Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/reportage/2006/10/27/reportage-01

Ramassage et tri des plastiques, source de petits revenus pour les enfants tunisiens et contribution à la protection de l'environnement

27/10/2006

Les enfants pauvres de Tunisie mettent à profit un programme gouvernemental d'assainissement de l'environnement. Ils débarrassent les bennes à ordures et les ruelles des déchets de plastique, qu'ils amènent ensuite à un collecteur, pour une petite rétribution hebdomadaire.

Par Jamel Arfaoui pour Maghrebia à Tunis -- 27/10/06

[File] Les petits Tunisiens profitent du programme gouvernemental de nettoyage

L'an dernier, l'Agence nationale tunisienne de protection de l'environnement a lancé un plan national visant à sensibiliser la population à l'importance de la préservation de l'environnement, au recyclage et au traitement des déchets plastiques, à la consommation et à la pollution.

Un plan spécifique de lutte contre les déchets plastiques avait été mis en place aux termes de la Déclaration de 2005 (Année nationale de la lutte contre la pollution par les déchets plastiques en Tunisie).

Les jeunes enfants défavorisés profitent de cette opportunité pour gagner quelques sous.

Chaque matin, les enfants des bidonvilles locaux ramassent les matériaux plastiques dans les bennes à ordures. Ils doivent parfois les disputer à des animaux et sont poursuivis par un gardien que gênent leurs cris et leurs disputes lorsqu'ils inspectent les bennes à ordures dans les arrières-cours des magasins et des restaurants.

Bilal, Aymen, Jamel, Munji et Mutaz se rassemblent souvent tôt le matin devant le café Hajj Boubakr, dans les quartiers pauvres du quartier Khemis de Tunis, situé en bordure du quartier résidentiel de Gazala, où logent quelques hauts responsables gouvernementaux. Leur lieu de rendez-vous n'est qu'à quelques mètres de la résidence du ministre de l'Enfance, Salwa Ayachi Labben, farouche défenseur des droits des femmes et des enfants.

Bilal Othmani, un graçon de 12 ans, a raconté leur journée à Magharebia.

"Nous nous retrouvons comme ça [tous ensemble] pour un moment, pour affronter les chiens errants qui nous empêchent de travailler. Après les avoir chassés, nous nous séparons, et c'est chacun pour soi."

Mains nues et visages exposés aux ordures, les enfants procèdent au tri en quelques minutes.

Ils se dépêchent pour finir avant 10 heures, heure à laquelle les camions de la ville passent pour vider les bennes.

Après avoir trié les bennes, les enfants s'éparpillent dans différentes directions pour aller inspecter les ruelles, les arrières-cours des cafés et des restaurants. La tâche devient de plus en plus ardue au fur et à mesure que les sacs bleus se remplissent et deviennent plus lourds, jusqu'à ce que certains enfants soient à peine visibles sous leurs sacs.

Aymen Daridi raconte: "Plus les sacs sont lourds, plus je suis content, parce que ça veut dire que la récolte a été bonne. Je ne suis pas fatigué, je m'y suis habitué."

"Chacun de nous a sa spécialité. La mienne, c'est les articles de plastique lourds, comme l'électroménager. Mutaz ramasse les capsules de bouteilles. Les autres, les bouteilles d'eau minérale et de soda. Les bouteilles de lait, on les met à part, on ne les utilise que si c'est nécessaire, parce qu'elles sont extrêmement sales", explique Aymen.

[File] Les bouteilles de plastiques remplissent vite les sacs, mais leur poids est léger.

La collecte des capsules de bouteille est ce qu'il y a de plus rentable, parce qu'un sac peut en contenir plus de dix kilos. Les bouteilles le remplissent vite, et ne pèsent pas plus de trois kilos. Un kilo de plastique usagé est acheté trois dinars.

Kamal Ayari indique que le meilleur poids quotidien qu'il ait porté depuis qu'il a commencé à travailler est de six kilos.

Quand on lui demande s'il ramasse le plastique pour protéger l'environnement ou pour se faire un peu d'argent, Bilal répond: "C'est pour protéger nos poches de la pauvreté. Nous ne recevons rien de nos familles, comme d'autres enfants le font."

Son ami Mutaz, âgé de 14 ans, ajoute: "Je sais que le plastique est l'un des ennemis de la mer et des zones vertes, notre professeur nous l'avait dit l'année dernière."

"Oncle" Shazli Assaghir, un retraité, appelle ces enfants, en plaisantant, les "sacs qui marchent". Il les observe chaque matin et les encourage à "s'habituer à subvenir à leurs propres besoins, plutôt que de passer leur temps à se chamailler dans les rues, qui sont devenues plus propres grâce à leur travail".

Les enfants, âgés de 9 à 14 ans, vendent ce qu'ils ramassent à un site de collecte de plastique situé au centre de leur quartier pauvre.

Le propriétaire de ce centre de collecte, Samir Shandoul, donne chaque jour aux enfants un reçu précisant la quantité ramassée par chacun d'entre eux.

Le samedi soir, il les attend, une calculatrice à la main, pour leur payer ce qu'ils ont ramassé pendant la semaine.

"Au début, je les payais chaque jour, mais j'ai remarqué qu'ils dépensaient les quelques sous qu'ils gagnaient -- entre 1,8 et 3 dinars -- pour s'acheter des bâtonnets de glace et des boissons fraîches, ou aller dans des cybercafés. Quand j'ai commencé à les payer chaque semaine, la somme d'argent plus importante qu'ils gagnent les encourage à économiser", indique-t-il.

Bilal est fier d'avoir acheté de nouveaux vêtements avec l'argent qu'il a gagné, et les autres enfants disent avoir acheté des fournitures scolaires. La plupart de leurs parents sont des travailleurs, heureux de voir leurs enfants prendre soin d'eux-mêmes, comme l'affirme la mère de Munji, venue en personne chercher le petit salaire de son fils.

Shandoul a dit à Magharebia que le site avait ramassé 13 tonnes de déchets plastiques dans une zone comptant à peine 20 000 habitants durant les mois de juillet et août.

Après avoir lancé le projet début juin, il a connu quelques difficultés lorsque les enfants sont retournés à l'école. Il a dû leur trouver des remplaçants parmi les jeunes chômeurs, qui souhaitent un salaire plus élevé.

"Il est difficile de les remplacer. Ces enfants se distinguent par leur sérieux et leur innocence", souligne-t-il.

Selon l'Agence nationale de protection de l'environnement, les Tunisiens produisent chaque année quelque 800 000 tonnes de déchets ménagers, 320 000 tonnes de déchets industriels, 50 000 tonnes de déchets d'emballage, et 15 000 tonnes de déchets hospitaliers.