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La libération d'islamistes de prisons tunisiennes suscite la controverse

12/11/2008

Vingt et un islamistes ont été libérés de prison, dimanche. Certains étaient sous le coup de condamnations à vie depuis 1991. Des experts pensent que ce geste refermera le livre de l'Islam politique, mais d'autres font entendre leur désaccord.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 12/11/08

[Getty Images] La décision prise par le Président Zine El Abidine Ben Ali de libérer de prison 21 islamistes a suscité la controverse en Tunisie.

La décision prise par le Président Zine El Abidine Ben Ali de libérer de prison 21 islamistes, dimanche 7 novembre, à la date anniversaire de son arrivée au pouvoir, suscite la controverse dans le pays. Certains considèrent cette initiative comme un geste humanitaire, tandis que d'autres s'inquiètent qu'il n'y ait des conséquences au niveau politique.

Huit des prisonniers libérés sont des leaders du mouvement Ennahda, interdit de participation dans la politique tunisienne. Les chefs avaient été condamnés pour avoir perpétré des actions violentes et pour avoir appartenu à une organisation interdite. C'était le dernier groupe de membres de l' Ennahda qui était encore en prison ; avec parmi eux, des condamnés à vie depuis 1991.

Un responsable du système judiciaire tunisien a dit aux journalistes que la libération avait été soumise à certaines conditions, mais le président d'Ennahda le dément.

"Notre libération de prison n'a été subordonnée à rien", a déclaré Sadok Chourou au site Internet islamonline.com. " Cela a été plutôt une initiative louable de la part du régime, et nous espérons qu'elle sera suivie par d'autres étapes qui aboutiront à la suppression du siège sécuritaire qui a été imposé sur le mouvement depuis maintenant plusieurs années".

Les analystes s'inquiètent que ce geste ne soit interprété comme la reconnaissance d'un groupement politico-religieux, mélange dont certains spécialistes tunisiens disent qu'il n'est pas au goût de la majorité de la population.

"C'est certainement une initiative humanitaire", dit l'analyste politique Borhane Besais.

Besais déclare qu'il y a toujours eu des interprétations à la suite de la libération des prisonniers d'Ennahda, mais que cette fois-ci cela ne"sera pas suivi par d'autres initiatives politiques".

"Un fait sûr en Tunisie, c'est le rejet décisif de toute organisation ou entité religieuse qui deviendrait une force active dans la société et dans la politique", dit-il.

Chourou, néanmoins, dit que "cela ne veut pas dire que le groupe n'est pas capable de retrouver sa présence et ses positions dans la rue, et envers l'opinion publique interne et extérieure".

"Je crois qu'il tente maintenant de restaurer sa position et de revendiquer sa vraie présence dans les rues tunisiennes et dans la société civile en général, déclare-t-il.

Même à l'intérieur des prisons, les détenus islamistes étaient séparés des autres, par crainte des influences et des tentatives de recrutement de ces extrémistes.

Mais le professeur Sami Nasr, qui a préparé une étude scientifique sur la vie des prisonniers en Tunisie, minimise la possibilité d'une telle propagation idéologique chez les autres détenus.

"Les prisonniers islamistes ne font pas confiance aux autres", dit-il. "Ils passent la plupart de leur temps à tenter d'accroître leur connaissance religieuse, en récitatiant le Coran, en discutant des sujets du fiqh, en analysant les articles qu'ils reçoivent des prisons, et qui sont majoritairement issus des journaux pro-gouvernementaux."

La question de l'Islam politique est toutefois plus compliquée en Tunisie. Les experts affirment qu'il y a davantage de prisonniers venant de milieux religieux dans les prisons tunisiennes et que le problème reste délicat.

Salah Zghidi, membre fondateur de l'Association de Défense de la Laïcité, dit que la libération de 21 islamistes ne veut pas nécessairement dire que le dossier a été bouclé une fois pour toute.

"Nous ne devons pas oublier qu'il y a des dizaines d'islamistes qui ont été détenus pendant un an ou plus dans les prisons tunisiennes, accusés d'être affiliés avec les réseaux terroristes islamistes liés à Al Qaïda", déclare Zghidi.

Adel Chaouch, membre parlementaire représentant le mouvement de gauche Attajdid, pense aussi que l'intervention islamiste en politique ne disparaîtra pas en une nuit.

"Cela n'arrivera pas dans le monde, ni aujourd'hui ni demain", déclare Chaouch. "C'est un phénomène politique, social et économique. Il faut qu'interviennent des partisans de l'éclairement pour tenter d'isoler ce phénomène, et pour réduire autant que possible sa propagation dans la société. "