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Maroc : La société civile et gouvernement essaient d’aider les enfants en situation précaire

02/02/2007

La société civile et les agences gouvernementales s'efforcent de sortir les enfants de la rue, mais les moyens sont limités.

Textes et photos par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 02/02/07

Les enfants sans foyer hantent les rues principales d'Alger et dorment souvent à même le sol.

Dans les quartiers de Rabat, des dizaines d’enfants sillonnent les rues, se pointent devant les mosquées et les boulangeries à la recherche de l'âme charitable. Mohcine Zalafe, 10 ans, est l’un d’entre eux. A côté de la gare routière de Rabat, il s’est habitué depuis une année à aborder les passants. L’air chétif, visage blême, habits crasseux, il arrive à émouvoir les passants. " Je peux récolter au quotidien entre 80 et 120 dirhams ", dit-il avec fierté.

" Plus on grandit, moins les gens veulent nous donner de l’argent", dit Samir Bouchtaoui, son ami, âgé de seize ans.

Les deux garçons ne se séparent presque jamais. Mohcine a pour mission de ramasser le maximum de dirhams et Samir se charge de le " protéger " des autres enfants des rues.

Jusqu’à présent, il n’existe pas encore des statistiques précises autour du phénomène. A Casablanca, on estime le nombre des enfants des rues entre 5.000 et 7.000. Au Maroc, ils sont à peu près 25.000, selon les associations.

" Il est difficile d'avoir une visibilité sur ce phénomène. La plupart des enfants passent leur temps à changer d'endroit et de villes, fuyant la police, les agressions, et le regard de la société ", affirme Omar Saadoun, éducateur de rue depuis 12 ans avec l'association Bayti.

Le sociologue Ahmed Chaabouni explique que l'éclatement du noyau familial est à l'origine du phénomène des enfants des rues : décès du père ou de la mère, divorce, remariage, pauvreté, irresponsabilité des parents… " Nombreux sont les enfants qui déclarent avoir fui à cause de la brutalité des membres de la famille. La rue exerce une tentation irrésistible sur ces jeunes fugueurs."

Selon Claude Groshamp, surveillant général de l'Association marocaine pour la Sauvegarde de l'enfance en péril (ADIM), l'effort de la société civile reste limité dans ce domaine malgré les actions importantes que les différentes associations entreprennent. Désintoxiquer, re-scolariser et réinsérer les enfants de la rue sont son principal champ d'action en dépit de la faiblesse des moyens financiers.

Claude Groshamp essaie de contacter les enfants, de les comprendre et de les orienter en se basant sur son expérience. " Je leur donne à manger. Je leur parle en tant qu’un grand frère et je n’essaie pas de les culpabiliser ".

Comme lui, des dizaines d’associations tentent d’égayer le quotidien de ces enfants en situation précaire.

A El Youssoufia, un quartier populaire à Rabat, l’association shemsy reçoit plusieurs enfants en situation précaire ; centre ouvert depuis des dizaines d'années. " Offrir un foyer serein aux enfants victimes de délinquance est une priorité de l'association. ", explique sa présidente Thourya Bouabid.

Au siège de l’association, les éducateurs essaient de faire réintégrer les enfants dans l'école pour les sauver des griffes de la débauche. Ceux qui ont dépassé l'âge de scolarité reçoivent une formation professionnelle.

Krimou, l’un des élèves, s’est montré doué dans des spectacles d'improvisation.

Dans le laboratoire de photos, les enfants apprennent à développer et à tirer les photos qu’ils ont eux-mêmes prises avec l’aide de leur éducateur. Un passe-temps de prédilection pour de nombreux élèves. Cependant, le lieu où tous les enfants aiment " se réfugier " est sans conteste l’atelier du théâtre. C’est là où ils apprennent à s’exprimer librement, à dévoiler sans crainte leur peine, leur souffrance et aussi leurs espérances.

A force d’assister à des "halquas", Krimou, l’un des élèves, s’était montré doué dans l’improvisation de ce spectacle. Avant de venir à l’association, il bégayait. Mais il a pu vite dépasser cet obstacle et parler normalement.

Thourya Bouabid explique qu’en dépit des efforts de la société civile, les moyens financiers s’avèrent limités.

L’Etat essaie de lutter contre le phénomène des enfants des rues. La première unité mobile de services sociaux urgents ciblant essentiellement les enfants de la rue a été créée en septembre dernier à Casablanca dans l’objectif de la généraliser à toutes les villes du Maroc. 5 unités de protection de l’enfance seront mises à Casablanca, Marrakech, Tanger, Fès et Laâyoune et ce, en vertu d’un cadre juridique spécifique.

Selon le secrétariat d’Etat chargé de la Famille, de l’Enfance et des Personnes handicapées, le programme " idmaj " qui s’inscrit dans le cadre du plan d’action national pour l’enfance(2006-2015), vise la réinsertion des " enfants de la rue " en concentrant l’action, dans une première étape sur les grandes et moyennes villes.

A Casablanca, les rondes de nuit du SAMU social se font une fois tous les deux jours. De 21 heures à 5 heures du matin, une équipe mobile de trois personnes sillonne les zones de Casa-port, le port de pêche, Place Verdun, l'Ancienne Médina, Mers Sultan, Derb Omar et le quartier Korea, à la recherche des enfants. Les soins d'urgence, ce sont de la Bétadine et des pansements pour ceux qui sont blessés, en plus de l’assistance psychosociale. Quant aux cas les plus graves, comme les fractures, les crises de bronchite ou les grandes entailles, ils sont transportés à l'hôpital”, explique Afifa Belghiti, directrice du Samu.

Alors que l'Etat et la Société civile sont tous deux impliqués dans un effort permettant d'améliorer la réalité du quotidien de ces enfants de la rue, la responsabilité incombe aux familles de fournir à leur progéniture la protection et le sentiment d'appartenance. Selon l'ONG Bayti, qui s'efforce de réintégrer les enfants dans leur famille et dans l'institution scolaire, le succès de ces tentatives est contingent, non seulement en raison d'un manque de moyens financiers, mais aussi parce qu'un vrai partenariat entre la famille, les écoles, l'Etat, les ONGs et le secteur privé, n'a pu être encore véritablement instauré.