06/01/2009
Une nouvelle pétition appelant à des mesures contre le terrorisme fait l'objet de l'attention du public en Tunisie, et bénéficie de la signature de nombreux intellectuels connus et de célébrités.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 06/01/09
![]() [File] Une pétition internationale condamnant le terrorisme bénéficie du soutien de nombreux partisans de la laïcité en Tunisie. |
Souhaitant exprimer leur opposition au terrorisme, plusieurs dizaines d'intellectuels du monde entier ont signé une pétition lancée en septembre par l'Alliance Internationale contre le Terrorisme. Parmi les signataires se trouvent plus de deux cents responsables politiques, écrivains, journalistes, universitaires et artistes.
En Tunisie, nombreux sont ceux qui, à l'instar de Samia Abidi, présidente de l'association laïque AIME (D'Ailleurs ou d'Ici Mais Ensemble), et du militant laïc Salah Zghidi, ont signé cette pétition.
"Nous affirmons que le terrorisme doit être condamné", affirme ce document. "Sa condamnation doit être claire et universelle, sans aucune condition. Nous affirmons que les attentats contre des civils, les prises d'otages et les assassinats ne peuvent être considérés comme des actes de résistance."
Ce document reprend la déclaration de la Stratégie Antiterroriste Mondiale des Nations Unies de 2006, qui affirme que l'organisation "condamnera de manière permanente, univoque et forte le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, quels qu'en soient les auteurs, l'endroit et l'objectif, dans la mesure où il constitue l'une des menaces les plus graves pour la paix et la sécurité internationales".
L'Alliance Internationale contre le Terrorisme a été constituée en marge de la Conférence Internationale Antiterroriste qui s'est tenue à Paris le 11 septembre 2007. Elle regroupe des associations originaires d'Europe, des Amériques et d'autres parties du monde. Elle bénéficie d'un fort soutien des organisations de la société civile française, parmi lesquelles plusieurs associations de défense des droits des immigrés et des femmes.
"Le but de cette pétition est de permettre à la société civile de dire non au terrorisme", a expliqué Huguette Chomski-Magnis, présidente du Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme, basé en France. "Elle exprime le rejet par la conscience internationale de ces actes, où qu'ils se produisent et quelles qu'en soient les circonstances."
Mme Chomski-Magnis a déclaré à Magharebia : "Nous ne devons pas oublier les précédentes pétitions, telle que celle des intellectuels arabes demandant que les Nations Unies traduisent devant des tribunaux internationaux tous les responsables des attentats, y compris ceux qui lancent des fatwas appelant au meurtre ou ceux qui justifient les opérations suicides."
Après avoir réuni autant de signatures que possible, poursuit-elle, cette pétition sera envoyée aux chefs d'Etat et au Secrétaire Général des Nations Unies. "Mais nous escomptons un mouvement encore plus fort et plus large contre le terrorisme."
Salah Zghidi, coordinateur de l'Association pour la Défense de la Laïcité en Tunisie, a déclaré qu'il avait signé cette pétition parce qu'il est pleinement convaincu que "le terrorisme porte en lui et diffuse une culture de la mort, celle du terroriste et de ses victimes".
"C'est une culture que je rejette et à laquelle je résiste par tous les moyens dont je dispose", a-t-il expliqué.
M. Zghidi a qualifié les attentats suicides d'actes de lâcheté. Leurs auteurs croient souvent qu'ils sont porteurs d'un projet social ou politique, alors qu'ils ne sont que des "pourvoyeurs de mort".
"Mais nous devons rester prudents, parce qu'aucun terroriste n'est devenu terroriste à partir de rien ; ils ne sont que le bras armé d'idéologues ou de responsables d'organisations politiques qui appellent à la mise en place de théocraties et souhaitent faire reculer la société", explique-t-il. "Ces gens ne sont pas moins criminels que ceux qui font exploser leurs bombes et tuent des gens."
Selon un rapport publié en mai 2008, le nombre de victimes d'actes terroristes a baissé de 40 pour cent, grâce à la réduction du soutien à l'extrémisme dans le monde islamique. L'auteur Andrew Mack, directeur du Human Security Report Project à l'Université Simon Fraser, estime que cette baisse résulte de "la colère des gens voyant visés des citoyens de même confession que ces groupes terroristes".
En novembre 2007, la Tunisie avait organisé une conférence internationale sur le terrorisme qui avait souligné l'importance du respect des traités internationaux en matière de droits de l'Homme. La plupart des Etats du Maghreb ont mis en oeuvre une législation antiterroriste, mais ont été critiqués par les organisations des droits de l'Homme pour avoir porté atteinte aux libertés publiques et individuelles.