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L'UE accorde le "statut avancé" au Maroc

19/10/2008

Après avoir poursuivi des négociations sur le "statut avancé" avec l'Union Européenne pendant près de neuf ans, le Maroc a enfin obtenu satisfaction cette semaine à Luxembourg. L'Union récompense ainsi le royaume pour les réformes démocratiques entreprises.

Par Naoufel Cherkaoui pour Magharebia à Rabat – 19/10/08

[Getty Images] La Commissaire européenne aux Relations Extérieures Benita Ferrero-Waldner parlant du nouveau "statut avancé" du Maroc le 13 octobre à Luxembourg.

Prenant acte du "train de réformes" engagées au Maroc, l'Union Européenne a décidé lundi 13 octobre à Luxembourg d'accorder au royaume un statut avancé dans ses relations avec ce bloc de 27 pays. Cette mesure sans précédent prise par le Conseil d'Association UE-Maroc devrait permettre d'intégrer progressivement le Maroc dans les politiques de l'Union et d'approfondir les accords de libre échange.

"Le Maroc est le premier pays de la rive sud de la Méditerranée à bénéficier de ce statut avancé dans ses relations avec l'Union Européenne", a déclaré au conseil Mme Benita Ferrero-Waldner, la Commissaire européenne aux Relations Extérieures et à la Politique de Voisinage.

Observateurs et responsables ont fait clairement valoir que les réformes entreprises par le Maroc avaient fortement contribué à cette décision de l'Union.

"Cet engagement européen sur le statut avancé est avant tout une marque de confiance... envers les efforts entrepris par le Maroc en termes de réformes politiques, de consolidation de l'Etat de droit, d'amélioration du système judiciaire, de réformes économiques, de cohésion sociale et de lutte contre la pauvreté", a déclaré le Ministre marocain des Affaires Etrangères Taieb Fassi Fihri aux journalistes présents à Luxembourg.

Aux termes de cet accord, le Maroc est moins qu'un membre, mais plus qu'un partenaire de l'Union Européenne.

Cet accord sur le statut ouvre la voie à un "espace économique commun" basé sur les règles de la Zone Economique Européenne, un accord de libre échange très approfondi couvrant de nouveaux domaines tels que les droits de propriété intellectuelle, les mouvements de capitaux et le développement durable, l'accès du Maroc aux agences de sécurité européennes et aux opérations de gestion de crise, ainsi que des sommets politiques réguliers entre l'Union et le royaume.

Comme l'a déclaré M. Fihri, ce nouveau statut donne au Maroc "tout sauf les institutions". L'Europe cherchait un modèle sur lequel elle puisse pratiquer les réformes politiques, économiques et des droits de l'Homme, explique Manar Slimi, professeur de science politique à l'Université Mohammed V.

"Le Maroc a été choisi parce qu'il est le pays le plus avancé dans le Maghreb Arabe", a-t-il expliqué à Magharebia. "Il connaît un certain dynamisme économique, des réformes politiques sont mises en place, bien qu'elles n'aient pas encore atteint tous leurs objectifs, et il existe un mouvement des droits de l'Homme qui, en dépit des critiques qui lui sont adressées, est le plus développé comparé aux autres pays du Maghreb arabe."

Pour la plupart des sujets du royaume, l'avantage de la décision de cette semaine est facile à cerner ; le Maroc pourra attirer plus d'investissements européens et la coopération en matière de sécurité connaîtra également des résultats tangibles.

Mais pour le gouvernement, la tâche pourrait ne pas être aussi simple.

"Le statut avancé est considéré comme un privilège par le Maroc, mais en même temps, il crée un ensemble d'engagements, pour ne pas dire de complications. Le Maroc doit maintenant engager un train de réformes", a expliqué M. Slimi.

"Au niveau politique, des réformes doivent être introduites dans les institutions. Au plan économique, le Maroc doit montrer plus d'ouverture, à un moment où le monde connaît une crise financière."

Cet accord de statut présente en outre un autre problème, selon la présidente de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme.

"Le Maroc et l'Union Européenne ont signé des accords économiques qui ne prennent pas en compte les obligations du Maroc en matière de droits de l'Homme", a déclaré Khadija Ryadi à Magharebia.

"Dans ce statut avancé accordé par l'Union au Maroc, les Européens n'ont pas voulu faire de cet accord un mécanisme qui impose au Maroc de reconnaître ses obligations, de les intégrer dans la loi et de les respecter", a-t-elle ajouté.

Et de conclure : "La lutte pour les droits de l'Homme ne passe pas par l'UE ; c'est une affaire intérieure."

Le Parti Démocratique Amazigh a également demandé aux Européens de reconsidérer la demande du Maroc pour le statut avancé, faisant état de préoccupations selon lesquelles le pays ne respecte pas ses obligations en matière de droits de l'Homme.