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Aide aux sans-abri d'Alger

19/01/2007

Le SAMUSOCIAL Alger est un service mobile d'aide d'urgence qui vient en aide aux personnes sans abri et les aide à trouver un toit. Son directeur, Mustapha Alilat, a parlé de son service à Magharebia.

Texte et photos de Mohand Ouali pour Magharebia à Alger – 19/01/07

Enfants reçus par le centre du SAMUSOCIAL durant un cours de formation

A la nuit tombée, Alger resplendit de mille et une lumières. Mais la ville a aussi sa face plus noire. Cette ville, à l'apparence opulente, a de plus en plus de difficultés à cacher ses laissés-pour-compte, qui n'ont d'autre refuge que la rue. Les sans-abri sont devenus une composante quotidienne du décor urbain de la capitale algérienne. Les crises sécuritaires et économiques que l'Algérie a connues durant les années 1990 n'ont fait qu'amplifier un phénomène qui n'était jadis que marginal.

Le SAMUSOCIAL Alger tente de soulager la détresse de ces personnes vulnérables et de leur offrir une nouvelle chance de se réinsérer dans une vie normale. Magharebia a parlé avec Mustapha Alilat, le directeur du SAMUSOCIAL Alger.

Magharebia: Qu'est-ce que le SAMUSOCIAL Alger, et quelle est sa mission première ?

Alilat: Le SAMUSOCIAL Alger est un établissement public créé par la wilaya d'Alger en 1999. Ce fut le premier établissement de ce type en Algérie et en Afrique. Son objectif est de venir en aide aux plus démunis, aux personnes les plus vulnérables, aux rejetés, à ceux qui ont perdu tout espoir de retrouver un jour leur place au sein de la société. C'est un service mobile d'aide d'urgence.

Ce concept a été mis en place pour la première fois en France en 1993 par Xavier Emmanuelli. Des équipes mobiles travaillent sur le terrain, parcourant les rues pour aller à la rencontre des personnes sans abri.

Le SAMUSOCIAL est une première étape dans la recherche d'un abri pour ces gens, et contrôle leur état de santé, en procédant à des analyses médicales et psychosociales. Il fournit également un traitement et assure une surveillance de la stabilisation sociale sur le court terme, dans le cadre d'un processus global de réinsertion dans la société.

Magharebia: Qu'est-ce qui a poussé ces gens à vivre en marge de la société ?

Alilat: Les raisons de cette marginalisation peuvent être de nature diverse. Tout d'abord, il y a eu les vagues de migration successives que l'on a enregistré à Alger ces dernières années, et que la ville ne peut absorber. La grande majorité des personnes sur lesquelles nous possédons des dossiers sont venues d'autres wilayas – pour près de 90 pour cent d'entre elles. Il y a aussi les effets d'une urbanisation rapide, de la réduction de la taille des logements, conçus pour des familles sans enfants, la faillite des réseaux de soutien traditionnels, la famille ne jouant plus son rôle de soutien aux plus vulnérables (orphelins, veuves, divorcés, handicapés), l'insécurité, la crise du logement, le chômage, etc.. La capitale représente un espoir de succès social. Elle offre les conditions de l'anonymat, de l'autonomie financière, avec les avantages d'une grande ville, mais peut également se révéler un piège pour les plus démunis.

Une équipe de secours apporte de l'aide à une femme âgée

Magharebia: Comment repérez-vous les personnes qui ont besoin de cette aide d'urgence ?

Alilat: La mission d'identification est du ressort de nos patrouilles d'équipes. Ces patrouilles vont rencontrer ces personnes là où elles se trouvent. Plusieurs équipes multidisciplinaires et professionnelles patrouillent les rues d'Alger jour et nuit pour prendre contact avec les sans-abri. L'équipe d'assistance mobile (EMA) se compose d'un psychologue, d'une infirmière, d'une assistante sociale et d'un chauffeur. Au moins un membre de l'équipe est une femme, ce qui permet d'approcher plus facilement les femmes. Les équipes prennent contact avec les gens, évaluent leur situation et prennent les premières mesures de soin. Les EMA peuvent aussi être envoyées sur la base des informations fournies par des personnes ou des institutions via un simple appel téléphonique. La demande peut également émaner des personnes elles-mêmes.

Les équipes médicales mobiles sont également chargées de transporter les cas urgents à l'hôpital, de leur dispenser des soins préventifs et une couverture médicale, et de dispenser les premiers soins.

Entre janvier et novembre 2006, nos équipes mobiles ont ainsi effectué 3 450 sorties.

Magharebia: Comment assurez-vous les soins à ces personnes au sein de votre centre ?

Alilat: L'abri d'urgence du SAMUSOCIAL propose trois types de soins: le simple hébergement d'urgence, un arrangement permettant à la personne prise en charge d'échanger son abri de carton contre un vrai lit, un bain chaud, des vêtements de rechange et un repas; l'abri d'urgence avec des soins infirmiers et un soutien psychologique pour les personnes nécessitant un suivi médical; et l'accueil des cas psychiatriques.

Nous proposons aussi une zone d'activités éducatives et de loisirs, ainsi qu'un espace réservé aux enfants et aux jeunes, de 6 à 14 ans.

