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Les bloggeurs marocains créent leur première association

30/04/2009

Les bloggeurs du Maroc ont créé une nouvelle association pour assurer une représentation légale en cas de problème et mettre en place des règles et une déontologie claires.

Entretien par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 30/04/09

[Imane Belhaj] Le bloggeur Said Benjebli a été nommé président de l'Association des Bloggeurs marocains.

Les bloggeurs du Maroc ont constitué l'Association des Bloggeurs marocains en début de mois, lors d'une conférence organisée à Rabat. L'objectif de cette association, expliquent-ils, est de venir en aide aux médias en ligne et de promouvoir une plus forte implication dans la formation et l'éducation.

Said Benjebli, auteur du blog Tahiya Nedaliya, a été élu président de cette nouvelle association. Il a expliqué que son objectif sera de défendre les droits des bloggeurs et des internautes et de promouvoir les principes des libertés publiques et des droits de l'Homme.

Benjebli a récemment parlé à Magharebia des raisons et des objectifs à l'origine de la création de cette nouvelle association, et de l'avenir des blogs au Maroc.

Magharebia: Vous venez de refermer les portes de votre première conférence ; pouvez-vous nous parler de la manière dont elle s'est déroulée ?

Said Benjebli: Cette conférence a été un succès total ; plus de soixante bloggeurs marocains issus de divers horizons intellectuels et politiques y ont participé, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, qui ont présenté leurs propositions et leurs nominations, puis voté en toute transparence et de manière très démocratique. Bien que cette conférence ait manqué d'une ambiance récréative en raison de nos moyens limités, un consensus s'est manifesté parmi les participants sur le fait qu'elle a été un succès et un événement très important.

Magharebia: Quelles sont les raisons qui sous-tendent la création de cette association ?

Benjebli: Le phénomène des blogs s'est imposé de lui-même dans les médias comme une forme de journalisme populaire, et dans le domaine de la littérature comme une forme d'art indépendante. Il a ouvert de nouveaux horizons pour l'action politique et les droits de l'Homme de manière extrêmement rapide. Il a également été à l'origine d'une véritable explosion dans la propagation et l'échange de connaissances. Nous avons donc voulu constituer une association marocaine des bloggeurs, qui bénéficie désormais d'une place particulière sur la scène arabe, pour qu'elle soit un outil qui parle au nom des bloggeurs et traite de leurs préoccupations et de leurs problèmes. Nous préparions cette rencontre depuis deux ans, et l'idée avait connu plusieurs stades. L'objectif de représentation des bloggeurs et de défense de leurs droits s'est développée. Nous nous attachons désormais à une autre priorité, la formation et la qualification des bloggeurs. Et nous cherchons par ailleurs à intégrer le phénomène des blogs dans tous les champs d'activité comme facteur de développement et de progrès qui ne serve pas que la politique et les droits.

Magharebia: Pensez-vous que les blogs du Maroc sont suffisamment mûrs pour être une plateforme de tolérance, à laquelle tous peuvent participer ?

Benjebli: D'une manière générale, les blogs ont la possibilité de jouer un rôle majeur au Maroc. Mais nous sommes aujourd'hui confrontés à un défi majeur. Au vu de la diversité des cultures, des inclinations et des idées des bloggeurs, mélange d'intellectuels et de personnes à demi-lettrées, d'enseignants et d'étudiants, de conservateurs et de progressistes, de responsables politiques et d'adolescents, nous devons aujourd'hui comprendre la liberté que ce phénomène nous apporte. C'est un gain que nous devons conserver, tout en évitant parallèlement toute mauvaise utilisation de cet outil et en veillant à ce qu'il ne cause aucun tort aux autres. Nous sommes donc sur le point de rédiger ce que nous appelons un "Code d'éthique des blogs et des médias citoyens", qui traite des droits et des responsabilités des bloggeurs, et adopte une approche visant à préserver la liberté d'opinion tout en endossant une grande responsabilité vis-à-vis de la société et de l'opinion publique. Nous avons reporté la ratification de ce document, en attendant de clore le débat en profondeur, en impliquant toutes les parties concernées.

