11/05/2007
En jetant un regard dans les coulisses du Prime de la Star Academy Maghreb de la semaine dernière, Magharebia a rencontré l'équipe de production pour connaître son opinion sur les défis et les réalisations de cette émission à ce jour.
Texte et photos par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 11/05/2007
![]() Les professeurs de la Star Academy Maghreb s'apprêtent à examiner les candidats lors du Prime. |
A notre arrivée dans le village historique de Utique, au nord de Tunis, l'obscurité commençait à tomber sur la région, mais la féérie de couleurs provenant des studios qui diffusent la Star Academy Maghreb témoignaient de la vie qui s'épanouissait dans ce tranquille petit village. Arriver jusqu'aux studios n'était pas facile, même pour un journaliste accrédité. Les visites sur place nécessitent une invitation et un passage obligé à travers le cordon de sécurité composé de personnels de la Star Academy, de policiers et de gardes, tous en uniforme officiel.
A l'intérieur du studio, une cour, transformée en salle des fêtes, où se mêlent des jeunes, hommes et femmes, en tenue d'été. Les photographes sont sortis pour tirer quelques bouffées sur leurs cigarettes, car il est interdit de fumer à l'intérieur.
Nous apprenons que ces jeunes font parti des candidats venus pour supporter le second tour du "Prime" dans les phases éliminatoires. Le régisseur Mohamed Ali Triki nous accueille et nous montre la peinture encore visible sur ses mains. "Cet endroit était une véritable ruche", nous dit-il. "Nous n'avons pas arrêté de travailler depuis hier, pour nous préparer à accueillir les candidats et les invités. Nous devions nous assurer que les panneaux lumineux et de circulation fonctionnaient bien et qu'il y avait suffisamment d'eau pour tout le monde, parce que le spectacle sera long."
Dans un coin, nous trouvons Ilhem Louhidi, l'un des professeurs de musique de la Star Academy Maghreb. Elle est en grande conversation avec l'un de ses assistants et semble un peu anxieuse. Je la surprends par une question sur les effets psychologiques de la décision de faire revenir Yosra et Dounia, deux candidates qui avaient été éliminées durant les premières semaines de l'émission. Avec un sourire un peu forcé, elle me répond: "Cette histoire n'est pas encore finie ? Nous avons dû modifier notre décision pour ne pas commettre un acte impardonnable et injuste envers ces deux jeunes femmes." Et d'ajouter: "Ce n'était pas juste que Yosra et Dounia soient éliminées sans avoir participé au Prime. C'était une erreur, et il vaut mieux pour nous que nous soyons décrits d'une manière autre que d'avoir commis un acte injuste."
La décision de la direction de la Star Academy de faire revenir Yosra et Dounia après qu'elles eûrent été éliminées avait déclenché de nombreux commentaires, beaucoup considérant cette décision comme une débâcle susceptible de porter atteinte à la première tentative de concours télévisé de ce type au Maghreb.
J'ai parlé au directeur de la Star Academy Maghreb, Nebil Karoui, des possibles accusations de tricherie auxquelles lui-même et son frère Ghazi pouvaient se trouver exposés. Il a rejeté ces critiques d'un revers de main, les qualifiant "d'inacceptables et distordant la réalité". Il m'assure que son équipe et lui cherchent tous à éviter les jugements hâtifs et les préjugés. "Je ne suis pas un Tunisien dans cette émission. Je suis un Maghrébin, et [le temps] me donnera raison."
A 21 heures, les choses s'agitent brutalement, lorsque l'un des organisateurs demande à tout le monde de rentrer dans le studio où le Prime est filmé. Les candidats passent en premier, en se répartissant en deux groupes, à gauche et à droite de la scène.
![]() Le personnel dans le studio a travaillé dur pour rendre les Primes attirants pour les spectateurs. |
Les brillantes couleurs rouges qui dominaient le show depuis le lancement de l'émission ont laissé place à des bleus et des verts tendres qui éclairent la scène. Les participants montent sur la scène, s'arrêtant au "top" avec une précision toute militaire. Les invités s'alignent sur l'ordre de l'assistant-réalisateur Jérôme Revon, qui fait chaque semaine le déplacement de France en Tunisie pour surveiller la production de l'émission. Professionnel accompli, Revon a dirigé le récent débat télévisé entre les candidats à l'élection présidentielle française, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, ainsi que les cérémonies de clôture des phases finales de Coupe du Monde de Football en 1998 à Paris.