Magharebia: L'hiver peut être cruel pour les sans-abri. Avez-vous un programme spécial destiné à les aider durant toute la saison ?

Alilat: Naturellement, nous augmentons nos efforts pendant la saison hivernale. Nous comptons alors seize équipes, qui travaillent à tour de rôle nuit et jour, avec au moins quatre équipes en permanence sur le terrain. En matière de logement, le SAMUSOCIAL ne dispose actuellement que d'un seul centre, à Dely Brahim, qui peut acceuillir 200 personnes. En décembre, nous avons enregistré un taux d'occupation avoisinant les 130 pour cent.

De janvier à novembre 2006, nous avons reçu 2 268 personnes, dont 1 502 hommes, 626 femmes et 140 enfants. [Cette année], nous nous attendons à recevoir au moins 3 500 personnes, dont 1 950 hommes, 1 100 femmes et 450 enfants. La période durant laquelle notre travail s'intensifie va de novembre à avril. Cela représente près de 75 pour cent des cas pour lesquels nous nous engageons.

Magharebia: Quels sont les problèmes que vous rencontrez dans votre travail quotidien, dans le centre, mais aussi lors de vos patrouilles ?

Alilat: Nous travaillons avec une population très fragile. Les travailleurs sociaux doivent faire preuve de beaucoup de patience, de persévérance, de tact et de professionnalisme pour leur enseigner une nouvelle fois les règles de base de vie en société, de manière à ce qu'ils puissent faire la distinction entre le monde de la rue et le monde de la société. Cette phase de stabilisation sociale est essentielle, parce que c'est là que la personne affiche la plus grande résistance, qui peut se manifester sous forme de violence et de comportement diffcile envers elle-même, envers les autres et envers les travailleurs sociaux.

Magharebia: Travaillez-vous avec d'autres institutions ou agences qui peuvent renforcer le soutien que vous proposez ?

Alilat: Le SAMUSOCIAL est par définition un établissement qui offre une aide d'urgence; il est donc naturel que cette activité soit relayée par un travail post-urgence. Les personnes prises en charge par le SAMUSOCIAL restent entre 1 et 30 jours au centre Dely-Brahim, en fonction de leur profil psychosocial. A la fin de ce séjour, le SAMUSOCIAL les guide vers la réintégration sociale et familiale ou vers un placement institutionnel dans des centres relais, qui prennent alors en charge l'étape post-urgence de leur suivi et leur propose un soutien éducatif. Ces centres relèvent également de la wilaya d'Alger.

Mais nous rencontrons parfois des difficultés à trouver des placements, essentiellement du fait du manque de places. C'est ainsi que nous devons faire face au surpeuplement, avec des taux d'occupation record pouvant atteindre 180 pour les femmes et les enfants et 165 pour les hommes.

Mustapha Alilat

Magharebia: De quelle source de financement votre organisation dispose-t-elle ?

Alilat: Actuellement, notre unique source de financement nous vient de la wilaya d'Alger, qui couvre tous les besoins opérationnels et matériels du SAMUSOCIAL, mais nous recevons également des dons d'autres sources -- des organisations publiques et privées, des institutions et des personnes. A titre d'exemple, je peux vous dire que le dernier don, en décembre 2006, nous a été fait par son Excellence l'Ambassadeur d'Allemagne, qui a fait un don financier au SAMUSOCIAL qui nous a permis d'acheter 300 couvertures. Cette aide a tendance à s'accroître, et c'est la raison pour laquelle nous envisageons de mettre en place un réseau de soutien. Il faut se rappeler que le SAMUSOCIAL Alger est membre de l'association Samusocial International, dont le siège est à Paris et avec laquelle nous sommes liés par des accords de coopération.

Magharebia: En vous basant sur votre expérience, pensez-vous que le phénomène des sans-abri prenne de l'ampleur, comme le pensent beaucoup ?

Alilat: Non seulement ce phénomène prend de l'ampleur, mais il touche de plus en plus des couches de la population qui en étaient restées éloignées depuis longtemps. Il est urgent que toutes les agences qui travaillent dans le domaine du soutien social joignent leurs efforts pour combattre ce fléau de manière plus efficace. Une grande nation est jugée à la manière dont elle traite ses plus faibles.

Magharebia: Avez-vous des projets particuliers pour améliorer l'assistance offerte ?

Alilat: Pour ce qui concerne le SAMUSOCIAL Alger, nous envisageons de mettre en place deux structures en 2008 pour venir en aide à nos systèmes de soin généraux. D'abord, un centre d'appel et de contrôle, disposant d'un numéro gratuit disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ce numéro permettra aux individus, aux institutions et aux autres organisations de signaler une situation d'urgence sociale concernant des sans-abri.

Ensuite, l'observatoire du SAMUSOCIAL, qui sera une structure comprenant une équipe multidisciplinaire spécialisée en sociologie, psychologie, médecine, méthodes éducatives et statistiques. Elle mènera des opérations pour fournir un rapport périodique sur la population des sans-abri et lancera, si nécessaire, des études plus détaillées en partenariat avec des universités et des centres de recherche spécialisés. Mieux nous comprendrons ce phénomène, plus nous serons en mesure d'y apporter des solutions appropriées.