Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/reportage/2007/01/12/reportage-01

Un journaliste tunisien parle de son expérience aux Etats-Unis

12/01/2007

Le journaliste tunisien Hmida Ben Romdhane a passé deux mois aux Etats-Unis, où il a suivi un cours à la Northwestern University et appris les techniques du journalisme en ligne au Washington Post.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 12/01/07

[Avec l'autorisation de Hmida Ben Romdhane] Le journaliste tunisien Hmida Ben Romdhane a passé un mois au Washington Post.

Le directeur du service international du quotidien tunisien La Presse, Hmida Ben Romdhane, a terminé un stage de formation de deux mois aux Etats-Unis. Avec une dizaine d'autres journalistes arabes, il avait été invité par l'International Research Exchange (IREX), une ONG américaine, dans le cadre d'un programme intitulé "Emerging Leaders Fellowship".

Il a passé un mois à la Northwestern University, et un mois au Washington Post.

Magharebia: Décrivez-nous cette formation.

Hmida Ben Romdhane: Je suis resté aux Etats-Unis du 4 octobre au 4 décembre 2006. L'IREX avait invité une douzaine de journalistes, responsables de marketing, et éditeurs en chefs de journaux originaires de plusieurs pays arabes, dont la Tunisie et le Maroc, pour leur permettre d'aiguiser leurs compétences en management.

La formation s'est faite en deux étapes, avec un stage théorique d'un mois, dans le cadre de cours intensifs à la Northwestern University, dans la banlieue de Chicago. C’était des cours très intéressants donnés par des professeurs américains de grand renom. Ces cours avaient pour objet d’explorer les meilleurs moyens de gérer une entreprise sans enregistrer de pertes, même pendant les périodes budgétaire les plus délicates.

Mais le plus intéressant, ce fut le stage dans le cadre du washingtonpost.com, le journal en ligne du Washington Post. J’ai eu plus de chance que les autres participants, car j’ai été le seul à avoir été accepté à passer un mois dans la salle de rédaction de l’un des plus grands journaux des Etats-Unis et du monde. Mes autres collègues ont été envoyés dans des journaux de province très peu connus en dehors de la ville où ils sont publiés.

Magharebia: Comment s’est déroulé votre stage au Washington Post ?

Ben Romdhane: J'ai beaucoup appris en matière de journalisme online, dans la mesure où j’ai pu apprendre les techniques du journalisme électronique, principalement la mise à jour continue.

Le journal électronique du Washington Post fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Le service de nuit est réduit, sauf en cas d'événement majeur. Si l'information tombe à trois heures du matin, heure de Washington, elle est publiée dans les minutes qui suivent. L’équipe qui travaille la nuit est équipée des moyens nécessaires pour suivre étroitement l’actualité dans le monde.

Parfois, l’information est retenue volontairement et n’est publiée que le lendemain, après la parution du journal en papier. Un scoop n’est pas publié immédiatement sur le journal électronique pour éviter que les concurrents ne le reprennent. L’information doit paraître en exclusivité sur le journal avant d’être reprise par le journal électronique.

Magharebia: Comment sont les journalistes du Washington Post ?

Ben Romdhane: Ils se comptent par centaines. Je ne les ai pas tous connus, mais j’ai eu l’occasion de discuter et de travailler avec beaucoup d’entre eux. J’ai développé une relation d’amitié avec le rédacteur en chef adjoint, Russ Walker, qui m’a même invité chez lui pour célébrer Thanksgiving avec sa famille.

Mais celui qui m'a le plus marqué, c'est Tom Ricks, le correspondant militaire du journal. Il écrit beaucoup sur l’Irak et l’Afghanistan. Tom est un personnage très intéressant. Il connait l’histoire de la Tunisie, les Guerres puniques entre Rome et Carthage, Caton et Hannibal, le débarquement des soldats américains en Tunisie en 1942 et leurs exploits contre les soldats allemands à Kasserine.

Magharebia: Votre séjour aux Etats-Unis a-t-il changé le regard que vous portez sur le journalisme américain ?

Ben Romdhane: En fait, c’est mon troisième séjour aux Etats-Unis (1988, 2002 et 2006), et chaque fois, ma connaissance du monde américain s’enrichit.

Les journaux américains disposent d’une marge de liberté substantielle en temps normal. Pendant les grandes crises, les journaux s’alignent sur les positions officielles du gouvernement. Lors de mes discussions avec des Américains, journalistes, hommes politiques et simples citoyens, j’ai été frappé par l’image négative qu’ils ont de la Tunisie et du journalisme chez nous. La question qui revient souvent est: pourquoi les journalistes tunisiens sont-ils si inhibés et pourquoi acceptent-ils autant de censure de la part du pouvoir ? Ma réponse est que s’il est vrai qu’en Tunisie nous n’avons pas la meilleure presse au monde, il n’en est pas moins vrai que par temps de crises, les journalistes américains sont aussi prompts à se mettre au garde à vous face au pouvoir.

Magharebia: Vous avez beaucoup voyagé au Moyen Orient, vous connaissez très bien la région. Avez-vous utilisé ces connaissances lors de votre séjours aux Etats-Unis ?

Ben Romdhane: J’ai visité une quarantaine de pays. J’ai séjourné pendant deux ans en Irak, un an en Palestine et six mois en Iran dans le cadre de mon travail humanitaire avec le Comité International de la Croix Rouge (CICR). Cela m'a effectivement aidé à mieux connaître les problèmes qui affectent le Moyen-Orient.

L’idée était de faire de ce stage une occasion pour moi d’apprendre, mais aussi une occasion pour eux d’apprendre de ma modeste expérience. Ils ne se sont pas privés de me poser des centaines de questions, et, de mon côté, je ne me suis pas privé d’apprendre d’eux. D'autant plus que ce stage coïncidait avec les élections législatives du 7 novembre.

Je suis même parti sur le terrain avec une équipe du Washington Post pour couvrir la campagne électorale du candidat au poste de sénateur de Virginie, Jim Webb, qui l’a emporté sur son rival républicain, George Allen. Ce fut une expérience intéressante, qui m’a permis de voir concrètement comment un grand journal américain couvre un grand événement national.

Magharebia: Avez-vous fait profiter vos collègues de votre expérience aux Etats-Unis ?

Ben Romdhane: Oui effectivement. J'en ai parlé à mes nombreux collègues. J’ai répondu à leurs questions. Et ça continue. Des collègues de l’Association des Journalistes Tunisiens m’ont demandé d’organiser une petite conférence pour leur parler de la presse américaine. Cela donnera l'occasion à plus de journalistes de poser des questions sur l’Amérique en général et la presse américaine en particulier.