Le silence se fait dans le studio lorsque l'hôtesse, la Marocaine Nabila Kilani, fait son entrée pour annoncer le début du deuxième Prime. Nebil Karoui monte ensuite sur scène pour faire part de sa profonde tristesse pour l'incident fatal qui s'est produit la semaine précédente à Sfax lors d'un concert de la Star Academy, qui a coûté la vie à sept personnes. Après ce message d'une grande tristesse, Karoui cède la scène à l'artiste algérien Larebi Dida.
Dida interprète une chanson intitulée "Ils devraient me mettre derrière une porte en fer", après quoi les candidats se dirigent vers le jury — Kaoutar dans sa robe rouge foncé, Khairi tout en blanc, et Dounia dans une robe bleue. Kaoutar confesse à ses supporters qu'elle était très angoissée dans les quelques jours précédant le Prime. Khairi affirme ne pas avoir réussi à dissimuler sa peur, ajoutant: "Je ne veux pas quitter ce beau public". Dounia confesse: "Avec un tel public, je vais offrir toute mon énergie". Immédiatement après, le reste du groupe entre pour interpréter la chanson "Ma longue nuit", du groupe marocain the Meghri Brothers.
Pendant les pauses de l'enregistrement, le public peut voir des vidéos de la vie dans la villa où résident les candidats. Le montage montre une conversation surprenante entre Ahmed, un Libyen ne parlant que peu le français, et la Marocaine Kaoutar, qui s'exprime presque exclusivement en français, tentant de discuter de la différence d'âge entre les parents de Kaoutar.
A la fin de cette vidéo, les performances reprennent, présentant des chansons interprétées par l'artiste tunisien Lotfi Bouchnak. Ahmed chante l'une des chansons de Bouchnak, ce qui lui vaut une victoire au Top 5. Lorsque Nabila lui demande quel est son secret, il fait observer, pour le plus grand plaisir du public et du jury, "quand j'entre quelque part, je le fais avec force, où alors je n'entre pas."
Un spectateur apprécie le format du prime, affirmant qu'il "est différent des spectacles précédents [par] la variété de la sélection musicale et les artistes invités, qui infusent une vitalité dont manquaient les spectacles précédents". Ce commentaire intervient durant la performance du groupe de rap marocain H-Kayne, dont la grande énergie suscite l'interaction avec le public. Même les membres du jury ne peuvent s'empêcher de danser en regardant le groupe, dont les chansons très énergiques parlent des jeunes et de la société au Maroc.
A minuit, la participation du public s'amplifie, lorsque Khairi, Dounia et Kaoutar risquent l'élimination. Nabila annonce que le public a choisi la plus jeune candidate, Khairi, comme premier vainqueur. Alors que la tension monte, on apprend que Kaoutar est éliminée, malgré des débuts très prometteurs.
Nebil Karoui se retourne pour me dire: "Ce que nous voulons sur le long terme a commencé à se réaliser. Les participants ont abandonné la logique de la géographie et des frontières, et ils utilisent une langue qui mélange la logique de la raison et la logique du coeur."
![]() Khadija Lemkacher, réalisatrice de la Star Academy Maghreb, reste en contact avec certains des candidats éliminés. |
Khadija Lemkacher, la réalisatrice de la Star Academy Maghreb, ne cache pas son émotion quant au départ de Kaoutar. "Je ne favorise aucun candidat, mais j'ai eu le sentiment d'avoir perdu une amie lorsque les résultats du Prime ont été annoncés." Elle ajoute être toujours en contact avec Fatin, la première candidate à avoir été éliminée.
La nuit se termine dans les larmes et les sourires, laissant place au prochain spectacle. Miriam Bazazi, porte-parole pour les médias de la société mère de la Star Academy Maghreb, le groupe Karoui & Karoui, affirme ne pas avoir "de temps pour les sentiments. Je dois rentrer au bureau pour envoyer les résultats du concours aux journalistes et me préparer aux nombreuses questions qui me seront posées demain."