02/12/2008
Le financement du terrorisme est le thème central d'une conférence qui se déroule actuellement à Alger. Des experts d'Afrique du Nord et de l'Ouest se rencontrent pour discuter des moyens d'améliorer et de développer les efforts de lutte antiterroristes dans la région.
Par Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 02/12/08
![]() [Getty Images] Le renforcement des contrôles aux frontières peut mettre un terme au trafic et au financement du terrorisme, a déclaré le ministre algérien des Affaires du Maghreb et de l'Afrique Abdelkader Messahel lors de la conférence du CAERT à Alger. |
Des experts de pays de l'Afrique du Nord et de l'Ouest se sont réunis à Alger lundi 1er décembre pour discuter des moyens de lutter contre le financement du terrorisme dans la région. Organisé par le Centre Africain d’Etudes et de Recherche sur le Terrorisme (CAERT) et le Centre d'Etudes Stratégiques Africaines (CESA), avec le soutien de l'ambassade des Etats-Unis à Alger, ce séminaire de cinq jours se penche sur les stratégies de financement de groupes comme al-Qaida au Maghreb Islamique.
Outre des membres des différents services de sécurité nationaux, des experts financiers et des juristes cherchent à comparer leurs expériences et à coordonner leurs efforts pour mettre un terme aux enlèvements, au racket, au trafic de drogue et au marché noir qui fournissent aux organisations terroristes les moyens financiers dont elles elles tant besoin.
Des progrès ont été accomplis à ce jour en Afrique dans la lutte contre le financement du terrorisme, selon le directeur du CAERT, Boubacar Gaoussou Diarra. Depuis la convention de l'OUA de 1999 sur la prévention et la lutte contre le terrorisme et le plan africain qui avait par la suite été adopté à Alger en 2002, de nombreuses étapes ont été franchies, en particulier dans le domaine judiciaire. Il a rappelé que la plupart des Etats africains avaient mis en place des cellules chargées d'analyser les transactions financières, mais que beaucoup restait encore à faire.
"La globalisation du commerce, la déréglementation, l’accès facile à Internet constituent certes des opportunités", a indiqué M. Diarra, "mais ils ont aussi leurs revers : le continent qui s’ouvre aux capitaux privés devient une cible non seulement pour le blanchiment d’argent, mais aussi pour le financement du terrorisme."
La prévalence des circuits informels et des transactions en espèces en Afrique constituent en particulier un risque dont il importe de prendre la juste mesure, a-t-il précisé. "Parce que nos pays ont de gros besoins en investissements, la tentation facile est d’injecter dans nos circuits économiques et financiers beaucoup d’argent dont on ne connaît pas trop souvent l’origine ."
David Pearce, l'ambassadeur des Etats-Unis en Algérie, a souligné l'importance des volets non militaires de la lutte contre le terrorisme. La lutte contre les sources du financement du terrorisme, a-t-il indiqué, occupe une place très importante dans les efforts mondiaux.
M. Pearce a ajouté que le gouvernement américain avait mis en place, après les attentats du 11 septembre 2001, des mécanismes chargés de surveiller et d'analyser les mouvements de capitaux suspects. A ce jour, ces mesures ont permis de mettre la main sur quelque 140 millions de dollars appartenant à des réseaux proches d'al-Qaida.
L'un des autres éléments clés de la lutte contre le terrorisme, a ajouté l'ambassadeur, est le développement économique de l'Afrique, parce que les groupes terroristes exploitent la misère et les mauvaises conditions de vie des jeunes pour les recruter.
Dans son propos préliminaire, Abdelkader Messahel, le ministre algérien des Affaires du Maghreb et de l'Afrique, a condamné certaines attitudes en Afrique et en Europe qui, selon lui, encouragent les groupes terroristes à faire du continent africain leur destination favorite.
"Il est à déplorer l’impuissance incompréhensible de certains Etats de la région devant certains trafics à leurs frontières", a-t-il déclaré, "alors que l’argent de la drogue... finit toujours, après blanchiment, par financer des activités terroristes."
Un autre phénomène qui menace de saper les efforts de l'Afrique contre le terrorisme est le paiement de rançons aux preneurs d'otages. Céder aux pressions des ravisseurs, a expliqué M. Messahel, est une violation flagrante des conventions internationales et des protocoles de lutte contre le terrorisme.
"En reculant devant la pression, en cédant au chantage", a-t-il affirmé, "on ne fait qu’encourager les organisations terroristes à persévérer dans leurs activités criminelles. Devant de telles situations, la fermeté et la détermination doivent être sans faille, si l'on veut donner ses chances de réussite à la lutte contre le financement du terrorisme."
Le ministre a reconnu la difficulté de la tâche qui attend les pays africains, affirmant que la porosité des frontières et la dureté des conditions ne faisaient qu'exacerber une situation déjà très délicate.
Il a conclu en appelant les institutions financières et législatives internationales à aider à donner aux pays africains les moyens technologiques et les connaissances pour contribuer directement à la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.