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Jourchi: Le GSPC change de nom pour mieux cacher son déclin

09/02/2007

L'écrivain tunisien Slaheddine Jourchi affirme que les groupes islamistes violents n'ont aucun avenir au Maghreb. Il a déclaré à Magharebia que le groupe terroriste algérien du GSPC avait adopté le nom de al-Qaida pour mieux cacher son déclin.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 09/02/07

[Jamel Arfaoui] La principale victime de la stratégie nihiliste de al-Qaida est l'Islam, affirme le président de la Fondation Al-Jahez, Slaheddine Jourchi.

Expert tunisien en matière d'affaires islamiques et président de la Fondation Al-Jahez, Slaheddine Jourchi estime qu'il est peu probable que les groupes islamistes extrémistes soient bien accueillis, ou connaissent un quelconque succès, dans la région du Maghreb. Selon M. Jourchi, cette région est très attachée à la dimension réformiste et à la lutte pacifique.

Magharebia: Après l'annonce de la mise en place de ce qui s'appelle désormais Al-Qaida sur les Terres du Maghreb Islamique, quelles sont les perspectives réelles de ce groupe dans la région ?

Slaheddine Jourchi: Je ne pense pas que ces groupes aient de grandes perspectives d'avenir dans la région du Maghreb arabe, du fait de trois facteurs. Le premier est le rejet par des pans entiers de la population de la violence armée contre les régimes, quelles que soient par ailleurs les critiques que l'on puisse formuler à l'encontre de ces mêmes régimes. L'activité politique d'opposition dans la plupart des nations du Maghreb a été associée à la dimension réformiste et à la lutte pacifique. En conséquence, on peut dire que malgré les crises critiques dans cette région, il n'existe aucune culture de la violence fortement enracinée.

Le deuxième facteur remonte à l'expérience d'une violence contenue -- on pourrait même dire que l'on constate un déclin et une annonce d'échec, surtout si l'on considère l'expérience algérienne. En Algérie, la violence armée a diminué de manière claire et certaine. Ce qu'il reste désormais du Groupe Salafiste pour la Prêche et le Combat algérien, le GSPC, qui a changé son nom [en al-Qaida sur les Terres du Maghreb Islamique], n'est rien d'autre qu'un signe de cette régression.

Pour ce qui est du troisième facteur, nous voyons qu'un certain nombre de ceux qui ont porté les armes en Algérie et en Libye se prononcent en faveur de diverses formes de réconciliation avec les régimes des deux pays. C'est un signe que le recours à la violence a atteint son plus haut niveau et n'a pas donné les buts recherchés.

Mais cet examen du déclin du phénomène de la violence ne signifie pas qu'il est impossible que ces tentatives se renouvellent. Cela est encore possible, et ce qui s'est produit en Tunisie en témoigne à l'évidence.

Magharebia: Quelle est la signification de ce changement de nom pour le GSPC, devenu al-Qaida sur les Terres du Maghreb Islamique ?

Jourchi: Il semble clair que le GSPC souhaite utiliser le nom de al-Qaeda pour créer la confusion. La désignation al-Qaeda fait référence à des valeurs politiques et de sécurité dont l'organisation s'imagine qu'elle pourraient renforcer sa position et couvrir l'état de faiblesse et les conflits qui la divisent.

Magharebia: Dans ces conditions, quelles sont les perspectives du discours religieux modéré au sein de la jeunesse du Maghreb ?

Jourchi: Nous devons tout d'abord spécifier la nature de ce discours, c'est-à-dire ce que nous entendons par modération, parce que le problème de la catégorisation reste l'un des problèmes les plus complexes sur lequel les élites et les régimes diffèrent. On pourrait dire que modération signifie séparation entre la pratique religieuse et les aspects de la violence, alors je peux affirmer qu'un tel discours sera mieux accepté sur le moyen et le long termes.

Mais le problème réside dans l'instant, car ce discours se trouve pris entre deux pressions exercées par deux parties contradictoires. La première est représentée par la majorité des gouvernements et des élites laïques, qui doutent de la crédibilité des adhérents à ce discours et lancent régulièrement de grandes campagnes contre eux pour les affaiblir, les marginaliser et même les mettre en porte-à-faux d'un point de vue politique et sécuritaire. La seconde est représentée par ce mouvement salafiste ascendant et émergent, alimenté par de nombreuses crises -- parmi lesquelles [des crises qui sont] internes et [d'autres qui sont] externes, ainsi que [des crises qui sont] politiques, culturelles, économiques et sociales. C'est la raison pour laquelle nous estimons que le discours modéré est encore menacé à ce stade et perd certains de ses points forts, comme les mosquées et les universités.

Magharebia: Pourquoi l'image des partis et des groupes islamistes paraît-elle effrayante ?

Jourchi: Cette image procède de plusieurs facteurs. Le premier, à mon sens, est la faiblesse des résultats de ces groupes au niveau de l'élaboration du discours islamique. Leur offre au plan intellectuel est encore limitée, ce qui a permis au discours extrémiste de rester fort et dérangeant dans la sphère islamique. L'autre qui fait que ce discours est entouré de peurs est qu'aucune expérience islamique éclairée et convaincante n'a encore été démontrée. Rappeler l'expérience du Soudan et de l'Afghanistan ne fera qu'ajouter encore plus d'insécurité à la question.

Magharebia: Où situez-vous les expériences de la Turquie et de la Malaisie ?

Jourchi: De telles expériences prennent une dimension prometteuse, sérieuse et moderne, mais n'oublions pas qu'elle recouvrent malheureusement des particularités de la situation de l'Islam en-dehors de la région arabe. A ce jour, elles n'ont pas encore en tant que telles la possibilité d'avoir une influence dans le monde arabe. Néanmoins, il est possible de traiter ce qui se produit au Maghreb, par exemple, avec un relatif optimisme.

Magharebia: Il y a ceux qui justifient la violence des groupes islamistes dans la région arabe en montrant du doigt l'absence des libertés universelles et des opportunités. Mais il est possible de justifier leur violence dans des nations telles que la Grande-Bretagne, la France ou l'Espagne, par exemple, pays qui respectent les libertés universelles et individuelles et où existent de nombreuses opportunités.

Jourchi: Les milieux proches de l'organisation al-Qaida ont mis en avant une justification à la violence dans les pays occidentaux, et peut-être le changement le plus important amené par Ayman Zawahiri -- le numéro deux de al-Qaida -- et d'autres dans les stratégies islamistes est-il de faire passer la bataille du niveau local et régional au niveau international, leur conviction étant que le changement des politiques américaines et européennes doit se faire en portant des coups douloureux à ces nations sur leur propre sol. Mais alors que ce mode de pensée a entraîné un état de confusion et créé des difficultés pour ces nations, il a également eu des répercussions très douloureuses et très dangereuses au niveau arabe et islamique. Ce qui a été le plus mis à mal par cette stratégie nihiliste a été l'Islam en tant que religion, culture et vision humaniste.