22/12/2008
Un nouveau rapport sur les droits de l'Homme au Sahara Occidental pousse le Maroc, l'Algérie et le Front Polisario à justifier leurs actions et à lancer de nouvelles accusations.
Par Sarah Touahri et Naoufel Cherkaoui pour Magharebia à Rabat – 22/12/08
![]() [Sarah Touahri] Sarah Whitson de HRW (à gauche) a expliqué que bien que la répression se soit assouplie au Sahara Occidental et à Tindouf, les autorités marocaines ont encore beaucoup de chemin à parcourir. |
Les représentants du Maroc et du Front Polisario ont échangé des propos acerbes à la veille de la publication, vendredi 19 décembre, d'un nouveau rapport sur les droits de l'Homme au Sahara Occidental et dans les camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie. Cette étude de Human Rights Watch, qui aura duré trois ans, évalue la situation des habitants des deux territoires et conclue qu'il reste encore beaucoup à faire.
Dans son rapport, publié quelques jours seulement après que le Maroc et le Polisario se furent accusés mutuellement de violations aux droits de l'Homme à l'occasion du soixantième anniversaire de l'adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, l'ONG réaffirme le droit du peuple sarahoui à la liberté de parole, d'association et de réunion, et à l'autodétermination.
Les enquêteurs ont conclu que le Maroc avait porté atteinte à ces droits en introduisant une législation destinée à punir les délits jugés miner 'l'intégrité territoriale" du Maroc, avec des arrestations arbitraires, des jugements hâtifs, des restrictions à la liberté d'association et de réunion, des violences policière et du harcèlement, qui restent impunis.
Le Front Polisario a conforté ces constats, soulignant après la publication du rapport qu'il est "important que la communauté internationale soit mise au courant des graves violations des droits de l’Homme commises par les forces d’occupation marocaines".
Le Maroc a rejeté ces accusations, affirmant qu'elles sont "sans fondement". Selon le ministère de l'Intérieur, le gouvernement marocain impose des restrictions uniquement sur la liberté d’expression et sur les activités dont la répression est autorisée par le pacte international relatif aux droits civils et politiques, puisqu’elles constituent une menace à l’ordre public et à la sécurité.
Les autorités expliquent également que certaines mesures répressives sont nécessaires pour éviter la violence. Selon le rapport, des manifestants ont lancé des pierres et des cocktails Molotov lors de certains rassemblements indépendantistes, blessant des policiers et des passants et endommageant des biens.
Human Rights Watch félicite l'Etat marocain pour avoir ouvert la porte à un débat plus large sur la question du Sahara. A titre d'exemple, il a reconnu un parti politique baptisé "La Voie démocratique" (An-Nahj Addimoqrati), dont la plateforme comprend la possibilité de donner le droit aux Sahraouis de voter sur l'option de l'indépendance.
Lors de cette étude, les enquêteurs de Human Rights Watch se sont également rendus dans les camps de réfugiés de l'autre côté de la frontière algérienne, à Tindouf. Ils ont constaté que le Polisario s'efforce de marginaliser ceux qui défient directement sa direction ou son orientation politique générale.
Les opposants ne sont pas emprisonnés, et les résidents sont autorisés à critiquer la gestion au quotidien des camps, mais la peur et la pression sociale empêchent ceux qui le souhaitent de quitter Tindouf pour s’installer au Sahara Occidental.
Les droits des résidents des camps de Tindouf demeurent vulnérables, explique ce rapport, en raison de l'isolement des camps et du manque de suivi régulier par l'Algérie pour s'assurer que les Sarahouis qui vivent ici bénéficient des garanties des droits de l'Homme.
Dans ses recommandations, ce rapport demande au Maroc de respecter les libertés et à l'Algérie de permettre un meilleur suivi des droits de l'Homme sur le terrain à Tindouf, par le biais d'un mécanisme adapté des Nations Unies comme la MINURSO. Selon Human Rights Watch, une lettre en ce sens a été envoyée aux autorités algériennes, mais elle est à ce jour restée sans réponse.
Le Polisario a fait part de sa déception, affirmant que ce rapport "ignore et ne dénonce pas la plus fondamentale de toutes les violations" par le Maroc. Pour lui, la "mère" de toutes ces violations est "le déni au peuple sahraoui d’exercer son droit démocratique et inaliénable à l’autodétermination".
Pour Khadija Ryadi, présidente de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme, ce rapport est important parce qu'il traite de la situation des droits de l'Homme à Tindouf, dont l'accès est refusé à son organisation.
"Nous avons une représentation à Laâyoune, mais pas à Tindouf", a-t-elle expliqué à Magharebia. "Je trouve que les résultats sont importants, tout comme la recommandation d’un mécanisme pour évaluer les droits de l’Homme au Sahara."
Dans un communiqué officiel, Sarah Leah Whitson, directrice de Human Rights Watch pour l'Afrique du Nord et le Moyen Orient, a déclaré : "La répression s'est quelque peu assouplie, et aujourd'hui, les dissidents testent les limites à ne pas franchir. A leur crédit, les autorités marocaines nous ont demandé de les juger non pas en regard du passé, mais de leurs engagements internationaux en faveur des droits de l'Homme."
"A cet égard", ajoute-t-elle, "il reste encore beaucoup à faire."