Magharebia: Dans quelle mesure le phénomène des blogs peut-il contribuer à la création d'un dialogue constructif, au rejet de la violence et de l'extrémisme et à la propagation des idées de tolérance ?

Benjebli: Les bloggeurs sont avant tout des gens de culture. Le blogging est une culture et une industrie moderne qui peut réussir ce que les anciennes industries ont échoué à faire en matière de promotion de la culture du dialogue, du respect mutuel et de la coopération sur les questions communes. Cela est dû au fait que le blogging se pratique dans une sphère virtuelle qui transcende nombre de barrières d'influence dans le monde réel. Et également au fait que le blogging a été créé par des personnes indépendantes dont la seule préoccupation est de trouver un espace d'expression de leurs idées. Par conséquent, les blogging a une dimension humaine qui est plus importante que les moyens ordinaires d'expression qui reflètent les opinions dans une langue rigide et inflexible, qui n'a plus cours chez les lecteurs.

Magharebia: Combien existe-t-il de bloggeurs marocains et combien sont membres de votre association ?

Benjebli: Il existe plus de 30 000 blogs en langue arabe, et un très grand nombre de blogs en français, sans parler des espaces personnels sur les réseaux sociaux, dont certains s'apparentent de très près à des blogs. Quant à notre association, elle compte aujourd'hui 500 bloggeurs. Je pense toutefois que ce nombre va continuer de croître après le succès de cette conférence et après que nous aurons été reconnus au plan légal. Les bénéficiaires des activités que nous organisons dépasseront quant à eux le nombre de nos adhérents.

Magharebia: Quelles sont les limites de vos interventions visant à protéger les bloggeurs contre les poursuites légales ?

Benjebli: Nous travaillons sur deux fronts : le premier est la prévention, par la mise à disposition d'une formation aux droits et aux principes de base du journalisme et de la publication. Ensuite, lorsque des bloggeurs feront l'objet de harcèlements par suite de leurs opinions, nous leur apporterons aide et soutien face aux autorités et devant les tribunaux. Nous leur fournirons l'aide juridique nécessaire en coordination avec les autres associations de défense des droits de l'Homme et les avocats. Nous essayons également de contribuer à finaliser une loi qui organise la pratique du blogging de manière à protéger la liberté d'expression et à assurer la protection des bloggeurs fcae à des sanctions injustes.

Magharebia: Il semble que quiconque souhaite créer un blog puisse le faire sans conditions. Quels sont les critères d'acceptation des bloggeurs au sein de votre association ?

Benjebli: Notre association est ouverte à tous les bloggeurs. Nous n'excluons personne du fait de ses opinions ou de ses tendances politiques, religieuses, ethniques et linguistiques. Nous n'acceptons toutefois pas ceux qui utiliseraient leurs blogs pour des activités criminelles ou frauduleuses, ceux qui incitent à la violence ou au racisme, ou ceux qui portent atteinte à une quelconque religion. Nous n'acceptons pas non plus les "bloggeurs virtuels", ceux qui souhaitent cacher leur identité aux yeux des autres, y compris au bureau de notre association. Cela est dû au fait que nous sommes une association légale et non un réseau virtuel.

Magharebia: Selon vous, quelles sont les lignes rouges que les bloggeurs ne doivent pas franchir ?

Benjebli: Un crime reste un crime, quels que soient ses moyens et les multiples formes qu'il peut prendre : atteinte aux mineurs, tricherie, fraude, charlatanerie, vol d'informations, menaces, extorsion, publication d'informations sensibles et personnelles, publication de fausses informations destinées à causer du tort aux autres, propagation de rumeurs, et autres crimes électroniques. De plus, la mobilisation sectaire, l'incitation à la violence, le terrorisme, le racisme et la haine, et le détournement de moyens de publication sont des actes qui vont à l'encontre de l'éthique des bloggeurs, qui sont supposés être des citoyens responsables.