03/12/2008
Face à un nombre de plus en plus grand de non remboursements, les professionnels de la microfinance au Maroc travaillent avec le gouvernement pour informer les emprunteurs et stabiliser les pratiques d'emprunt et de remboursement.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 03/12/08
![]() [Sarah Touahri] Le président de la Fédération Nationale des Associations de Microcrédit Tarik Sijilmassi (à gauche) affirme que le secteur du microcrédit au Maroc est touché par une forte augmentation des non-remboursements. |
En 2008, le nombre de clients du microcrédit au Maroc a chuté de quatre pour cent. La Fédération Nationale des Associations de Microcrédit (FNAM) et le ministère des Finances souhaitent prendre conjointement des mesures pour stimuler ce secteur, qui avait connu une forte croissance entre 2005 et 2007, avec un accroissement de 114 pour cent du nombre de clients, une augmentation de 260 pour cent du volume total des prêts, et une hausse de 162 pour cent du nombre total d'employés dans ce secteur d'activité.
Ces chiffres ont été annoncés lors du conseil consultatif du microcrédit qui s’est réuni pour la première fois le mardi 25 novembre à l'invitation du ministère des Finances et de l’Economie afin de traiter les problèmes en suspens.
Le ministre des Finances Salaheddine Mezouar a appelé les représentants de ce secteur à renforcer la coopération, car le secteur du microcrédit est un outil important d'aide à la création de revenu. "Nous devons être proches de la réalité de la population afin de l’assister. De ce fait, il est important de développer le secteur du microcrédit."
Malheureusement, ce secteur a été frappé de plein fouet par une augmentation des non-remboursements, avec une hausse du volume des arriérés de cinq pour cent, selon le président de la FNAM, Tarik Sijilmassi.
"Nous ne sommes pas dans une activité à but lucratif où les impayés sont compensés par les bénéfices ; les associations de microcrédits ne font pas de bénéfices", a-t-il expliqué.
Les responsables du secteur estiment que cette situation est due à des facteurs à la fois exogènes et internes.
M. Sijilmassi a expliqué que l'un des problèmes internes est le manque de réglementation stricte. "Il est nécessaire d’organiser le métier afin d’améliorer la qualité des nouveaux prêts octroyés. Même si le microcrédit est une activité non lucrative, les associations doivent évoluer dans un cadre professionnel régi par des règles internes", a-t-il expliqué.
L'un des facteurs exogènes est la confusion régnant dans l'esprit des gens entre microcrédit et subventions. "Cette confusion doit être combattue et nécessite une communication de notre part avec [les emprunteurs]", a conclu M. Sijilmassi.
Le sociologue Jamal Boughaba a expliqué à Magharebia que certaines associations aident les démunis sans obligation de la part des bénéficiaires. Aussi, lorsque certains contractent des microcrédits, ils pensent qu’il s’agit d’une subvention de la part de l’association.
Fatima Balimi, une couturière, explique que son mari souhaitait emprunter 2 000 dirhams auprès d'une institution de microcrédit pour lancer un projet. "Quand il les a contactés, il a découvert qu’il devait rembourser la somme empruntée. Ce fut une véritable déception pour lui, car cette petite somme lui aurait à peine servi à faire un petit bénéfice. Il a renoncé à son idée, mais son frère a souscrit le prêt avec l’intention de ne pas rembourser l’association immédiatement", raconte-t-elle.
Il existe par ailleurs une forte concurrence dans certaines régions entre les associations, ajoute Noureddine Ayouche, le président de la Fondation Zakoura du Microcrédit.
"Parfois dans certaines régions, on compte quelque dix ou onze associations qui se concurrencent, alors que le besoin est énorme partout au Maroc."
Cette concurrence a poussé certaines associations à dévier de l'objet principal d'octroi de microcrédits, en accordant des crédits à la consommation pour pouvoir gérer leur portefeuille.
La FNAM a demandé à ses membres de ne pas se livrer à une forte concurrence, dans la mesure où l'objet principal du microcrédit est d'aider le public et de favoriser le développement.
Le ministre des Finances Salaheddine Mezouar a déclaré à Magharebia qu'il était nécessaire de rédiger un code de déontologie afin que le secteur puisse se développer au rythme souhaité et protéger les intérêts des bénéficiaires.
La FNAM regroupe treize associations et compte plus de 7 000 salariés et 1,2 million de clients. Cinquante-cinq pour cent des clients de ce secteur sont des femmes, et les zones rurales représentent quarante pour cent des bénéficiaires.