Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/reportage/2007/03/05/reportage-01

Aider les meres celibataires a faire face a leur situation

09/03/2007

Les femmes ayant des enfants en-dehors du mariage restent un sujet tabou dans la societe marocaine. Ces femmes seules sont souvent obligees de fuir leurs familles et d'abandonner leurs enfants. Des associations comme l'INSAF et l'Association Solidarite avec les Femmes de Casablanca sont quelques-uns des endroits ou ces femmes peuvent aller chercher un peu de reconfort.

Texte et photos par Imane Belhaj pour Magharebia a Casablanca—09/03/07

Beaucoup des meres celibataires envisagent d'abandonner leur enfant des la naissance

Le sujet des meres celibataires revet une grande importance dans la societe marocaine d'aujourd'hui. Ces femmes, en grande majorite jeunes, pauvres et sans education, sont immediatement rejetees par la societe des qu'elles decouvrent leur grossesse et que le pere renonce a sa promesse de mariage. Craignant la colere de leurs parents, ces jeunes femmes sont souvent forcees de fuir leur foyer par peur du scandale et de la honte, dans une societe qui reste gouvernee par les coutumes et la tradition.

Beaucoup des meres celibataires pensent a abandonner leur enfant des la naissance, parfois meme en enterrant le bebe vivant. Abandonner son enfant semble parfois etre la seule solution pour une femme pour etre a nouveau acceptee au sein de sa famille.

La pratique de l'abandon pose des problemes serieux aux meres et a leurs enfants. Les organisations qui s'engagent a traiter ces problemes sont rares, mais l'Institut National de Solidarite Avec les Femmes en Detresse (INSAF) et l'Association Solidarite avec les Femmes de Casablanca travaillent depuis des annees avec des meres et leurs enfants.

La directrice de l'INSAF, Nabila Tber, parle de l'etat d'esprit des meres celibataires qui viennent consulter son association: "La majorite d'entre elles sont assez reticentes a etablir un premier contact avec notre association. Elles realisent les implications pour leur avenir dans une societe qui n'accepte toujours pas le fait… [Notre] prise de conscience des problemes que ce sujet pose a la societe nous oblige a mettre en oeuvre toutes les capacites disponibles pour venir en aide a [ces femmes qui] ont besoin de quelqu'un pour les sauver de la decheance definitive, en particulier du fait qu'aucune d'entre elle n'a volontairement choisi le mauvais chemin."

La premiere tache de l'INSAF consiste a etablir un lien entre la mere et son enfant. Mme Tber affirme: "Lui permettre de s'occuper et de veiller sur lui pendant un moment lui permet de revenir sur sa decision de l'abandonner et lui donne l'occasion de s'attacher a son enfant et de renouer les liens …avec lui."

Aicha Chenna, presidente de l'Association Solidarite avec les Femmes, partage le meme avis. Elle declare vouloir "preserver le lien maternel entre la mere et son enfant, quel qu'en soit le prix". Mme Chenna se rappelle avoir vu une mere s'occuper de son enfant durant ses premiers jours. Elle pleurait parce qu'elle allait devoir abandonner son enfant a la famille qui allait l'adopter et l'emmener vers l'inconnu. "L'image de cette mere et de cet enfant en pleurs a ete la raison de mon engagement pour permettre a chaque mere de garder son enfant", affirme-t-elle.

L'INSAF aide les meres celibataires a trouver du travail, a trouver et amenager un endroit ou vivre et a inscrire leurs enfants dans une creche. L'organisation suit de pres les progres de ces femmes et leur donne des conseils supplementaires lorsque leurs enfants atteignent l'age de deux ans. Parmi ces services, un traitement medical suivi et la fourniture de medicaments et de lait pour l'enfant, afin de soulager la charge financiere pour la mere. "Tout cela se fait pour… nous permettre de veiller a preserver en meme temps la condition de la mere et de l'enfant", precise Mme Tber.

L'INSAF aide les meres celibataires a trouver du travail, un endroit ou habiter et a inscrire leur enfant dans une creche

Le rejet de ces femmes par la societe a expose ces associations a de nombreuses critiques et parfois meme a des menaces.

Bien que de nombreuses femmes assument leur grossesse non desiree, la difficulte de la situation est encore accentuee par la societe et affecte a la fois les femmes concernees et la societe dans son ensemble. "[Nous] voulons debarrasser notre societe de nombre de ces attitudes qui peuvent conduire une mere a abandonner son enfant par suite de l'ignorance familiale", declare Mme Chenna.

Les problemes peuvent survenir lorsque les enfants eleves loin de leurs parents ne connaissent ni leur famille ni leur identite personnelle. "[Nous] avons rencontre le probleme d'un homme qui a epouse sa soeur, ou d'un pere [epousant] sa fille sans le savoir. Nous nous efforcons donc d'apporter a ces meres un soutien social pour qu'elles puissent conserver leurs enfants, et de garantir a ces derniers au moins une partie de leur identite et de leurs origines", ajoute-t-elle.

Zahra, une jeune mere celibataire, est consciente du probleme. "Aujourd'hui, ma fille a 7 ans. Je lui revelerai la verite le jour ou je la sentirai capable de comprendre les choses. Et ensemble, nous nous mettrons en quete d'un pere perdu — non pas pour lui demander une quelconque reconnaissance, mais seulement pour qu'il puisse connaitre son enfant et lui faire comprendre qu'il risquerait un jour d'etre attire par une belle jeune fille, qui se trouverait etre sa propre fille…"

L'une des autres taches de l'INSAF consiste a enregistrer l'etat civil de l'enfant, pour le proteger de l'abandon et d'une adoption lors de laquelle il perdrait tout lien avec sa mere biologique. De cette maniere, l'enfant recoit un nom de famille, meme d'emprunt, et echappe a la mention "Pere: Inconnu", qui, sinon, le suivra toute sa vie.

L'INSAF prend egalement contact avec la famille de la mere celibataire pour les rapprocher, chercher les moyens de les reconcilier et les inviter a accepter les choses telles qu'elles sont. "De cette maniere, la jeune mere peut reintegrer le cercle familial. Nous avons pu rassembler 37 pour cent des familles avec leurs filles, et ce pourcentage est en constante augmentation", indique Mme Tber. Dans de nombreux cas, les associations prennent egalement contact avec le pere biologique, que l'association tente de convaincre d'assumer ses responsabilites et de reconnaitre l'enfant.

Les associations apportent egalement un soutien emotionnel et psychologique aux meres celibataires. Interrogee sur sa situation, Zahra declare: "J'ai besoin d'une aide psychologique. Je veux pouvoir parler a des gens, en particulier a celles qui vivent la meme tragedie." "B.J.", une mere celibataire, affirme: "Bien sur, nous voulons pouvoir parler a quelqu'un qui nous redonne confiance en la vie et en l'avenir, et nous demandons alors pardon pour nos fautes si elles ont ete commises par ignorance et liees a la pauvrete…La famille nous a rejettees, et la societe finirait par nous detruire s'il n'y avait la determination de l'INSAF et sa perseverance a s'occuper de notre cas dans toutes ses dimensions."