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Des intellectuels débattent de l'ijtihad, de la démocratie et des droits de l'Homme

20/01/2009

Les participants à un colloque organisé en Tunisie ont discuté des moyens d'équilibrer religion et vision contemporaine des droits de l'Homme et de la démocratie.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 20/01/09

[Jamel Arfaoui] Le président de l'IADH Taieb Baccouche a suggéré d'utiliser l'Islam pour inciter au changement en matière de droits de l'Homme et de démocratie.

Des chercheurs du Maghreb, de Turquie et des Etats-Unis ont conclu samedi 17 janvier un colloque de deux jours à Tunis. Cette conférence, organisée par l'Institut Arabe des Droits de l'Homme (IADH), s'est penchée sur trois sujets : l'ijtihad, les droits de l'Homme et la démocratie.

A l'ouverture de ce colloque, le président de l'IADH Taieb Baccouche a soulevé la question de l'identité dans la région. Il a expliqué que la désignation arabo-musulmane, souvent utilisée pour décrire l'Afrique du Nord, ignore les composantes amazighe, copte, et d'autres habitants de la région.

Sur le sujet de l'ijtihad – l'interprétation islamique –, M. Baccouche s'est interrogé sur le point de savoir s'il était possible de mettre en place un mécanisme lui permettant de mieux répondre aux exigences des droits de l'Homme et de la démocratie.

"Les peuples arabes et musulmans ont souffert de l'oppression pendant de nombreux siècles, bien que l'Islam appelle à la justice et à l'égalité", a affirmé Radhouane Masmoudi, le président du Centre d'Etudes Islamiques et Démocratiques de Washington, aux USA. "Aujourd'hui, les Musulmans souffrent de régimes qui... considèrent la critique comme un délit punissable par la loi."

Les régimes arabes, a-t-il poursuivi, utilisent l'interprétation des textes religieux pour garantir une totale obédience. En conséquence, il serait impossible de mettre en place la démocratie, "à moins que la majorité des peuples ne soient convaincus qu'il n'existe aucun conflit entre démocratie et Islam".

Selon M. Masmoudi, l'ijtihad et la modernisation peuvent assurer la dignité humaine et la liberté de religion dont il est fait mention dans le Coran : "Dis : «La Vérité émane de votre Seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra !»". [Sourate Al Kahf (Cave), verset 29].

"Les laïcs du monde arabe commettent une erreur lorsqu'ils ignorent la composante religieuse", a-t-il expliqué. "Les islamistes sont également dans l'erreur lorsqu'ils rejettent l'ijtihad, le développement social et la défense des libertés comme un devoir religieux, au même titre que les prières et l'aumône."

Amrou Hamzaoui, chercheur à la Fondation Carnegie for International Peace, a souligné dans sa présentation ce qu'il considère comme une contradiction entre les approches des islamistes et des laïcs en l'absence de compromis. "Les termes utilisés par les laïcs et les islamistes montrent l'étendue du fossé existant entre les deux parties", a-t-il expliqué.

Le politologue syrien Abdallah Torkmani s'est dit partisan d'examiner les moyens utilisés par l'Occident pour résoudre le dilemme entre religion et démocratie. "Comment la région arabe, où la religion joue un rôle essentiel, peut-elle avancer sur la voie de la démocratie ?", a-t-il demandé. "Et comment peut-elle convaincre les peuples ?"

Selon M. Torkmani, une rencontre entre laïcs et islamistes est inévitable. "Dans le passé, les mouvements de libération nationale ont mené leurs luttes sous le slogan 'la religion pour Dieu, la patrie pour tous'. Il en va autrement aujourd'hui."

Jamila Mousli, députée au parlement marocain et membre du Parti pour la Justice et le Développement, d'obédience islamiste, a affirmé que l'Islam, n'est pas en contradiction avec l'égalité telle qu'elle est définie dans les conventions contemporaines sur les droits de l'Homme.

"Mais nous rejetons l'utilisation de l'égalité d'une manière automatique", a-t-elle expliqué. "Les conventions internationales permettent à chaque pays d'émettre des réserves sur les articles qui ne répondent pas aux spécificités culturelles de chaque pays ni à la nature de sa société."

Les participants sont convenus qu'un examen en profondeur est nécessaire sur les questions centrales soulevées lors de ce colloque concernant la religion et les droits de l'Homme. Pour Mme Mousli, un changement prenant en compte les deux aspects des choses est possible.

"Le Code de la famille au Maroc, par exemple, se fonde sur une référence religieuse, avec une approche nouvelle et ouverte traitant des questions familiales", a-t-elle conclu.