29/10/2008
Si, selon une étude publiée récemment, la Tunisie et l'Algérie ont enregistré une légère amélioration en matière de liberté de la presse, la situation s'est en revanche dégradée au Maroc et en Mauritanie.
Par Naoufel Cherkaoui pour Magharebia à Rabat – 29/10/08
![]() [Naoufel Cherkaoui] Le ministre marocain de la Communication Khalid Naciri a déclaré que le rapport de RSF sur la liberté de la presse manquait de crédibilité. |
Les pays du Maghreb obtiennent un classement peu favorable au dernier Indice de la Liberté de la Presse, un rapport mondial annuel publié par Reporters Sans Frontières (RSF).
Le rapport 2008, rendu public le 22 octobre et intitulé "Seule la Paix Protège les Libertés dans le Monde de l'Après-11 Septembre", classe la Tunisie 143ème sur 173 pays. Malgré une légère amélioration qui lui a permis de gagner deux places, la Tunisie reste à l'avant-dernière place de la région, après la Libye (classée 154ème).
Selon RSF, des sites web de partage des vidéos et de rencontre comme Dailymotion, YouTube et Facebook ont été bloqués plusieurs fois en Tunisie pour avoir publié des contenus critiques envers le gouvernement.
L'Algérie et la Mauritanie se classent 121ème et 105ème, mieux que le Maroc, qui a chuté à la 122ème place.
Dans ces pays et d'autres, explique RSF, "les portraits très ostentatoires des responsables politiques dans les rues et sur les premières pages des journaux suffisent à lever de quelconques doutes sur le manque de liberté de la presse."
Mohamed Cherkaoui, un journaliste spécialisé dans les affaires du Maghreb arabe, estime toutefois que ce rapport n'est pas équitable et se trompe d'objectif.
"Affirmer que la liberté de la presse se dégrade dans les pays du Maghreb arabe", explique-t-il, "est un jugement stéréotypé très répandu, qui ne prend pas en considération les expériences de ces cinq pays et ne se fonde pas sur des comparaisons objectives de l'évolution de chacun d'entre eux au cours des dix dernières années."
Le Maroc poursuit sa baisse pour la troisième année consécutive. En 2006, il était classé 97ème, et 106ème l'an dernier. Les procès en cours contre des journalistes et des internautes continuent de ternir les efforts du pays pour améliorer la liberté de la presse.
Au Maroc, "il est strictement interdit de publier tout ce qui peut donner une image négative du Roi, de sa famille ou de ses proches", affirme RSF dans son rapport.
Khalid Naciri, le ministre marocain de la Communication, a décrit ce rapport comme "manquant de crédibilité".
"Ce rapport est plein de contradictions", a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse, "puisque qu'il explique d'une part qu'il existe des lignes rouges à ne pas franchir, pour expliquer plus loin dans le même paragraphe que les journalistes, avec leur audace habituelle, peuvent néanmoins franchir ces mêmes lignes."
M. Cherkaoui admet cependant que la liberté de la presse au Maroc s'est quelque peu dégradée. "Il ne fait aucun doute que l'amélioration de la situation de la presse marocaine que nous avions connue durant les deux premières années du règne du souverain actuel a fait long feu, ou qu'elle est désormais considérée comme une lune de miel politique maintenant évanouie", a-t-il déclaré à Magharebia.
Mais c'est la Mauritanie qui enregistre la plus forte détérioration, perdant 55 places, à la 105ème.
"La transition démocratique s'est arrêtée en Mauritanie, et ne peut plus se poursuivre", indique le rapport.
Bien que ce rapport inclut l'Algérie dans les "pays qui hésitent entre répression et libéralisation, où les tabous sont encore inviolables et où le Code de la presse date d'une ère révolue", et malgré les lois antiterroristes que le gouvernement a utilisées pour museler certaines publications, le pays enregistre une amélioration.
L'an dernier, l'Algérie se classait 123ème, et 126ème en 2006.
"J'estime que les pays du Maghreb arabe auraient dû être encore plus mal classés qu'ils ne le sont dans cet indice", affirme un bloggeur algérien, sous couvert de l'anonymat. "Non seulement nos pays manquent de liberté de la presse, mais nous manquons de liberté tout court. La majorité des journalistes de ces pays ont su s'adapter à cette suppression."