06/10/2006
Durant le ramadan, certaines femmes de Casablanca gagnent pas mal d'argent en vendant des produits traditionnels faits maison, comme des rghaif (crêpes). Elles rendent ainsi service aux femmes qui travaillent, trop occupées pour cuisiner après toute une journée passée au bureau.
Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 06/10/06
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A deux heures de l'après midi, au premier jour du ramadan, Amina, 16 ans, est assise sur un large trottoir d'une rue de Casablanca, avec un panier rempli de rghaif (crêpes) devant elle. D'autres femmes sont regroupées à côté d'elle, chacune proposant des grandes quantités de friandises que les femmes qui travaillent n'ont généralement pas le temps de préparer elles-mêmes.
Maarif, un quartier commercial du centre de Casablanca, se transforme en marché ouvert pendant le mois saint du ramadan, sur lequel de nombreuses ménagères, après presqu'un an d'attente, se transforment en marchandes occasionnelles. Elles excellent dans la préparation de rghaif, baghrir et batbout.
Les Rghaif sont un produit très demandé chez ces commerçantes saisonnières, car la plupart des magasins et des boulangeries ne peuvent satisfaire une énorme demande.
Pendant la journée, alors que le marché n'est pas encore noir de monde, Amina explique à Magharebia: "En fait, j'aide ma mère, qui ne peut plus vendre dans la rue. Mais dès le matin, elle prépare tout ça à la maison, pour que je l'emmène au marché. C'est ensuite à moi de ne pas rentrer à la maison avec de la marchandise en reste. [Rires] Mais bien sûr, cela ne se produit jamais, parce que les clients aiment tout ce que prépare ma mère."
Amina a arrêté ses études après l'école primaire pour aider à l'entretien de la famille.
"Notre situation sociale ne me permet pas d'aller à l'école. Mon père ne vit pas avec nous et mes trois soeurs sont encore jeunes; ma mère et moi essayons donc de leur épargner ce travail saisonnier. Cela nous suffit pour plusieurs mois, mais nous ne pouvons compter que sur ça. Ma mère vend aussi ces pains et d'autres gâteaux en-dehors du ramadan."
Ces vendeuses se retrouvent sur tous les marchés locaux de Casablanca et de plusieurs autres villes. Le marché de Bab Marrakech, dans la vieille ville, le marché Hafarin et Garage Allal à Derb Sultan sont remplis de familles modestes qui subviennent à leurs propres besoins.
Chaque jour à dix heures du matin, Fatina Muduni commence à préparer ses paniers, qu'elle doit ensuite porter au marché avant treize heures. Elle admet que son commerce est prospère pendant cette période de l'année, lorsque la demande en produits tout préparés est importante.
Mudini affirme admirer les femmes qui doivent préparer le ftour après une journée au travail.
Le fait que les femmes soient de plus en plus nombreuses à travailler à permis de multiplier ce genre d'activité. Les rghaif vendus par ces marchandes des rues coûtent bien moins cher que ceux que l'on trouve dans les boulangeries.
Avec l'augmentation du prix de produits de base comme l'huile, le sucre et le beurre, les magasins ont augmenté les prix de leurs rghaif. Les vendeuses conservent leur clientèle en affichant les mêmes prix que l'an passé.
"Nous permettons aux femmes qui travaillent d'avoir moins de choses à faire et préparons pour elles ce qui ornera leur table. Je suis reconnaissante envers les nombreuses femmes qui commandent à l'avance ce dont elles auront besoin pour leurs invités", déclare Muduni.
"Le gain ? Il est important, grâce à Dieu. Mais il varie d'un jour à l'autre", continue-t-elle, estimant qu'elle gagne entre 100 et 150 dirhams les bons jours.
Mais toutes ne connaissent pas le même succès que Muduni.
Pour Khadija Amari, le profit est plus modeste. Elle aimerait venir plus tôt au marché chaque jour, mais elle doit s'occuper de son mari qui est malade. Elle ne peut donc pas partir assez tôt pour le marché et sa recette est assez irrégulière.
Les jeunes saisissent aussi cette occasion. Certaines dressent des tables à la porte des cafés, fermés durant la journée, pour offrir du shabakia, une friandise marocaine très appréciée pendant le ramadan, des feuilles de bastilla et d'autres produits encore, comme des dattes et des oeufs.
Ces vendeuses des rues doivent s'accommoder des autorités locales, car la loi marocaine interdit la vente itinérante. Elles sont donc soumises au harcèlement de la mkhaznia, des policiers appartenant aux brigades locales, qui, parfois, les chassent.
"Elles [les vendeuses des rues] créent une sorte de chaos et gênent les déplacements des piétons et la circulation. De même, elles font l'objet de nombreuses plaintes de la part des propriétaires de magasins, qui sont en général cachés à la vue des passants", déclare un policier de la brigade urbaine accompagnant une patrouille de sécurité chargée de traquer ces vendeuses.
Mais durant le ramadan, ces brigades ont toutefois tendance à faire preuve de compréhension, au vu de la situation sociale que connaissent la majorité des familles pratiquant ce type d'activité saisonnière.
Idris, une vendeuse, se rappelle: "Avant le ramadan, nous étions engagées dans une lutte quotidienne avec les autorités, qui nous pourchassaient lorsque nous poussions nos charrettes d'une ruelle à l'autre."
Rien n'entame la détermination des vendeuses à préparer des rghaif et à aller les vendre dans la rue. Même si leur marchandise est confisquée, elles y reviennent le jour suivant.
Lorsque leurs charrettes sont saisies, les marchandises se gâtent et les vendeuses des rues sont détenues pendant des heures au commissariat de quartier.
"C'est un moyen pour nous de ne compter que sur nous-mêmes et sur nos talents de pâtissières, plutôt que de faire la manche ou de proposer des services ménagers. Nous sommes conscientes que les femmes comme nous sont celles qui ont besoin de nos services, bien que nous comptions de nombreux hommes parmi nos clients", indique Amina.
Elle affirme que la propreté de son étale est très appréciée des clients, notant que les grosses machines utilisées par les boulangeries ou les grands magasins sont souvent douteuses en termes de propreté et de qualité des produitrs et ingrédients utilisés pour faire les rghaif.
Une cliente affirme que les produits vendus par les boulangeries n'a rien à voir avec le manière traditionnelle de préparer les rghaif, shabakia et les autres friandises.