si quelqu’un voulait m’épouser. A cause de leur pression, j’ai accepté le premier venu et j’en subis les conséquences. "Elle ajoute qu'elle a divorcé au bout de quatre ans.

Comme Jalila, nombreuses sont les jeunes femmes qui subissent le poids du regard de la société lorsqu’elles commencent à s’approcher de la trentaine. Samira Sefrioui, enseignante, vit un calvaire au quotidien car elle a dépassé trente-huit ans et n’est pas encore mariée. Bien qu’elle soit indépendante financièrement, on ne cesse de lui faire des remarques " blessantes " de part et d’autre. " Je ne supporte pas le regard de pitié de mes proches qui me met mal à l’aise même si le fait de ne pas être mariée est une décision personnelle que j’ai prise il y a quelques années pour vivre en paix. ", s’exclame-t-elle.

Mais si Jalila a fait le choix de rester célibataire durant toute sa vie, d’autres jeunes femmes souffrent à cause de leur célibat car pendant des années elles n’ont pas pu trouver le mari idéal. Mme Baadi explique que quelques jeunes femmes qui ont atteint un niveau élevé d’instruction commencent à chercher un mari du même niveau universitaire qu’elles. Mais, au fil du temps, elles se rendent compte qu’elles ont passé les plus belles années de leur vie à chercher sans trouver. " C’est à ce moment-là qu’elles sentent la pression socioculturelle de leur entourage, " explique Baadi.

Khadija R. , médecin, en est un cas concret. A quarante ans, elle n’est pas encore mariée. Alors qu’elle voulait, il y a quelques années, se marier à un médecin chirurgien, ses exigences ont commencé à s’estomper au fil du temps. " Pour le moment, je n’ai plus cette exigence. Je veux seulement un mari respectable pour que je puisse avoir un enfant avant la ménopause. Je regrette d’avoir passé ma vie en quête d’un mari sur mesure ", dit-elle avec frustration.

Même les jeunes femmes les plus branchées se soumettent à la tradition quand il s’agit de se marier. " La jeune mariée qu’elle soit instruite ou analphabète aspire toujours à suivre le rituel spécifique des cérémonies du mariage. ", estime Mme Baadi.

Il est presqu’impossible pour la jeune mariée de renoncer à sa dot. En Islam, celle-ci est obligatoire mais symbolique. Dans la culture marocaine, elle représente la valeur de la femme aux yeux de son futur époux. Rares sont celles qui, à l’heure actuelle, acceptent une dot symbolique. Asmae Bekkali, une étudiante de 24 ans, vient de séparer de son fiancé à cause de la dot. " Pour moi, c’est symbolique et c’est l’amour qui compte. Mais, pour ma famille dont je suis l’unique fille, mon futur époux doit mesurer ma valeur. Je ne peux pas changer leur mentalité. Mon fiancé avait les moyens mais par principe il a refusé de me donner une dot qui répond aux aspirations de mes parents."

[Getty Images] Le jour de son mariage la mariée est présentée aux invités dans les plus beaux des ornements

Dans les rituels, d’autres exigences comptent également. La célébration du mariage se passe dans une ambiance particulière qui commence par d’abord le Hammam qui doit être pris par la fiancée en grande pompe dans un bain maure, accompagnée de ses plus proches parentes. Et puis la cérémonie du henné qui se déroule à la veille du grand jour en présence des femmes des deux familles des mariés. Les cadeaux offerts par l’époux à la mariée sont exposés par la suite aux invités dans une ambiance festive de chant et de danse. Le jour J, la mariée est présentée aux convives sous ses plus belles parures. Une femme professionnelle " Neggafa " se charge minutieusement d’embellir et d’installer la mariée qui change d’habits à plusieurs reprises.

Saida Tounoussi est l’une de ces femmes. Elle a hérité les secrets du métier de sa grand-mère. Cela fait une dizaine d’années qu’elle prépare les jeunes épouses. " C’est une profession passionnante qui sera sans doute toujours rentable. Certes mon revenu n’est stable qu’en été où l’on célèbre beaucoup de mariages. Mais, j’arrive à faire ma vie. ", déclare-t-elle. Dans sa boutique à Témara, une jeune femme est en train de contempler un album photo pour choisir les costumes traditionnels qu’elle aimerait mettre pour son mariage. " Sans Neggafa, je ne considérerai pas que je me suis mariée. Comme toutes les filles, je veux être la plus belle femme au cours de la cérémonie de mon mariage. Et c’est Saida qui m’aidera", annonce-t-elle, l’air heureux.