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La Kabylie célèbre Yennayer

12/01/2009

Les habitants de la Kabylie, ainsi que d'autres Algériens, célèbrent Yennayer de manière plus ou moins traditionnelle.

Par Kaci Racelma pour Magharebia à Alger – 12/01/09

[Kaci Racelma] De nombreux enfants amazighs reçoivent des jouets ou portent des masques lors des célébrations traditionnelles de Yennayer.

Chaque année, la communauté amazighe algérienne célèbre Yennayer, le premier jour du calendrier agricole utilisé par les Amazighs depuis la nuit des temps. Cette date correspond au 12 janvier dans le calendrier grégorien.

En Kabylie, Yennayer est un jour de congé, même s'il n'est pas reconnu comme tel par les autorités du pays. Depuis le printemps amazigh d'avril 1980, le Mouvement Culturel Amazigh (MCA), qui milite pour la reconnaissance de la culture kabyle, demande que ce jour soit un jour férié dans toute l'Algérie. Mais cette demande est jusqu'à présent restée sans réponse.

En Kabylie, Yennayer 2959 [dans le calendrier amazigh] est célébré avec toute l'importance qu'il se doit. C'est un jour spécial, marqué par de plantureux repas et des rites symboliques. Dans chaque village, les chefs de famille sacrifient un coq pour l'occasion.

Des plats traditionnels, qui varient d'une région à l'autre, sont préparés. Pour les Kabyles, c'est souvent du couscous avec de la viande séchée (aqedidh), partagé par toute la famille.

Si les enfants refusent de manger, de vieilles femmes les menacent avec des histoires surnaturelles, comme celle de l'ogresse (Tarayel) qui viendra leur ouvrir le ventre et le remplir de nourriture.

Nna Zahra, 90 ans, qui vit dans la région de Yakourène, a raconté à Magharebia que "celui ou celle qui ne mange pas à sa faim ce jour ne sera pas rassasié durant toute l’année", ajoutant que "il en est de même pour l’humeur, car chaque individu doit être de bonne humeur pour éviter d’être triste durant toute l’année."

Autour d’un grand couscous, plat traditionnel et rituel, figurent en bonne place les cuillères ou les assiettes des absents : les fils en exil ou les filles mariées. Les enfants reçoivent de nouveaux vêtements en signe de joie et de fête.

Pour de nombreuses familles kabyles, le premier Yennayer suivant la naissance d'un garçon est un moment très important. Le père effectue la première coupe de cheveux du nouveau-né et marque l’événement par l’achat d’une tête de boeuf. Ce rite, continue-t-on de croire, augure les responsabilités futures de l’enfant.

Yennayer, dont le nom vient de Yiwen wayour (le premier jour du mois), continue de résister à l'épreuve du temps et perpétue une tradition ancestrale qui se transmet de génération en génération.

"Il n’y a pas une grande différence entre la manière dont on fêtait ce mois dans le passé et aujourd’hui", explique Ouardia Beddek, une femme d'environ quatre-vingts ans habitant dans la région des Ouadhias, dans la province de Tizi-Ouzou.

"La différence réside dans les moyens", ajoute-t-elle. "Dans le passé, on faisait la cuisson sur le feu de bois, alors qu’aujourd’hui, on le fait sur du gaz. Les jouets pour enfants aussi sont concernés par ce changement puisque dans le passé, c’était les parents qui les fabriquaient eux-mêmes."

La propreté est également une partie importante de la tradition. La veille de Yennayer, la maîtresse de maison nettoie tous les coins et recoins de la maison.

Saïd Chemakh, sociologue et professeur à l'Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, explique que Yennayer est "un rite paysan et agraire qui existe depuis l’antiquité. Depuis les années 1970, l’académie berbère l’a folklorisé et l’attribue au roi berbère Chachnak qui, dit-on, aurait vaincu [Ramses III]." "Yennayer", ajoute-t-il, "est célébré même dans les régions arabophones comme Tlemcen et Tissemsilt, où la fête du masque est toujours d’actualité."

Les masques symbolisent le retour des invisibles sur terre.

En Kabylie, dans l’ancien temps, les enfants se déguisaient avec des masques qu'ils avaient fabriqués eux-mêmes et parcouraient les ruelles du village sous le regard bienveillant de veilles femmes qui les bénissaient.

Aujourd'hui, les gens le célèbrent de manière différente, comme le concours de beauté Miss Kabylie à Tizi-Ouzou, ou la conférence et les expositions organisées à Bejaïa, à côté de films et de productions théâtrales.