12/01/2009
Aux termes d'un récent décret, le gouvernement marocain apportera une aide financière aux musiciens et aux compositeurs de musique marocaine.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 12/01/08
![]() [File] Les artistes marocains bénéficieront prochainement de subventions gouvernementales, a déclaré le ministre de la Culture, Touriya Jabrane. |
L'industrie musicale marocaine devrait bientôt bénéficier d'une aide gouvernementale. Le gouvernement a en effet décidé jeudi 8 janvier d'accorder une aide financière aux compositeurs marocains.
Lors du conseil des ministres hebdomadaire, Touriya Jabrane, ministre de la Culture, a affirmé que cette mesure visait à venir en aide aux chanteurs, aux compositeurs, aux paroliers, aux distributeurs, aux musiciens, et à promouvoir la chanson marocaine.
Mme Jabrane a expliqué que la loi sera préparée en concertation avec les artistes marocains, pour définir des critères spécifiques au type d'aide accordée. Un comité sera par ailleurs mis en place pour examiner les demandes. Chaque année, une quinzaine de projets devraient bénéficier de cette aide, dans une limite maximale de 300 000 dirhams.
Cette initiative vient en réponse aux appels à l'aide lancés par les professionnels de la musique. Aux termes de ce décret, toutes les catégories de musiciens seront éligibles à des subventions pour les aider dans leur travail. La mesure concerne deux aspects de la musique : l'écriture et la production, et la promotion de l'industrie musicale nationale.
La mesure a été saluée par les musiciens. Ahmed Alaoui, président du Syndicat marocain des professions musicales, a affirmé qu'il était grand temps que le gouvernement accorde une attention à un secteur longtemps négligé. Il a souligné que les responsables devaient également lutter contre le piratage, pour garantir les droits des artistes.
Au cours des dernières années, de nombreux artistes ont fait part de leurs préoccupations quant à l'impact du piratage sur leurs revenus. "Si on ne met pas un terme au piratage, il n’y aura plus personne pour faire des chansons au Maroc au cours des prochaines années", a affirmé le chanteur-compositeur Malek.
D'autres artistes, parmi lesquels la chanteuse Hayat Al Idrissi, estiment que le plus gros problème auquel se trouvent confrontés les chanteurs est celui de la distribution, car le marché marocain manque d'un distribueur capable de promouvoir les chansons à l'étranger.
Pour le critique artistique Mohamed Ibrahimi, le ministère de la Culture est en partie responsable de la détérioration de l'industrie de la chanson marocaine, dans la mesure où il a organisé un grand nombre de festivals culturels internationaux favorisant les cultures étrangères. Il estime également que le quota de diffusion de chansons marocaines sur les chaînes publiques ne dépasse pas cinq pour cent.
"Le public est tout le temps exposé à des chansons étrangères", explique-t-il. "Le goût des Marocains est ainsi façonné. Ce qui nuit aux artistes marocains."
De nombreux Marocains repensent avec nostalgie aux années glorieuses de la chanson marocaine durant les années 1970, lorsque la production était prolifique.
Salima Bendou, une étudiante, espère que l'industrie musicale au Maroc prospérera et pourra concurrencer les chansons libanaises et égyptiennes. "J’aimerais bien que les autres pays arabes répètent les chansons marocaines. Certaines chanteuses libanaises arabes ont déjà commencé à chanter des chansons en dialecte marocain. Ce qui prouve que l’avenir est prometteur. Il faut juste que les sociétés de production aient la volonté d’avancer dans ce sens", a-t-elle conclu.