23/12/2008
Le CIHRS basé en Egypte a publié son premier rapport détaillant la situation des droits de l'Homme au Maghreb et dans le monde arabe.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 23/12/08
![]() [www.cihrs.org] Ce nouveau rapport évalue les droits de l'Homme et la démocratie dans douze pays arabes, y compris la Tunisie, l'Algérie et la Maroc. |
L'Institut caïrote d'études des droits de l'Homme (CIHRS) a publié son premier rapport annuel la semaine dernière, intitulé "De l'exportation du terrorisme à l'exportation de la répression". Ce rapport souligne que "la situation des droits de l'Homme dans le monde arabe s'est sérieusement détériorée en 2008. De plus, les libertés publiques et politiques, déjà limitées dans la plupart des pays, ont fait l'objet d'atteintes plus nombreuses."
Le CIHRS, fondé en 1993 pour promouvoir les droits de l'Homme et la démocratie, a analysé la situation de douze pays arabes, dont la Tunisie, l'Algérie et le Maroc.
Ce rapport se félicite des dernières élections au Maroc, les qualifiant de "meilleur relatif". Mais il note par ailleurs que ces élections ont mis en lumière le manque de confiance des citoyens dans la capacité des partis politiques ou du parlement à "traiter la dégradation des conditions de vie, dans la mesure où le Roi est le principal décideur."
Cette étude est pessimiste quant au transfert de pouvoir en Tunisie et en Algérie. Il souligne que le référendum constitutionnel algérien a ouvert la voie à une prolongation pour un troisième mandat du Président Abdelaziz Bouteflika.
Le rapport du CIHRS affirme que le régime tunisien a dissuadé des personnalités politiques de se présenter aux élections présidentielles d'octobre prochain, "transformant plus ou moins ces élections en un référendum." Seuls trois candidats ont à ce jour annoncé leur candidature contre le Président Zine El Abidine Ben Ali, en poste depuis 1987.
Il accuse également la Ligue Arabe de traiter avec ce qu'il qualifie de régimes despotiques. "La Ligue a aidé les dirigeants du Coup d'Etat militaire dans la violation des droits des Mauritaniens, les privant de leur droit à choisir leurs dirigeants selon des critères démocratiques. … La igue Arabe est devenue une plateforme pour les atteintes à la liberté d'expression, en particulier dans les médias satellitaires et électroniques."
Dans une déclaration à Magharebia, Maha Ben Naser, une étudiante tunisienne, s'est interrogée sur la pertinence de tels rapports. "Les hauts dignitaires ne sont jamais tenus pour responsables, et ne sont certainement jamais punis", affirme-t-elle. "Nous n'avons jamais vu un quelconque responsable dans le monde arabe être jugé pour atteinte aux droits de l'Homme."
A l'inverse, Hatem Weslati, un autre étudiant, qui a examiné le contenu de ce rapport, souligne : "C'est une étape plutôt importante. Nous avons souvent critiqué les organisations internationales, les accusant de s'occuper de nos affaires internes. Mais lorsque la censure vient de l'intérieur, nous devons ouvrir les yeux aux atteintes aux droits de l'Homme qui se passent autour de nous."
Il est à souligner que durant cette année, l'Union de la Radio et de la Télévision, affiliée à la Ligue Arabe, a publié un code de conduite pour les chaînes satellitaires arabes. De nombreux professionnels des médias arabes l'ont considéré comme une tentative de lutter et de contrôler la liberté d'expression.
A l'instar d'Al Jazeera, de nombreuses chaînes satellitaires ont refusé de s'y conformer.
Le rapport du CIHRS a également identifié plusieurs pays, comme l'Algérie, l'Egypte et l'Arabie Saoudite, qui limitent les libertés religieuses. Il pointe du doigt plusieurs régimes arabes qui n'ont pas développé leurs sociétés, préférant passer des alliances avec les mouvements salafistes religieux non résistants.
"Cela a enforcé l'extrémisme religieux, et ouvre la voie à un nouveau déclin des droits de l'Homme", conclue ce rapport.