04/05/2007
Le Festival de la Culture Soufie de Fez a suscité un grand intérêt, aussi bien au plan national qu'étranger, pour la forme de vie religieuse, mystique et tolérante, que le soufisme représente. De nombreux participants pensent que le soufisme pourrait jouer un rôle constructif dans l'éducation des jeunes et la lutte contre l'Islam radical.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Casablanca – 04/05/2007
![]() [Getty Images] Des artistes soufis marocains se produisent au Palais Mokri de Fez le 27 avril, durant la première édition du Festival du soufisme. |
Pendant six jours, les habitants de Fez, la capitale spirituelle du Maroc, ont accueilli un festival célébrant la musique et la spiritualité soufies. Le premier Festival de la Culture Soufie a eu lieu du 27 avril au 2 mai, et a rassemblé des responsables religieux et des artistes du monde entier. Cette manifestation proposait un certain nombre de soirées de "samaâ" - des nuits de chants et de danse - ainsi que des rencontres et des ateliers, tous centrés autour du thème "Soufisme et Développement Humain".
Ce Festival a été une occasion pour les visiteurs de découvrir le patrimoine spirituel du Maroc et de montrer une facette de l'Islam qui n'est pas souvent comprise. Mahmoud Benzakour, l'un des musiciens participant au festival, a expliqué que le soufisme est l'approche mystique de l'Islam, une voie d'amour et de paix, dont le message d'universalité transcende les frontières. Le soufisme, affirme-t-il, crée un réseau de spiritualité et de convergence des expressions artistiques, culturelles et spirituelles, garant d'un parfait équilibre et capable de lutter contre l'extrémisme.
Le Maroc entretient une longue histoire avec le soufisme. Les confréries fondées par les maîtres du soufisme étaient connues pour leur mansuétude et leur tolérance, et ont longtemps été considérées comme des modèles de conduite morale à suivre. Les Soufis fondèrent des écoles de formation encadrées par des zaouias locales dans les villes et les villages, dont certaines continuent d’exister aujourd’hui et bénéficient du soutien de l’Etat.
![]() [Getty Images] L'artiste soufi marocain Abdelfettah Bennis (à droite) s'est produit lors du Festival |
"Le Maroc a toujours fait des efforts considérables pour encourager le soufisme", a indiqué à Magharebia Jamila Tabiri, une jeune enseignante. "Le Maroc a été remarqué par le nombre des soufistes, au point qu’il a été nommé le pays du soufisme. L’encouragement du soufisme n’est pas fortuit vu le rôle qu’il joue dans l’enracinement des valeurs religieuses de tolérance et dans l’appui à un Islam fondé sur la modération et le juste milieu."
Faouzi Skelli, coordinateur du festival, explique que celui-ci apporte quelque chose de nouveau aux gens et ouvre de nouveaux espaces de dialogue et de convergence. Il estime que le soufisme reste une ressource insuffisamment développée, et qu'il est nécessaire de se pencher sur le message que cette croyance, de par sa nature pacifique, peut transmettre à la société contemporaine. Ainsi, l'un des objectifs est-il d'encourager les Marocains - en particulier les jeunes - à s'intéresser à leur patrimoine et à tenter de comprendre la symbolique du soufisme.
"Notre démarche consiste à donner aux jeunes des bagages culturel, intellectuel, symbolique, émotionnel pour qu’ils puissent exister pleinement", exlique M. Skelli. Pour ce faire, les organisateurs ont fait appel à des musiciens de renom, dont le Marocain Mohamed Bajeddoub, le Syrien Hassan Haffar et le Français d'origine congolaise Abdelmalik. Membre de la tariqa (groupe) soufie Qadiriyya-Boutchichiyya, Abdelmalik fonde son message lyrique sur des textes soufis, s'adressant à toute une génération de jeunes, en France et ailleurs.
Des intellectuels de différentes spécialités ont utilisé ce Festival comme une occasion de débattre et de discuter de thèmes tels que "Soufisme et Droits de l'Homme", "Soufisme et Histoire du Maroc", et "Soufisme et Diversité Culturelle".
Pour Samir Jebbali, étudiant en troisième année de sciences économiques, "le soufisme est une manière de penser et de vivre en harmonie avec son âme". Il ajoute que "le nombre des adhérents à la seule zaouïa Boutchichia dépasse de loin les adhérents du plus grand parti politique dans le pays grâce au soutien de l’Etat au soufisme et à la confiance que nombre de Marocains font à ces mouvements connus pour leur tolérance et leur lutte contre l’intégrisme". Et de conclure : "Le soufisme est, en effet, l’exemple-même de l’Islam modéré."
![]() [Getty Images] Le chanteur français Abdelmalik, qui s'est converti au soufisme, en concert, le 2 mai |
Faouzi Skelli estime que soufisme et spiritualité sont les fils conducteurs qui permettent à tout un chacun de voyager à travers les différentes cultures de l'Islam. Il affirme que c'est à travers le soufisme que s'établit le dialogue entre les cultures et les civilisations. "Ce Festival est ainsi capable de diffuser à travers le monde un message de paix, de tolérance, d'universalité et de spiritualité", précise-t-il.
Il ajoute que cette manifestation explore en profondeur la civilisation islamique inspirée par le soufisme, c’est-à-dire l’ensemble des expressions culturelles, qu’elles soient littéraires, poétiques ou artistiques. Le Festival vise à rallier l’Islam avec la vie sociale et l’art de vivre au quotidien. "Le Maroc peut devenir leader dans ce domaine, puisqu’il a toutes les capacités spirituelles et patrimoniales nécessaires."
Selon le sociologue Hatim Maarougi, alors que le monde entier traverse des temps de confusion extrême sur la question religieuse, un tel événement apporte des repères clairs sur la place prépondérante et centrale du soufisme dans l’histoire et l’actualité du pays, ainsi que sur les défis que le soufisme est à même de relever dans un monde globalisé.
"A une certaine époque, les zaouïas jouaient le rôle des partis politiques en animant la population et en gérant parfois leur quotidien", affirme Zahhoudi Outhmane, un employé de banque. "Même si elles ne jouent plus aujourd’hui cette fonction, leur rôle n’est pas moins important que par le passé. Le soufisme a en effet pour rôle d’attirer les jeunes pour leur inculquer les véritables valeurs de l’Islam et les faire ainsi s'éloigner du radicalisme", ajoute-t-il.
M. Maarougi souligne que c’est pour cette raison que le Maroc encourage de plus en plus la tenue de telles manifestations, car le soufisme favorise l’enracinement des vertus et des comportements nobles des individus, et contribue à influencer l’harmonie du corps social.